«Rester précurseur et innovateur»

Gérard Hoffmann, le CEO de Telindus Luxembourg revient sur le développement de la filiale luxembourgeoise du groupe Proximus, ainsi que sur son positionnement et sa participation dans la stratégie digitale du pays.
 
 
Depuis son acquisition par Proximus, quels ont été sont les principaux ‘milestones’ du développement de Telindus Luxembourg?
 
Telindus Luxembourg a continué à se développer dans son métier classique d’intégration, et à gagner des parts de marché, même durant ces années de crise.
 
En 2010, en pleine récession, nous avons lancé un plan d’investissement contra-cyclique pour nous déployer sur quatre grands axes: l’outsourcing, tout d’abord, qui consiste à prendre en charge l’intégralité de l’activité ICT de nos clients. C’est le segment qui nous a apporté le plus de croissance.
 
Le Cloud ensuite, qui connaît également une forte croissance, et où Telindus se considère comme le leader sur la place luxembourgeoise avec plus de 100 clients. Puis la connectivité fixe pour entreprises, où nous opérons depuis cinq ans à partir de notre propre réseau de télécommunication. Là aussi, nous avons acquis une position importante et nous continuons à croître rapidement sur un marché luxembourgeois qui compte peu d’acteurs, et qui reste dominé par l’opérateur historique.
 
Dernier axe où nous avons fortement investi: les activités de sécurité, qui sont omniprésentes dans notre monde cybersécuritaire.
 
 
Telindus Luxembourg essaie par ailleurs de se positionner sur certaines niches d’activités IT: quelles sont-elles concrètement?
 
Il s’agit d’activités plus petites qui n’existent pas encore au Luxembourg. A ce titre, nous suivons de très près l’initiative Digital Lëtzebuerg du gouvernement, et notamment les activités régulées par la CSSF et la CNPD. De par leur intervention en effet, ces régulateurs créent des avantages et un positionnement compétitifs, pour le pays dans son ensemble.
 
Concrètement, je pense à l’activité liée aux systèmes de paiement, qui nécessite des infrastructures ICT. Dans ce domaine, la venue de Paypal au Luxembourg est l’exemple le plus connu. Mais il existe d’autres sociétés plus petites, d’origine allemande, anglaise, française, mais aussi américaine, qui souhaitent s’installer au Grand-Duché et à qui nous proposons nos infrastructures et nos services ICT.
 
Avec Fintech également, il existe des activités qui réunissent et mettent en symbiose les métiers financiers, la technologie ICT et l’infrastructure ICT. Il y a donc un écosystème qui se met en place et qui est prêt à accueillir ces nouvelles activités et sociétés.
 
Parmi les autres potentialités, il y a celles portées par le big data, pour lesquelles le pays essaie de se doter d’une infrastructure de high performance computing notamment.
 
En résumé, il s’agit de niches et d’activités nouvelles, dans lesquelles Telindus Luxembourg n’a pas encore de position forte, mais qui offrent un potentiel de développement. Aussi, notre objectif est de devenir un des leaders dans ces segments, comme nous le sommes pour le Cloud.
 
 
Quels seront vos atouts pour asseoir cette position forte?
 
Notre facteur différenciateur repose sur le savoir-faire de nos équipes. Dans le futur, il s’agit pour nous de développer et d’acquérir des compétences, en particulier dans le double domaine réglementaire et technologique. Nous devons donc investir dans des spécialistes de ces deux secteurs.
 
Car si Telindus est leader dans ses métiers, c’est parce que les aptitudes techniques sont là. Ce n’est pas sa technologie, mais bien sa maîtrise de la technologie et son savoir-faire en termes d’intégration qui feront la différence.
 
 
Peut-on à ce sujet parler d’une culture spécifique à Telindus Luxembourg?
 
Ce qui nous distingue, c’est un esprit d’innovation hors pair et une forte présence au Luxembourg, contrairement à d’autres groupes qui n’y ont juste qu’une représentation technique ou commerciale.
 
En outre, nous participons activement à la création du cadre luxembourgeois: à travers les différents groupes de travail, que ce soit auprès de la CSSF, du gouvernement ou des associations spécialisées.
 
Rares sont les sociétés qui sont à ce point actives et omniprésentes dans cet écosystème. C’est donc cela notre culture. Plutôt que de suivre le cadre, nous anticipons et le créons.
 
 
Qui sont vos clients?
 
Une très grande part de notre chiffre d’affaires provient de l’étranger. Même si nos très grands clients ont leurs data centers au Luxembourg, ils ont leur siège hors du pays, comme la Commission européenne ou le groupe bancaire Belfius (ex-Dexia, ndlr).
 
Nous avons donc une envergure internationale et le monde est notre marché. Tout comme le pays, nous nous positionnons sur la carte mondiale des data centers, car c’est une activité clé pour l’avenir du Luxembourg.
 
A ce titre, nous nous réjouissons de l’initiative du gouvernement de consolider les data centers de la Commission européenne au Luxembourg. Le gouvernement et la Commission européenne vont ainsi investir au Luxembourg pour les dix à quinze prochaines années.
 
 
Quel rôle joue Telindus Luxembourg dans la stratégie digitale du groupe Proximus?
 
Telindus Luxembourg développe des activités considérées comme à la pointe, au sein même du groupe. Et ce rôle de précurseur est possible parce que le marché luxembourgeois nous apporte non seulement des contraintes et des opportunités réglementaires, mais aussi de la croissance: en termes d’ICT, le Luxembourg croît en effet deux fois plus vite (3%) que la Belgique (1,5%).
 
Ce qui permet à Telindus Luxembourg de jouer aussi un rôle important d’innovateur au sein de Proximus, à tel point que nous opérons des activités clés pour le groupe à partir du Grand-Duché, comme notre plateforme d’IP téléphonie ou de sécurité. Nous sommes donc un centre de compétences pour certaines activités innovantes et à forte valeur ajoutée.
 
 
Dans cette course au digital, comment voyez-vous le Luxembourg?
 
Nous sommes un petit pays, et seule une petite part du marché global de l’ICT nous suffit. Au-delà des infrastructures de base, des connexions et des compétences, ce qui nous différencie, c’est notre capacité à offrir aux sociétés étrangères un point d’entrée pour l’Europe.
 
Pour cela, le Luxembourg doit continuer à se distinguer par sa rapidité d’exécution dans la régulation. En effet, la création du cadre est souvent une question de vitesse: il faut être le premier. «The winner takes it out»: le premier arrivé prend le marché. A l’exemple des réglementations sur les fonds d’investissement avec le cadre UCITS, ou avec les PSF.
 
Le Luxembourg doit donc rester précurseur et innovateur. Car c’est cette innovation et ce rôle de précurseur qui continueront à être les garants de son indépendance!
 

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