Sécurite sociale

Combiner les différentes solutions



Garante de nos besoins essentiels, la Sécurité sociale fait partie de la politique sociale de l’Etat providence. Ici comme ailleurs plane le risque de l’assèchement des réserves constituées au fil des générations… mais le Luxembourg semble s’en tirer mieux que ses voisins européens selon Georges Schroeder, directeur de l’Inspection générale.


Quelles sont les missions de la Sécurité sociale?

La Sécurité sociale a pour mission d’assurer tout un chacun contre un certain nombre de risques sociaux comme la maladie, la vieillesse, la pauvreté, les accidents de travail et le chômage. Elle a également pour vocation de combler dans une certaine mesure les charges familiales.

Il y a une dizaine d’années, l’état luxembourgeois est allé encore plus loin en introduisant l’assurance dépendance en faveur des personnes âgées et handicapées. Comme son nom l’indique, elle prend en charge les frais des aides et soins nécessaires aux personnes dépendantes qui ne sont donc pas pris en charge par l’assurance maladie.

La Sécurité sociale intervient de deux façons, soit par des prestations en nature pour la prise en charge des soins de santé ou dans le cadre de l’assurance dépendance, soit par des prestations en espèces, c’est-à-dire des indemnités pécuniaires de maladie, de maternité, d’accidents, etc. ainsi que les pensions.


Quelle a été l’évolution de ces prestations au fil des années?

La Sécurité sociale trouve ses origines en 1900 dans le cadre de l’Union économique et douanière avec l’Allemagne où ont été institués différents systèmes d’assurances sociales sous l’égide du chancelier Bismarck et dont le Luxembourg s’est fortement inspiré. Ce sont tout d’abord les ouvriers qui ont bénéficié des prestations de la Sécurité sociale avant de s’étendre à toutes les catégories socio-professionnelles. Aujourd’hui, toute personne active est assurée ainsi que les membres de sa famille qui ne sont pas autrement couverts.


Pourquoi l’Union des caisses de maladie a-t-elle été “remplacée” par la CNS?

La diversité des caisses de maladie et des caisses de pension résultait en fait de l’évolution historique. Lorsque de nouvelles catégories de la population se sont vu couvertes, de nouvelles caisses de maladie ou de pension se sont ajoutées à celles déjà existantes. Petit à petit, des fusions devenaient inévitables. Aussi, il y a une vingtaine d’années, les caisses d’allocation familiale et de prestations familiales ont fusionné pour devenir simplement “Caisse nationale des prestations familiales”. Il en a été de même pour les assurances pension.

Comme les prestations sont identiques pour tout le monde, soit la catégorie socio-professionnelle, les grandes fusions n’étaient qu’une question de temps. Avec l’uniformisation des prestations en matière de financement et la réalisation de grandes communautés de risques, nous nous sommes demandés pourquoi subsisteraient des différences sur le plan organisationnel.
 
 
Un sujet qui revient sur toutes les lèvres en Europe : comment combler le trou de la Sécurité sociale et faire face au vieillissement de la population en matière de dépenses de santé?

Certes, le vieillissement concerne bien évidemment aussi le Luxembourg, mais dans une moindre mesure, étant donné que nous avons créé des emplois en masse au cours des vingt dernières années, et que par conséquent la population luxembourgeoise moyenne est relativement jeune en comparaison avec les autres pays européens.

Qui dit pourcentage élevé de la population active, dit réalisation de bénéfices sur les différents exercices de sorte que nous pouvons constituer des réserves en matière d’assurance pension. Il en va de même pour l’assurance maladie.

Cela dit, il ne faut pas se leurrer. L’âge moyen augmentera puisque tous ces salariés recrutés iront à la retraite dans vingt voire quarante ans, et nous nous devrons d’honorer les engagements pris. Pour le volet de l’assurance maladie, ce vieillissement se traduira logiquement par un renchérissement des dépenses de santé puisque le vieillissement est bien sûr synonyme de besoins de santé plus prononcés.


L’âge de la retraite légale demeure à 60 ans au Grand-Duché alors qu’elle est fixée à 67 ans en Allemagne, par exemple. La solution réside-t-elle dans l’augmentation du nombre d&rs
quo;années de cotisation?


Tout d’abord, avec la prolongation des études, les salariés partent à la retraite à un âge avancé, de toute façon… en théorie. Car en pratique, les entreprises cherchent à se débarrasser de leurs employés plus âgés car plus coûteux et considérés comme moins productifs. En somme, la période de cotisation baisse tandis que la période des bénéfices des prestations augmente; nous basculerons donc de l’équilibre au déficit. Si nous n’augmentons pas le nombre d’années de cotisation, nous ne seront pas en mesure de garantir à terme un même niveau de pension pour une population vieillissante. Nous serons confrontés à ce problème dans une vingtaine d’années.
Nous nous retrouvons ainsi face à deux choix, celui d’augmenter le taux de cotisation mais il reste à se demander si la génération des personnes actives sera prête à consacrer une part substantielle de ses revenus aux pensionnés, raison pour laquelle la prolongation de la vie active est une piste à suivre. L’autre choix consiste à revoir le niveau actuel des pensions. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de solution miracle.

    
Comment retarder le départ à la retraite si les entreprises ne sont pas prêtes pas à jouer le jeu?

Cela demande une réflexion de la part des entreprises. On ne peut pas exiger de façon déclamatoire que les salariés doivent cotiser plus longtemps, et ne pas profiter de l’expérience des plus anciens. Il existe des solutions de travail partiel en combinaison avec des pensions partielles. Il est en tout cas impératif d’agir si nous ne voulons pas que vieillesse ne rime avec pauvreté. Il s’agit de combiner les différentes solutions pour maintenir la cohésion sociale.    PhR

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