Minstère de la Santé
Vers une nouvelle ère de la médecine ?
Un vaste programme de recherche et développement européen dans le domaine de l'assistance aux personnes dépendantes est en cours de réalisation. Son objectif consiste à favoriser le maintien à domicile des personnes âgées et des personnes dépendantes tout comme à assurer leur bien-être grâce aux technologies de l'information et des communications (TIC). Lëtzebuerger Gemengen a voulu savoir si ces technologies révolutionneront la médecine de demain et comment l'assurance dépendance accompagnera ces nouvelles donnes. Entretien avec Mars Di Bartolomeo, ministre de la Santé.
Un nouveau programme d'Assistance à l'Autonomie à Domicile (AAL-Ambient Assisted Living joint programme) impliquant vingt-trois ans pays européens – dont le Luxembourg – devrait voir le jour. En quoi consiste ce programme ?
Le projet AAL est un projet de recherche et développement subventionné par l'Union européenne qui a débuté en 2008 et se déroulera jusqu'en 2013, projet auquel participera le Luxembourg, effectivement. Cette participation est, bien entendu, justifiée par les nombreuses opportunités que le Luxembourg a pu voir dans ce programme tant pour la santé, la sécurité sociale et le développement de l'emploi dans le pays.
Le projet AAL poursuit des objectifs ambitieux qui recoupent néanmoins à maints égards les objectifs de l'assurance dépendance. Il s'agit tout d'abord d'augmenter la qualité de vie des personnes âgées, leur prodiguer tous les soins nécessaires et favoriser leurs capacités fonctionnelles. Il faut également permettre aux personnes âgées de rester le plus longtemps possible dans leur environnement préféré. Cela passe par l'amélioration de leur autonomie, de leur sentiment de sécurité et de leur mobilité. Il va de soi qu'il faut soutenir la politique de soins et favoriser les capacités fonctionnelles des personnes âgées. Parallèlement, nous nous devons de promouvoir un style de vie plus sain et de meilleure qualité pour les personnes à risque tout comme renforcer la sécurité, prévenir l'isolement social et aider au maintien d'un réseau multi-fonctionnel autour de la personne… tout cela sans oublier bien sûr le personnel soignant, les familles et les services de soins.
Ce programme AAL a pour objectif de permettre le maintien à domicile des personnes âgées et à mobilité réduite grâce aux TIC (technologies de l'information et des communications). Quelle est la carte à jouer par le ministère de la Santé dans ce programme, et quelles sont les mesures prises par le ministère pour soutenir l'innovation technologique dans ce domaine ?
Le projet AAL envisage des voies nouvelles qui ne sont pas encore prévues dans les prestations de l'assurance dépendance, et on pense ici à la liste des aides techniques que l'assurance dépendance met gratuitement à disposition des personnes dépendantes. Cette liste ne prévoit encore que timidement les technologies de l'information et de la communication. Certes, l'assurance dépendance accorde déjà aux personnes qui en présentent le besoin un certain nombre d'aides à la communication, à l'information et à la signalisation (aides optiques, enregistreurs audio et récepteurs, téléphones et aides pour téléphoner, systèmes de transmission du son, aides de signalisation et d'indication, systèmes de contrôle de l'environnement, etc.). De nouvelles découvertes pourraient cependant enrichir le champ des possibilités actuelles.
Par ailleurs, en favorisant l'innovation dans ce domaine et la mise sur le marché de nouveaux produits en technologie de l'information et de la communication, ce projet apporte une valeur ajoutée dans le domaine de la santé et des soins de longue durée, soit le développement d'un nouveau secteur économique. Il permet au vieillissement démographique mondial de devenir une opportunité pour le développement économique et technologique.
Ce projet n'en est toutefois qu'à ses débuts. Il faut lui laisser le temps de grandir et de produire des résultats. Pour l'instant, le rôle du ministère de la Santé consiste surtout à être vigilant quant au développement de ce projet de façon à pouvoir y saisir en temps voulu les opportunités qui se présenteront.
L'assurance dépendance est un outil financier favorisant le maintien à domicile. Comment s'adaptera cette dernière à ces innovations ?
Il faut signaler ici que l'assurance dépendance n'est pas uniquement un outil financier favorisant le maintien à domicile. Elle est certes un outil dont l'aspect financier constitue une fonctionnalité importante, mais son rôle dépasse toutefois l'aspect financier et son objectif dépasse le maintien à domicile. L'assurance dépendance est véritablement un instrument de politique sociale et de santé publique dans le domaine des soins de longue durée, à domicile et en établissement d'aide et de soins. Son rôle ne se limite pas à répartir équitablement les fonds publics entre les personnes dépendantes. L'assurance dépendance donne une orientation d'ensemble au secteur des soins de longue durée: contenu, quantité et qualité des soins, engagement et qualification du personnel des prestataires, devoirs des prestataires à l'égard des bénéficiaires, etc.
Il n'est certainement pas exclu que des prestations nouvelles pourraient être ajoutées aux aides techniques actuelles de l'assurance. Les dix ans d'expérience de l'assurance dépendance amènent cependant à formuler une remarque. Dans les objectifs du projet AAL, il est souligné que le recours à la technologie permettrait de faire des économies en matière de soins. Lors de l'introduction de l'assurance dépendance, on avait envisagé que certaines aides techniques pourraient permettre d'éviter le recours à l'aide d'une tierce personne pour les aides et les soins. Il est vrai, cependant, que le recours à l'aide technique permet davantage d'autonomie à la personne dépendante ; elle permet très souvent de soulager la tierce personne dans les aides et les soins, mais elle permet très rarement de remplacer l'aide de la tierce personne. Dans la plupart des cas, l'aide technique s'ajoute à l'aide humaine et lui permet d'être plus efficace. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle s'y substitue. Je tiens à souligner ce point. Il est vrai que la recherche technologique permettrait probablement d'optimaliser l'efficacité de certaines ai
des techniques, d'où l'intérêt et la vigilance du ministère de la Santé.
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