Grande Region
politiques à remplir”
Pourquoi avoir créé un Conseil Interrégional des Chambres des Métiers, et quelles sont ses missions?
Dans les années 70, nous avons rapidement eu des contacts transfrontaliers périodiques improvisés de par nos amitiés personnelles. Ces contacts se sont intensifiés dans les années 80 avec le renforcement du marché intérieur. La coopération transfrontalière entre les entreprises a été favorisée par les premiers programmes communautaires – surtout en matière d’innovation – destinés à rapprocher les entreprises. Suite à la consolidation des liens qui se sont tissés, les Chambres des Métiers de Lorraine, de Sarre, de Rhénanie-Palatinat et de Luxembourg ont décidé de s’unir en 1989 en créant le premier organe institutionnel de coopération, le Conseil Interrégional des Chambres des Métiers Saar-Lor-Lux. Il a été décidé d’opter pour une présidence tournante et d’établir le secrétariat général au Grand-Duché. La présidence actuelle est détenue par Rudi Müller, Président de la Chambre des métiers de Trèves. Une telle structure institutionnalisée revêt des atouts certains surtout pour le développement d’actions de coopération durable entre les différentes chambres des métiers, car, souvent, le développement des rapprochements mutuels et la mise en place d’un esprit de confiance et d’échange demandent un certain temps. Je pense que l’on peut prétendre que les chambres des métiers ont été les initiatrices de ce mouvement.
Les objectifs consistent à favoriser la représentation des PME artisanales auprès des instances politiques interrégionales, nationales et européennes. Nous devons en permanence rester à l’écoute des politiques communautaires, notamment en matière de directives européennes et analyser les implications qui découlent de leur transposition, avant d’adopter une prise de position commune en cas de divergences d’interprétation des textes ou encore en cas de blocage. Nous avons des objectifs politiques à remplir; les décideurs se focalisent sur la politique industrielle et ont tendance à oublier les considérations des PME …
… Peut-on dès lors parler de lobbying?
Bien sûr. Qui dit représentation des intérêts, dit lobbying. Nous nous devons de veiller à ce que l’on considère l’artisanat ou la politique des PME en général dans les préoccupations politiques du moment, ce qui n’est souvent pas le cas.
Quels résultats avez-vous obtenus depuis 1989?
La coopération transfrontalière n’a fait que s’accentuer au fil des années. Nous avons essayé de favoriser la mise en place de structures interrégionales efficaces comme le Comité Economique et Social de la Grande Région (CES), organe consultatif à vocation socio-économique du Sommet de la Grande Région. Il rassemble en quelque sorte l’ensemble des forces vives de la Grande Région dans lesquelles nous déléguons des représentants et des experts. Nous pouvons par ce biais également influencer le processus de réflexion autour de la future politique d’intégration de la Grande Région qui s’est amplifiée depuis l’instauration de ce CES Grande Région en 1997.
Parallèlement, les sommets de la Grande Région se sont institutionnalisés, sommets dans le cadre desquels nous nous sommes toujours mobilisés pour faire part de nos desiderata, à l’instar de notre prise de position de principe intitulée “Perspectives d’avenir et potentiel de développement de l’artisanat dans la Grande Région” du mois de mai dernier. Et dès lors que les intérêts de l’artisanat étaient justement à l’ordre du jour lors du dernier sommet, nous pouvons, je pense, affirmer que nos efforts ont bel et bien porté leurs fruits.
A ce propos, il a été décidé à l’issue du sommet d’intensifier les relations entre d’une part le CICM, et d’autre part le CES Grande Région, et de favoriser l’activité et la coopération transfrontalières des entreprises artisanales. Cette volonté s’explique par le fait que la Grande Région représente un potentiel de marchés important qui ne cesse de s’accroître.
Avec le perfectionnement du marché intérieur européen, on voit que la prestation transfrontalière est devenue véritablement une réalité, ce qui signifie que nous devons promouvoir la Grande Région auprès des entreprises. Il s’agit là d’un travail de communication consistant à présenter les marchés existants dans la Grande Région.
C’est surtout par le biais de l’échange d’expérience que l’on peut favoriser l’intégration des entreprises sur les marchés interrégionaux.
Quelles sont ou seront les nouvelles missions de la CICM?
Favoriser l’innovation dans les PME artisanales sera un de nos sujets de prédilection au niveau de notre coopération interrégionale. En effet, l’avenir du développement des activités artisanales est étroitement lié à l’intégration d’une approche innovatrice à tous les niveaux. On entend par “innovation” non pas uniquement l’innovation “produit” ou “services”, mais également l’aspect organisationnel, notamment en matière de gestion des processus ou de la communication.
Nous voulons dès 2010 intensifier l’échange entre les entreprises qui misent sur l’innovation, les entreprises qui doivent pallier à un déficit dans le domaine, les acteurs qui favorisent le transfert de technologies ainsi que les instituts supérieurs de la Grande Région. Aussi, nous envisageons l’organisation d’une conférence transfrontalière sur l’innovation, l’année prochaine, à laquelle pourront participer toutes les entreprises intéressées.
Nous voulons également améliorer la transparence sur les marchés en éliminan
t les obstacles à l’échange des produits et des services, le marché intérieur n’étant pas encore achevé. Il subsiste toujours un certain nombre de problèmes lorsque les entreprises abordent les marchés respectifs, et nous nous devons de soumettre des propositions concrètes aux instances interrégionales, notamment lors des sommets de la Grande Région, si nous voulons éliminer ces obstacles, et ainsi favoriser l’échange transfrontalier. Nous saluons à ce titre la mise en place actuelle d’une “Task Force” destinée à identifier les problèmes transfrontaliers, les cadres légaux des différents pays étant bien différents.
Je pense qu’il y a une prise en compte graduelle du secteur de l’artisanat par les décideurs dans la Grande Région, et on ne peut que s’en féliciter. C’est très important puisque les PME donnent une réponse spécifique à l’incidence de la globalisation: elles sont implantées dans la Grande Région, emploient du personnel local, offrent des opportunités de formations initiales au niveau régional par le biais de l’apprentissage, et commercialisent leurs produits ou leurs services dans la même région… bref permettent de combiner le critère de la diversité économique avec celui de la proximité.