Grande Région
des entreprises de Moselle”
La Chambre de Commerce, d’Industrie et de Services de la Moselle se voit investie de nombreuses missions depuis le conseil aux entreprises jusqu’à la réalisation et la gestion des infrastructures publiques en passant par le volet formation et enseignement supérieur. Un acteur public incontournable en Lorraine que nous nous devions de présenter dans notre édition de décembre dédiée en partie à la Grande Région.
Interview exclusive avec Philippe Guillaume, président de la CCI.
Quelles sont les missions et les projets de la CCI Moselle?
La mission principale de la Chambre de Commerce, d’Industrie et de Services de la Moselle, 6e Chambre de France, est de représenter les intérêts des 28.000 entreprises de Moselle. Ses domaines d’intervention se situent entre autres dans l’appui et le conseil aux entreprises, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur, ou bien encore la réalisation et la gestion d’équipements publics, comme par exemple la gestion de l’aéroport régional Metz Nancy Lorraine ou la gestion des Ports publics de Moselle (Metz et Thionville). La CCI de la Moselle participe également très activement aux débats sur les infrastructures routières et ferrées en Moselle, à l’aide de propositions concrètes. La CCI est le Parlement des entreprises de Moselle.
Les projets de la CCI de la Moselle consistent actuellement à faire avancer rapidement et concrètement l’évolution des infrastructures: elle a par exemple réussi à imposer un consensus pour le projet de Grand Port Lorrain, qui ira de Frouard à Thionville en passant par Metz. Validé lors du déplacement du Président de la République en octobre dernier, il faut à présent rendre concret ce projet dans un délai mesuré.
Comme le disait Jacques Attali, que la CCI de la Moselle a invité le 5 novembre dernier, le projet de plateforme multimodale dans un délai de 30 ans, c’est trop tard. Nous travaillons pour accélérer cette mise en place dans ses différentes phases avec les services de l’Etat, notre partenaire essentiel dans ce dossier.
Autre projet, une grande étude sur la fiscalité du territoire. Avec la proximité du Luxembourg, cette thématique est urgente à mettre en œuvre. Pour nos PMI/PME de Moselle, qui font la richesse du territoire puisqu’elles représentent 99% des entreprises de Moselle, la CCI doit fournir une vraie expertise. Nous prévoyons un livre blanc sur le sujet.
La CCI doit être la locomotive d’un projet lorrain, et travailler pour accueillir logiquement le siège de la future Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie. Le poumon économique de la Lorraine se situant en Moselle, la Chambre régionale doit se situer à Metz, près de la Préfecture de Moselle et l’Hôtel de Région. C’est une nécessité.
Enfin la CCI de la Moselle souhaite mettre en place un pôle éco-matériaux sur des terrains qui seront bientôt disponibles après le départ de militaires à Metz. Nous avons le souhait de lancer une nouvelle filière industrielle en Moselle, de disposer d’un “cluster” sur une partie de la Base Aérienne 128 de Marly Frescaty, qui permettrait de fabriquer les matériaux nécessaires pour la construction de demain, dictée nécessairement dans le cadre du Grenelle de l’Environnement. Je vous rappelle que la CCI de la Moselle a mis en place un label Engagement dans le développement durable dès janvier 2008, qui regroupe les entreprises de Moselle agissant pour le développement durable.
Qu’en est-il en matière de formation?
En matière de formation: depuis l’arrivée de notre équipe d’élus que je préside depuis novembre 2004, un axe fort a été déterminé en matière de formation. Notre CCI doit répondre aux besoins de nos entreprises, de nos filières, de nos branches professionnelles. Nous regardons les métiers dont nos entreprises ont besoin, et leur proposons les formations en rapport. C’est un principe simple mais qui n’était pas mis en place avant l’arrivée de notre équipe d’élus à la CCI de la Moselle.
Le pragmatisme que nous mettons en avant au service de nos entreprises s’applique également à la formation: permettre aux jeunes et aux moins jeunes d’accéder à un parcours de formations dicté par les besoins dans nos branches professionnelles pour décrocher un métier à la sortie. Nous avons en fait une stratégie claire, orientée vers le tertiaire.
En formation continue, par exemple, le département langue représente 60% de l’activité de CCI Formation, dont beaucoup d’apprentissage en allemand. Dans notre région, c’est essentiel. Nous proposons également des formations en bureautique et en management. Nous intervenons aussi en primo-formation, toujours avec le soutien des branches professionnelles, et donc des entreprises.
