«Le travail de la lumière est un travail d’ambiances»

«La gestion de la lumière tant naturelle qu’artificielle occupe une place très importante dans les projets actuels», atteste Jos Dell, qui nous explique dans cet article les subtilités existantes entre le traitement de la lumière naturelle et l’éclairage artificiel, et décrit les grandes tendances actuelles qui se dessinent au niveau de l’éclairage dans les projets architecturaux.
 
2015 a été décrétée «Année internationale de la lumière » par l’UNESCO. Quelle est la carte à jouer pour les architectes, urbanistes et experts en éclairage dans ce contexte ?
 
L’OAI regroupe en son sein architectes, ingénieurs-conseils, urbanistes, architectes et ingénieurs paysagistes et architectes d’intérieur.
Pour simplifier, nous nous emploierons à utiliser par la suite le terme d’architecte pour désigner sans distinction architecte et architecte d’intérieur.
Chaque concepteur, dans son domaine spécifique, est amené à traiter et à prendre en considération tous les aspects liés à la lumière. Je ne pense pas que le fait de déclarer 2015, année de la lumière change fondamentalement la donne. On peut cependant constater depuis quelques années une plus grande prise en compte de l’aspect énergétique de l’éclairage artificiel. Ceci suit parfaitement le courant visant à améliorer la performance énergétique des bâtiments et à créer des environnements durables.
Il est important lorsque l’on parle de lumière, de bien distinguer lumière naturelle et lumière artificielle. Je tiens à préciser par ailleurs la différence entre lumière et éclairage. Dans la notion d’éclairage, il est nécessaire de faire la distinction entre éclairage « fonctionnel » et éclairage « décoratif ». Pour la dernière catégorie, je citerais à titre d’exemple la mise en scène du haut fourneau à Esch/Belval par Ingo Maurer, une très belle référence en matière de mise en valeur d’objet singulier.
Le traitement de la lumière naturelle est essentiellement du ressort de l’architecte, l’éclairage artificiel se conçoit de concert entre architecte, ingénieur-conseil en technique du bâtiment et parfois expert en éclairage, il y en a cependant très peu à Luxembourg.
Dans les deux cas, le travail de la lumière est un travail d’ambiances, le jeu de l’ombre et de la lumière, si subtilement représenté dans l’art graphique.
Un rôle important est dévolu à la planification urbaine. Je considère que l’essentiel s’articule autour de deux éléments clés : l’organisation de l’espace construit et des espaces interstitiels. Dans le bâti, la préoccupation première réside dans le traitement et dans la perception de la lumière naturelle. Comment agencer les volumes pour tirer profit des qualités de la lumière naturelle au maximum non seulement en matière d’éclairage naturel mais également en termes d’apport de chaleur. Les espaces interstitiels sont, quant à eux, mis en lumière par l’éclairage artificiel : places publiques, boulevards, avenues, bâtiments singuliers.
 
Comment la lumière peut-elle influencer la perception de l’architecture ?
 
La lumière, qu’elle soit d’origine naturelle ou artificielle, est à mon sens, un élément essentiel dans l’architecture. Elle la façonne. Lors de la conception, nous sommes amenés à trouver des solutions pour faire pénétrer la lumière au fin fond des différents espaces. L’emplacement et les dimensions des ouvertures en fonction de l’exposition sont des éléments importants de notre vocabulaire. La lumière du matin, de midi ou du soir ne possède pas les mêmes particularités, et n’est pas perçue de la même manière. Il est très important de jouir de la lumière du jour. Un apport de lumière a très souvent comme corollaire des vues et perspectives intéressantes vers le paysage. Il importe de faire entrer dans un bâtiment résidentiel et tertiaire la lumière naturelle de manière satisfaisante tout en évitant une trop forte pénétration des rayons solaires responsables d’une surchauffe des pièces. La lumière de ce fait est changeante : ouverture complète, ouverture filtrée par des stores, éclairage supplémentaire par des luminaires. La lumière nous guide tout au long de notre cheminement dans un espace construit ou un paysage urbain.
 
Comment un architecte aborde-t-il la gestion de la lumière dans la réalisation d’un bâtiment (jeux d’ombres et lumières, optimisation de la lumière naturelle, rapport entre lumière et qualité de vie dans les bâtiments de bureau, etc.) ?
 
La gestion de la lumière tant naturelle qu’artificielle occupe une place très importante dans les projets actuels.
Le certificat de performance énergétique (CPE) a contribué à remettre en question notre manière d’appréhender la gestion de la lumière et d’inscrire ceci dans une démarche de réduction de l’énergie et d’un environnement durable.
S’il faut bien faire entrer la lumière dans les locaux, il faut tout autant éviter la surchauffe.
Les stores de protection solaire extérieurs sont prévus pour retenir la chaleur tout en faisant entrer la lumière en profondeur dans les locaux.
La commande des stores se fait de manière automatique par différents capteurs : Capteur solaire, anémomètres, capteur de présence. En fonction des données relevées par les différents capteurs, la lumière naturelle et la lumière artificielle sont réglées pour offrir des conditions optimales en relation avec la fonction des espaces.
Il est un fait que les occultations extérieures automatiques nous font ressentir parfois une sensation d’enfermement. Dans les bureaux et équipements publics, nous avons toujours été habitué à des espaces ouverts vers l’extérieur, alors que l’on constate très souvent un certain cloisonnement dans l’environnement privé : Rares sont les maisons sans rideaux et sans volets. Nous constatons actuellement une tendance à remplacer les volets par des stores.
 
Quelles sont les grandes tendances au niveau de l’éclairage dans les projets architecturaux contemporains ?
 
Les questions d’économie d’énergie ont fondamentalement remis en question notre manière de voir l’éclairage artificiel. Nombreux sont ceux qui déplorent encore la belle lampe à tungstène.
Les tendances actuelles dans le tertiaire et les équipements vont dans le sens de choisir des corps lumineux discrets. Ce n’est pas l’objet en lui-même qui est intéressant, mais l’éclairage qu’il assure. Pour citer Mies Van der Rohe « Less is more ». Les bons réflecteurs, la performance du luminaire sont recherchés.
Des éclairages architecturaux, des objets « design » sont mis en œuvre uniquement dans des situations particulières.
Dans le tertiaire les grands questionnements actuels s’articulent autour d’une thématique : Les luminaires doivent-ils se trouver au niveau du plafond ou dans des lampadaires sur pieds ou faut-il envisager une combinaison des deux ?
Nous constatons qu’au niveau de l’éclairage urbain, un effort a été fait durant les dernières années pour améliorer le design des candélabres, pour concevoir de vrais nouveaux objets qui allient les nouvelles technologies et une certaine recherche esthétique.
 
La LED est sur toutes les lèvres depuis quelques années. Peut-on dire que celle-ci constitue une petite révolution dans l’architecture ?
 
On parle de la LED depuis plusieurs années. Les premières LED ont été réalisées à petite échelle il y a déjà une demi-douzaine d’année. Si les premières LED avaient des problèmes pour être acceptées esthétiquement (petites ampoules avec une très grande discontinuité du faisceau lumineux) et étaient assez chères, on note pour l’instant une forte tendance pour le Full LED. Lors de récentes visites à des salons spécialisés en éclairage plus de 90 % des luminaires étaient équipées de LED. Si je peux me permettre un petit bémol pour la fin. Nombreux sont les projets qui seront prochainement livrés avec des certifications environnementales. Nous constatons que malheureusement tout éclairage supplémentaire au-delà du strictement nécessaire et qui apporte une autre touche de lumière risque d’être pénalisé.    Jos Dell
 
Source photo: OAI
 
 
 

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