Environnement
“Nous allons résolument dans le bon sens”

Nos efforts en matière de développement durable (Union européenne, Chine, …) ne sont-ils pas pratiquement vains devant la hausse gigantesque de la consommation de matières premières et par là de rejets de pays comme la Chine ou l'Inde qui affichent une croissance à deux chiffres?
Voilà précisément le grand défi qui nous attend dès cette année. Nous allons nous rencontrer en décembre 2009 à Copenhague pour prendre des décisions concrètes, tous ensemble. Et nous aurons une vraie dynamique américaine, finalement ; cela change tout. On a déjà senti à Poznan que tout le monde attendait cette nouvelle dynamique américaine en matière d'environnement. La Chine, quant à elle, a fait pour la première fois des propositions concrètes, suivie par l'Indonésie et l'Australie. Je suis très optimiste et convaincu que ce sommet sera constructif. Nous n'allons plus nous borner à considérer ce que nous ne pouvons pas faire mais voir tous ensemble ce que l'on a envie de faire. Je ne peux m'empêcher de repenser à la formule du Président Kirchner au sommet de Buenos Aires, en 2004, qui reste et restera d'actualité: “Chaque être humain a une somme X de tonnes de CO2 par an à sa disposition”. C'est le seul modèle équitable et viable, selon moi. Et le constat est accablant: alors qu'un Américain consomme plus ou moins 25 tonnes de CO2 par an , un Malien, lui, n'en consomme même pas une. Il y a là un déséquilibre total.
Dès lors, nous autres, pays industrialisés arrogants, qui avons pollué la planète pendant des décennies, n'avons de leçons à donner à personne. Comment pourrions-nous aujourd'hui leur dire: “Vous n'avez pas le droit de vous développer, vous n'avez pas le droit d'acheter de voitures”. Et le fait d'avoir aujourd'hui enfin un président américain qui adopte le même langage et ne se contente pas de regarder le monde à travers le prisme de pétrodollars est tout simplement un vrai “moment de bonheur” pour moi qui ai eu la chance de participer à de nombreux sommets sur l'environnement .
… A propos d'Obama, précisément, ne pensez-vous pas que s'il ne fait aucun doute que la “forme” changera, le “fond”, lui, risque bien de demeurer inchangé, lobbys obligent, par exemple?
Clinton affirmait que “l'économique prime le politique”. Or, avec la débâcle de la crise économique, tous ceux qui nous ont dit qu'il faut plus de dérégulation se sont fourrés le doigt dans l'oeil…jusqu'au coude. Avec Obama, nul doute que le politique primera sur l'économique, et ce, très certainement pendant un bout de temps. Nul doute que l'Administration Obama saura profiter de la démythification de ces thèses ultra-libéralistes et faire preuve de pragmatisme. Il suffit de regarder la composition de son gouvernement pour s'en convaincre, de même que la myriade de spécialistes appelés en grand renfort, notamment en matière environnementale. Bien évidemment, les lobbys américains sont et demeureront puissants, il ne faut pas se faire d'illusions. Mais Barack Obama a une bonne vision des problèmes de société et possède une sensibilité humaine particulière qui profitera à tous.
PhR