Dans le domaine de l’immobilier, la CCI de la Moselle a même un projet ambitieux d’Académie Européenne de l’Immobilier, qui couvrira toute la profession, en embrassant les différentes facettes de l’immobilier, de la transaction, en passant par le logement social et la promotion immobilière.
Cette Académie Européenne de l’Immobilier, que nous avons pertinemment dotée d’un titre ambitieux, sera lancée en janvier 2010. Là encore, avec le soutien des entreprises de la filière immobilière.
Dans le domaine de la pharmacologie, un BP Pharmacie est proposé pour l’ensemble de la profession en Moselle, et même au-delà. Dans le prolongement, depuis la dernière mandature, un diplôme en dermo-cosmétique a été mis en place à CCI Formation.
En ce qui concerne la grande distribution, nous proposons un diplôme dans le domaine de l’électroménager, avec l’appui de grandes enseignes comme Darty ou Saturn.
Enfin, en termes d’enseignement supérieur, Esidec, notre école qui forme dans le domaine de la logistique, était en perte de vitesse ces derniers temps, raison pour laquelle nous avons mis en place un projet global de parcours dans la logistique, qui implique la CCI de la Moselle (qui gère Esidec), l’Enim (l’Ecole nationale d’ingénieurs de Metz) et les laboratoires de l’Université Paul Verlaine – Metz, dans le but de créer un institut mosellan de la logistique qui permettra l’obtention de diplômes universitaires, de bac+2 jusqu’au doctorat.
Nous avons également un partenariat en cours à ce sujet avec le Centre Henri Tudor et la CCI de Luxembourg.
Quelles sont les synergies
entre la CCI et les autres chambres de commerce dans la Grande Région, en particulier la Chambre de Commerce de Luxembourg (dont Luxinnovation)?
Nous avons, avec les CCI des autres pays voisins, des relations à l’occasion de rencontres privilégiées qui regroupent la CCI de la Moselle, celle de Meurthe-et-Moselle, la Chambre de Commerce de Luxembourg, celle de Rhénanie-Palatinat et la CCI de Libramont, en Belgique. Cependant, dans chaque pays, les missions et les domaines d’intervention ne sont pas les mêmes.
Avec la Chambre de Commerce de Luxembourg, nous œuvrons par exemple dans le cadre de la création/transmission d’entreprises avec “1, 2, 3 Go”, homologue de notre filiale Synergie au Luxembourg. Nous échangeons aussi, comme je vous le disais, sur des collaborations dans le domaine de la formation, dans le cadre de la mise en place de notre filière logistique.
Comme nous l’évoquions lors de notre entretien avec le 1er Adjoint au maire de Metz, Jean-Pierre Masseret révélait il y a quelques semaines que s’il se satisfaisait du nombre d’employés lorrains embauchés par les entreprises luxembourgeoises, il s’inquiétait que ce développement ne se fasse qu’à sens unique, c’est-à-dire au détriment de la compétitivité en Lorraine. Quelle est votre position sur le sujet?
La Lorraine, le Luxembourg et la Sarre font partie du même espace économique ; on le voit tous les jours au travers des travailleurs ou collaborateurs transfrontaliers qui sont très nombreux, ou bien encore des entreprises qui travaillent avec le Luxembourg (entre autres), et qui ont des filiales de part et d’autre des frontières.
Les apports réciproques de ces régions sont des richesses réelles. A la CCI de la Moselle, nous en avons une vision très positive. Nous sommes heureux chaque fois que le Luxembourg a des projets et rencontre des succès: c’est bon pour la Lorraine et ses habitants.
Si les mouvements économiques se font, il faut aller plus loin et plus vite sur le volet politique. Lors de l’inauguration du dernier “Salon à l’envers” à Thionville, le ministre de l’Economie luxembourgeois regrettait de ne pas avoir rencontré le président de la Région Lorraine.
C’est bien dommage. Des contacts plus fréquents entre les dirigeants seraient profitables à tous. Nous avons tout à gagner à travailler plus ensemble sur différents sujets comme les transports, la formation, l’université…
En agrégeant et coordonnant les forces et les envies de chaque territoire, la Lorraine, qui est une grande région économique française, trouvera des possibilités nouvelles de développement.