Interview de Claude Turmes

Une philosophie du XIXe siècle

 

La Conférence de Copenhague a été vécue comme un véritable échec par la grande majorité des pays européens dont le Luxembourg. En réponse à ce flop, le gouvernement luxembourgeois a lancé sans attendre le Pacte national pour le climat et le développement durable. Réelle volonté d’avancer dans le domaine ou simple effet d’annonce, nous avons interrogé Claude Turmes, eurodéputé vert luxembourgeois ex-rapporteur du Plan climat de l’UE, sur la question.

Quelles conclusions peut-on tirer de la Conférence de Copenhague?

La Conférence de Copenhague a été un échec car elle n’a pas réussi à imposer un accord suffisamment contraignant et ambitieux aux grands pollueurs, soit les Etats-Unis, l’Europe et les pays émergents comme la Chine et le Brésil. Nous ne devrons donc pas manquer les deux rendez-vous de 2010, les conférences internationales sur le climat de Bonn et de Cancún pour corriger le tir. Pour cela, il y a deux problèmes à résoudre. Tout d’abord, sachez que malgré ce qui a été avancé dans les médias, l’Union européenne a été très divisée entre ceux qui voulaient aller de l’avant comme la France et l’Allemagne, et ceux qui ont cherché à bloquer le processus comme l’Italie et la Pologne. Les Européens doivent donc parler d’une seule voix et afficher des ambitions s’ils veulent pouvoir exercer assez de pression sur les Etats-Unis. Deuxièmement, l’Administration Obama doit absolument faire passer la loi sur le climat au Sénat au printemps. Ces conditions remplies, la Chine devrait alors plier sous la pression.
Les Etats-Unis et l’Europe étant les pollueurs historiques, il est normal que les pays émergents aient du mal à accepter des obligations de résultat venant de notre part. A nous de mettre toutes les chances de notre côté. Je ne partage cependant pas l’argument qui consiste à dire que la Chine est la seule responsable du blocage et qu’elle cherche par tous les moyens à faire pourrir le dossier…

… Faut-il créer un organe mondial sur l’environnement autonome?

C’est le troisième problème à résoudre. L’ONU doit se rendre compte que son fonctionnement n’est pas optimal et que des réformes sur les prises de décisions en interne, notamment, sont nécessaires. C’est la condition préalable à la création d’une organisation mondiale de l’environnement.

Un Pacte national sur le climat et le développement durable a été lancé fin décembre 2009 par M. Wiseler. En quoi consiste-t-il et qu’apportera-t-il?

Il était temps. Depuis son arrivée à la tête du Gouvernement voilà quinze ans, Jean-Claude Juncker n’a jamais réussi à intégrer l’environnement dans sa politique, alors que l’enjeu est aussi important que la politique économique et sociale. Car, en l’absence d’environnement intact, il n’y a pas d’économie et pas de social non plus. Aussi, mener une discussion d’un an avec tous les acteurs concernés pour donner enfin à l’environnement la place qui lui est due ne peut être que de bon augure, et Déi Greng l’ont toujours revendiqué. Toutefois, il faut que les décisions politiques finales et surtout leurs nécessités budgétaires soient prises par la Chambre des députés et non par la tripartite entre le patronat, les syndicats et le Gouvernement, qui siège prochainement.
Le Gouvernement doit aussi afficher clairement ses objectifs et un calendrier précis avant d’entamer les discussions sur le pacte national. Il n’y a concrètement encore rien sur la table et j’espère qu’il ne s’agit pas d’un effet d’annonce.

Quoi qu’il en soit, dans ce pacte, les communes jouent un rôle de premier plan, que ce soit dans le domaine des infrastructures, des transports, de l’efficacité énergétique ou des énergies renouvelables. Elles doivent pour cela être en mesure de donner l’exemple. La grande différence entre le Luxembourg et l’Autriche, par exemple, c’est que le ministère de l’Intérieur campe sur une philosophie du XIXe siècle, préférant mener une politique de contrôle plutôt qu’aider les communes à résoudre les problèmes du XXIe siècle. Il existe trop de blocages et les autorisations ne sont que tardivement délivrées.

A ce propos, que pensez-vous du transfert de certaines compétences du ministère de l’Intérieur au profit du nouveau “Superministère” du Développement durable et des Infrastructures?

Un “superministère” est en soit une bonne idée à condition que l’organisation et les décisions soient cohérentes et que le volet “développement durable” domine dans les débats. Or, aux dernières informations, il y a une impitoyable guerre des chefs entre les différentes sections à savoir le département "transports", "bâtiment publics" et "environnement". Dans ce cas, c’est alors même contre-productif. En outre, je crains que les discussions qui jadis étaient publiques se transforment en discussions à huis clos, ce qui signifierait une perte pour la démocratie.

Un petit mot sur l’Europe, si vous le voulez bien, en tant qu’eurodéputé : président de la Commission européenne, présidence tournante et maintenant président de l’Union européenne et haut représentant à la politique extérieure, cela ne fait-il pas un peu trop de monde?

Je n’ai jamais été convaincu que cette idée était la bonne. La période de transition nous montrera si cela peut fonctionner, si c’est une réelle valeur ajoutée, ou si au contraire cela ajoutera à la cacophonie ambiante. Le fonctionnement et la visibilité ne se décide pas sur le papier, ils doivent répondre à une réalité.
Quoi qu’il en soit, je suis pour le maintien de la présidence tournante, car c’est un bon moyen de rapprocher les médias du pays en exercice avec leurs citoyens sur l’Europe. Je pense que cela durera encore un certain temps.    PhR

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