Développement durable

“La meilleure alternative reste d’économiser l’énergie”

Bois, sous-produits de l’industrie, produits de l’agriculture, déchets organiques…, la biomasse est une énergie renouvelable à visages multiples douée d’un potentiel qui sera largement exploité dans les décennies à venir, notamment dans la production de biogaz, de chaleur et de biocarburants. Sujet très complexe, nous avons fait appel à des experts de l’Administration des services techniques de l’agriculture (ASTA) Léon Wietor, directeur, Marc Weyland, Ingénieur chef de service de la production végétale, et Jos Flamang, responsable des champs d’expérimentation de plantes énergétiques, pour éclairer notre lanterne.

Quelles sont les missions de l’ASTA?

L’ASTA est un des départements du ministère de l’Agriculture, de la Viticulture et du Développement rural lui-même subdivisé en une quinzaine de services, le service des améliorations structurelles, de la météorologie, de l’agri-environnement, de la production végétale, de l’information géographique, etc.
Les missions de l’ASTA sont multiples et on changé au cours de son histoire. Notez que l’ASTA a fêté son 125e anniversaire fin 2008. Concrètement, l’ASTA a comme attribution d’améliorer la compétitivité de l’agriculture en respectant les critères du développement durable. D’autre part, les missions consistent également à promouvoir la qualité des produits agricoles et à analyser et contrôler la composition et la qualité de produits et de moyens de production agricole. Pour finir, l’ASTA effectue également un certain nombre de contrôles dans le cadre de la sécurité alimentaire.

 

Qu’entend-on par “biomasse”?

En écologie, on parle de “biomasse” pour désigner la masse totale des organismes vivant dans un milieu donné. Dans le secteur de l’énergie, par contre, le terme de biomasse regroupe l’ensemble des matières organiques qui peuvent servir comme source énergétique. Il s’agit en premier lieu de matières premières qui proviennent directement des plantes, comme par exemple le bois ou la biomasse produite par des plantes énergétiques. Mais les déchets organiques, provenant des industries agro-alimentaires et des ménages, ainsi que les déjections des animaux d’élevage sont également valorisés en tant que source d’énergie.

La biomasse n’est autre chose qu’une forme d’énergie solaire élaborée et stockée par les plantes, grâce à un processus essentiel de la vie : la photosynthèse.
Depuis la nuit des temps, la biomasse est utilisée par l’Homme à des fins énergétiques. Cependant, depuis la Révolution industrielle, alors que les besoins énergétiques ont explosé, les énergies fossiles non régénératives, tels que le charbon, le pétrole et le gaz naturel ont progressivement évincé la biomasse comme ressource énergétique.

Aujourd’hui, avec le nouveau débat autour de la protection environnementale, de la réduction des émissions de CO2 et de l’épuisement des réserves d’hydrocarbures, la tendance est en train de s’inverser, et on se penche à nouveau de plus en plus sur des sources énergétiques régénératives, dont fait également partie, à côté de l’énergie éolienne et du photovoltaïque, notamment, la biomasse. Ainsi, l’UE s’est fixé comme objectif d’ici 2020 de couvrir 20% de ses besoins en énergie par des énergies dites renouvelables, et, en ce qui concerne le Luxembourg en particulier, les énergies régénératives devront constituer 11% de notre consommation totale en énergie à cette échéance. Il est inutile de préciser qu’il faudra ainsi faire appel à la biomasse pour atteindre cet objectif ambitieux.

Quelles sont les nouvelles tendances?

Nos sociétés modernes ont compris il y a de nombreuses années déjà que nous pouvons recourir à la biomasse végétale pour combler nos besoins énergétiques et remplacer partiellement les énergies fossiles. Il y a différentes techniques et différents usages pour la biomasse. Elle peut être utilisée directement par la valorisation du bois ou plutôt des résidus de bois et de la biomasse agricole comme matières premières pour se chauffer. D’autre part, elle peut être valorisée – après méthanisation dans un fermentateur – comme biogaz. Pour finir, il existe la possibilité de transformation chimique en biocarburant, à l’instar de l’huile de colza transformé en diester, destiné à remplacer le diesel.

Un tiers du territoire luxembourgeois est constitué de forêt. Le bois sera-t-il la matière première par excellence au Grand-Duché?

Selon l’étude LUXRES sur la valorisation des énergies régénératives, commanditée par l’Agence de l’Energie, les ressources énergétiques renouvelables pourront couvrir au maximum 4,5% des besoins du Grand-Duché en 2020. Cette étude a par ailleurs montré que le bois a le plus grand potentiel en tant que biomasse énergétique au Luxembourg. La valorisation du bois sera cependant limitée presqu’exclusivement au chauffage.     ./..
En deuxième lieu vient la biométhanisation de la matière organique en vue de produire de l’électricité ou du biogaz injecté directement dans le réseau de distribution de gaz. Quant à la production de biocarburants tels que le diester de colza, elle restera limitée au Luxembourg.

Que pouvez-vous nous dire sur la biométhanisation?

La biométhanisation consiste à récupérer le gaz qui se forme dans la station de fermentation suite à la fermentation de la biomasse (déchets organiques, déjections d’animaux d’élevage, plantes énergétiques), pour le brûler dans des moteurs et le transformer en énergie électrique. La chaleur générée est également utilisée pour le chauffage. C’est ce qui se réalise dans les types de fermentation plus anciennes. Sachez qu’il existe en tout 22 stations de fermentation au Grand-Duché.

Dans les nouvelles stations de fermentation, comme celle en construction à Kehlen, par exemple, le gaz n’est pas brûlé mais nettoyé puis injecté directement dans le réseau de distribution de gaz Luxgaz. Il en résulte une plus grande efficacité énergétique.

Peut-on dire que la biométhanisation e
st LA solution alternative dans l’avenir?

Même si la biométhanisation est actuellement dans nos régions la meilleure solution pour valoriser la biomasse d’origine agricole et les déchets organiques, il n’y a cependant pas d’énergie alternative par excellence dans toutes les situations données. Tout dépend de l’endroit où l’on se trouve, des richesses du sol, du climat, ainsi que d’autres paramètres comme la présence à proximité d’infrastructures indispensables à la transformation de la matière première qui s’y trouve.
La seule et unique façon de voir s’il est intéressant de s’orienter vers une énergie alternative plutôt qu’une autre est de réaliser un bilan énergétique global, un bilan des rejets de CO2, des nuisances pour l’environnement et pour la santé à un endroit et à un moment donné. Le bilan énergétique global et le bilan CO2 doivent être largement positifs.

Au Brésil, par exemple, la matière première la plus utilisée pour les besoins énergétiques– et de loin – est l’éthanol étant donné la présence massive de plantations de canne à sucre, une culture très productive. Il ne serait pas judicieux de faire ce choix dans nos régions pour la simple et bonne raison que nous n’avons et ne pourrions de toute façon pas planter de cultures aussi productives que la canne à sucre pour produire de l’éthanol. Nous devrions dès lors importer l’éthanol… imaginez un peu le bilan énergétique.
Cela dit, il ne faut pas que soient plantées massivement des cultures à des fins énergétiques au détriment des cultures alimentaires.
C’est tout le problème, les choix sont difficiles et on ne fait pas de miracle.

Pour conclure, même si cela paraît évident, permettez-nous de rappeler que la meilleure alternative reste d’économiser l’énergie.    PhR

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