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Le phénomène “commerce électronique”



L’essor du commerce électronique est une évidence au point que certains se demandent s’il ne faut pas endiguer artificiellement son expansion. Est-il dès lors illusoire de penser que le commerce électronique supplantera le commerce traditionnel?
Les explications de Serge Allegrezza, directeur du STATEC.


Le e-commerce, c’est 11% d’utilisateurs en plus en moyenne en Europe, d’après la dernière étude communautaire sur les TIC pour l’année 2009. Qu’en est-il au Luxembourg, et, plus généralement, quel est le comportement du consommateur luxembourgeois? Qu’en sera-t-il demain?

Dans l’Europe des 27, la part des particuliers ayant effectué des achats sur Internet est effectivement passée de 20% en 2004 à 37% en 2009. Au Luxembourg, ce taux évolue dans le même laps de temps de 40% à 58%. Avec un taux de croissance annuel moyen de quelque 10%, le Luxembourg fait pratiquement aussi bien que l’Europe en moyenne, tout en partant d’un niveau déjà assez élevé. Au Luxembourg, si l’on s’en tient aux seules personnes ayant utilisé Internet au cours de l’année écoulée, ce sont même les deux tiers des internautes, précisément 67%, qui ont acheté en ligne en 2009. Parmi les 27 pays de l’UE, seuls l’Allemagne, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont fait mieux. Au Royaume-Uni, par exemple, 79 % des internautes ont acheté sur Internet au cours de l’année écoulée.

Il n’y a aucune raison pour que cette tendance à la hausse ne se confirme pas dans les années à venir. Le e-commerce n’est pas encore arrivé à saturation et à maturité, ni au niveau de l’offre, ni au niveau de la demande. Il continuera à croître plus rapidement que le commerce traditionnel. On peut également y voir une opportunité pour le commerce traditionnel de se lancer dans le commerce en ligne.

Comme pour le commerce traditionnel, la concurrence tend cependant à s’intensifier. Pour attirer de nouveaux consommateurs, les sites de e-commerce devront donc fournir des services attrayants qui ont tout intérêt à être “user friendly”. Par ailleurs, les nouveaux réseaux sociaux, type facebook, pourraient jouer un rôle de plus en plus important. En effet, les commentaires rédigés sur ces plates-formes communautaires commencent à influencer directement la décision d'achat des internautes, plus particulièrement les jeunes.


Quels sont les types d’achats et sur quels types de sites achète-t-on? Y a-t-il de nouvelles tendances qui se dessinent?

Les acquisitions favorites en ligne restent les livres. Près de 60% des internautes au Luxembourg ont acheté des livres, des magazines ou du matériel éducatif sur Internet.
On peut imaginer que c’est le leader mondial dans la vente de livres en ligne qui se taille la part du lion. Dans la hiérarchie des achats favoris viennent ensuite la réservation et les opérations liées aux vacances, avec 53% des internautes, puis les autres réservations liées aux voyages comme les tickets de transport, avec un taux de près de 50 %.

Parmi les internautes, 45 % ont acheté en ligne des billets de spectacles et 40 % des films ou de la musique. Sans surprise, ce sont les jeunes consommateurs âgés de 16 à 24 ans qui sont les plus fervents acheteurs de films et de musique. 51% des internautes de cette classe d’âge déclarent en avoir acheté ou commandé. Par contre, l’achat en ligne de livres et magazines augmente avec l’âge des acheteurs et atteint, avec 63 %, le pourcentage le plus élevé chez les internautes âgés de 35 à 44 ans.
Concernant la fréquence des achats,
la majeure partie des acheteurs a passé
entre une à cinq commandes en ligne au
1er trimestre 2009. Un petit quart seulement a acquis entre six et dix articles ou services.
Là encore, il y a de la marge de progression.

