Chambre des Métiers
“2010 sera l’année
des décisions à prendre”

2009 s’est achevée sur une bonne note pour l’artisanat, mais ces chiffres restent à prendre avec beaucoup de prudence, comme le soulignent Roland Kuhn, président de la Chambre des Métiers, et Paul Ensch, directeur, que nous avons rencontrés en marge de la réception de nouvel an.
La Chambre des Métiers prépare la 3e édition du concours de l’innovation dans l’artisanat. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce prix?
Nous cherchons avec ce prix à montrer à l’intérieur et à l’extérieur que l’artisanat reste un secteur incontournable de notre économie au même titre que d’autres. Nous voulons démontrer à tout un chacun ô combien les entreprises actives dans l’artisanat sont innovantes, toujours en proie à développer de nouvelles solutions. Lors de la première édition, par exemple, l’heureux élu est un serrurier qui a développé une bascule mobile transportable dans une remorque, qui a pour mission de contrôler notamment le poids, les freins et les amortisseurs des poids lourds qui traversent notre territoire.
La démarche est-elle proactive ou bien faut-il postuler?
Ce sont les entreprises qui doivent faire la démarche. Un jury indépendant et autonome attribue le prix et une enveloppe de 15.000 euros ; le concours est sponsorisé par la Mutualité d’Aides aux Artisans. De la trentaine de postulants, nous en retenons une douzaine.
Ce prix contribue-t-il à apporter une certaine notoriété et une image plus pertinente de la profession?
Il est difficile de mesurer l’impact de ce concours tout comme de celui de nos campagnes, mais nous sommes convaincus que les retombées sont là.
Nous aimerions attirer votre attention sur le fait que l’artisanat est un des seuls secteurs qui a su garder et même créer de l’emploi durant la crise. Le secteur est très porteur:
il réalise 200 millions de chiffre d’affaires pour 2.000 nouveaux emplois chaque année.
C’est la raison pour laquelle nous nous efforçons de réaliser des campagnes à l’attention des jeunes et de leurs parents mais aussi du grand public, l’objectif étant de souligner le potentiel qui existe dans l’artisanat.
Par ailleurs, sachez que 1.500 entreprises attendent de jeunes entrepreneurs dans les dix ans pour des raisons de départs à la retraite. C’est une opportunité à saisir pour les futurs artisans mais également pour les jeunes diplômés en économie et en droit, notamment, indispensables à la profession.
Quel bilan peut-on dresser pour l’année 2009?
L’artisanat a bien tenu le cap en 2009 malgré la crise. Cela dit, il faut relativiser. Les communes étant un de nos principaux partenaires, 2009 s’est inscrit dans la continuité de projets déjà lancés avant la crise. La donne ne sera pas la même pour 2010 puisque les communes et l’Etat épargnent, surtout en matière d’infrastructures routières. C’est donc le génie civil qui est principalement touché.
Pour les infrastructures routières, n’est-ce pas plutôt la volonté de baisser les investissements au profit du rail, pour mieux répondre au “modal split”?
Ce que je peux vous dire, c’est que si le “modal split” prévoit une part de 75% pour la route, ce qui est énorme, il faut alors continuer d’investir massivement dans les infrastructures routières. Il s’agit là d’un facteur de compétitivité important. Les embouteillages coûtent très cher aux entreprises.
Quelles sont les perspectives pour 2010?
Le défi pour le Luxembourg en 2010 consistera à augmenter la compétitivité de toutes les entreprises. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais nous n’avons pas d’autre choix si nous voulons maintenir notre train de vie actuel. L’éducation, l’innovation et la recherche sont à la base de tout progrès économique, et l’artisanat ne veut pas être absent de cette démarche. Pour cela, il faut accélérer les lois et les procédures, et alléger ces dernières. L’année 2010 sera sans conteste l’année des décisions à prendre.
Trois chiffres en guise de conclusion: l’artisanat, ce sont 5.000 entreprises avec 70.000 salariés… un secteur qui représente 10% du PIB. PhR