Sur quels sites achète-t-on? A peu près 90% des biens ou services sont achetés auprès de vendeurs issus de pays membres de l’Union européenne. Un peu moins d’un tiers des achats était effectué auprès d’un vendeur national. L’origine du vendeur est cependant souvent difficile à identifier dans un contexte multinational, et la question posée dans l’enquête TIC auprès des ménages ne fait pas la distinction entre les activités “Business to Consumer” et “Consumer to Consumer”.

Pour ce qui est des tendances, sur les cinq dernières années, ce sont les réservations liées aux vacances et aux voyages et l’achat de billets de spectacles qui connaissent les plus importantes progressions avec un plus de
10 points par rapport à 2005. Ce phénomène est vraisemblablement lié à un développement de l’offre dans ces domaines.


Quels sont les freins au e-comm
erce? Qui sont les consommateurs réfractaires et pourquoi? Des solutions de sécurisation bancaires pourraient-elles changer la donne?


Parmi les raisons les plus souvent évoquées pour ne pas faire des achats en ligne, on trouve la préférence d’acheter sur place et de voir le produit. Cette raison est citée par 58% des internautes. L’absence de besoin est mise en avant par 56%. 46% des internautes n’achetant pas via Internet sont préoccupés par la sécurité des paiements et 38% n’ont pas confiance dans la réception ou le retour de produits ou encore dans les possibilités de plaintes ou de recours.

Finalement, quelque 34% expriment des craintes relatives à la protection de la vie privée liées au risque de divulgation des détails personnels sur la toile.

Quant aux consommateurs “réfractaires”, les raisons pour ne pas acheter sur Internet varient légèrement selon le genre: les Internautes féminins expriment plus souvent des craintes que leurs homologues masculins. 58% des particuliers ayant un accès Internet mais n’ayant jamais effectué d’achats en ligne sont des femmes.

Par ailleurs, la propension des internautes qui achètent sur Internet augmente fortement avec le niveau d’éducation. 57% des particuliers ayant un accès Internet mais n’ayant jamais effectué d’achats en ligne ont un niveau d’éducation correspondant au primaire ou au secondaire inférieur. Par contre, seulement 17% des internautes n’ayant jamais acheté en ligne ont un niveau d’éducation supérieur. C’est certainement une question de pouvoir d’achat, mais également des capacités ou de la perception des capacités d’utilisation des outils informatiques.

On a dit que près de la moitié des internautes restent préoccupés par la sécurité des paiements. Des produits et services de sécurisation, comme ceux offerts par LuxTrust par exemple, pourraient donc contribuer à débloquer certains freins qui ralentissent la progression du commerce électronique.

 
Va-t-on voir un jour disparaître le commerce traditionnel au profit du commerce électronique?

Cela paraît peu probable. Dans certains domaines commerciaux, rien ne pourra remplacer le contact humain ainsi que l’accueil et les services personnalisés et individualisés. D’ailleurs, les vendeurs en ligne ne s’y trompent pas en offrant eux-mêmes de plus en plus de services ou de produits individualisés ou individualisables. Le commerce traditionnel devra miser sur la qualité du conseil et le segment de marché visé devra être encore plus clairement défini. Néanmoins, la concurrence est rude et plus que jamais le client est, ou devrait être, roi.

Commerce électronique et commerce traditionnel seront plutôt complémentaires.
Ainsi, le commerce traditionnel ne pourra plus se passer d’une présence Internet, que ce soit par l’intermédiaire d’une simple présentation des produits ou services offerts et/ou par la possibilité de commander ou même d’acheter en ligne. Mais cela a aussi un coût, si ce n’est que le coût de la mise en place d’un site Internet attrayant et régulièrement mis à jour. La visibilité d’une société commerciale d’une marque ou de produits ne dépend d’ailleurs pas seulement de la qualité du site Internet et des services en ligne offerts mais également du référencement qui permet d’être “capté” par les moteurs de recherche. Une manière de toucher les internautes et d’augmenter la visibilité des produits est de chercher sa place sur des plateformes de vente ou de sites d’achat-vente de type eBay ou Amazon Marketplace, véritables places de marché virtuelles.

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