«Nous n’en sommes qu’au début»
Xavier Bettel a fait un pas de plus vers le tout numérique en annonçant fin 2014 le déploiement de la stratégie Digital Lëtzebuerg qui concerne directement les opérateurs de téléphonie mobile et d’Internet, les services de communication étant l’une des principales activités TIC au Grand-Duché. Quels sont les tenants et les aboutissants de cette politique pour les opérateurs alternatifs? L’exemple d’Orange avec Thierry Iafrate, directeur marketing et communication, et Jeannot Grethen, Director Regulatory Affairs & Business Development.
Selon vous, le gouvernement luxembourgeois a-t-il su s’adapter à l’accélération qu’a connue le secteur ces dernières années et instaurer des conditions favorables au déploiement d’activités liées aux télécommunications?
JG: Oui, le Luxembourg est très longtemps resté invisible sur la carte mondiale des autoroutes de données reliant les différents pays. Pour remédier à cette situation, il a fait en sorte que les connexions vers les principaux hubs d’interconnexion de Londres, Amsterdam, Francfort, Paris, Madrid, Bruxelles et New York soient assurées, puis il a confié la mission à LuxConnect de raccorder en fibre optique tous les bâtiments administratifs, écoles, hôpitaux, et de proposer ces services à tout opérateur de télécommunication qui en fait la demande pour connecter des bâtiment en fibre optique. De plus, le gouvernement a confié une mission à Post, celle du déploiement de la fibre optique visant à équiper l’ensemble des foyers avec des bandes passantes à très haut débit. Les opérateurs alternatifs quant à eux, peuvent accéder à ces infrastructures, par l’intermédiaire d’une offre de référence. L’opérateur historique nous loue donc le “last mile” qui nous sépare de nos clients pour leur offrir des services.
TI: Le gouvernement est très engagé et a fait ce qui était en son pouvoir pour pousser le très haut débit fixe dans tous les foyers. Même si cela a pris un peu de retard au démarrage, le Luxembourg est aujourd’hui très bien connecté et l’objectif de couvrir 95% des foyers à l’horizon 2020 avec des technologies numériques est très ambitieux, mais réaliste car la taille du pays le permet.
JG: Le bât blesse cependant au niveau de l’information. Nous souhaiterions être au courant des travaux réalisés dans les communes pour pouvoir nous positionner et promouvoir nos produits commerciaux, comme le fait l’opérateur historique.
Vous parlez de «technologies analogues». Pourriez-vous faire le point sur les diverses technologies utilisées au Luxembourg pour fournir de l’ultra haut débit?
TI: On peut apporter de l’ultra-haut débit via la fibre optique, mais aussi via le câble coaxial. C’est ce que fait Eltrona, que nous avons choisi comme partenaire pour délivrer notre service de télévision. Les vidéos sont très gourmandes en bande passante et passer par le câble coaxial est le meilleur moyen d’avoir une image de qualité, de surfer sur Internet et de regarder la télévision sans dégrader l’un des services lors d’une utilisation simultanée.
Un autre moyen de fournir du très haut débit est la radio, la fameuse 4G, le très haut débit mobile. Nous avons ouvert le réseau 4G au départ pour la data et ensuite pour la voix. Même si les antennes sont reliées entre elles avec de la fibre, la radio permet de fournir du très haut débit mobile, en mobilité mais aussi aux foyers, sans utiliser de raccordements fibre, ce qui est pertinent dans des zones urbaines moins centralisées car les investissements liés au développement de la 4G sont moins importants que ceux liés à la fibre, qui est chère en soi du fait de lourds travaux de génie civil.
Comment les acteurs privés, et plus particulièrement Orange, peuvent-ils contribuer au succès de la stratégie Digital Lëtzebuerg?
TI: Chez Orange par exemple, nous couvrons aujourd’hui 85 à 90% de la population en 4G. Nous participons donc aux objectifs gouvernementaux en amenant le très haut débit à la majorité de nos clients et en proposant la 4G à tous et ce, sur nos propres deniers.
JG: Nous participons à des groupes de discussion qui intègrent l’opérateur historique et les opérateurs alternatifs afin de définir ensemble la façon dont cette stratégie pourrait être appliquée.
Dans une conférence de presse sur “la face cachée des réseaux téléphoniques mobiles au Luxembourg” qui a eu lieu en décembre dernier, vous révélez que la consommation 4G a été multipliée par huit en moins d’un an. Quelles nouvelles possibilités la 4G ouvre-t-elle, aux clients professionnels notamment?
TI: Contrairement à la 3G, La 4G permet d’avoir des débits montants (upload) très élevés par rapport aux débits descendants (download) Concrètement, cela signifie que l’on peut envoyer des fichiers très lourds: des plans architecturaux, des “rushes” de vidéo, etc. Ce qui serait très lent en 3G parce que les débits montants sont trop faibles. L’autre avantage de la 4G est le taux de rafraîchissement rapide qui rend la navigation plus fluide et très confortable. Par exemple, sur un logiciel de cartographie, avec la 4G, l’image apparaît clairement sans à-coup dès que l’on zoome dessus, alors qu’avec un taux de rafraîchissement plus bas, les zones deviennent nettes par paliers, au fur et à mesure que le rafraîchissement s’opère.
JG: Une autre application de la 4G est la sécurisation des serveurs et des systèmes. En cas de dégâts sur une infrastructure physique, la redondance peut ne plus être assurée. Le mobile empruntant un chemin différent, de nombreuses sociétés nous demandent d’utiliser un lien ou plusieurs liens en 4G pour sécuriser leurs systèmes.
Une étude récemment publiée par Netflix sur la qualité des services fixes vous classe dernier. Qu’est-ce qui explique ce résultat?
TI: Nous avons choisi de concentrer nos investissements sur notre réseau radio et de travailler en partenariat avec d’autres prestataires pour certains de nos services comme l’Internet ou la télévision. C’est le cas d’Eltrona pour la télévision, mais aussi de Luxembourg Online pour le fixe et l’Internet. Nous sommes en train de finaliser la migration des quelques derniers clients qui sont encore sous un ancien profil, et c’est ce panel fort peu représentatif de la qualité de notre offre qui a été mesuré. La très grande majorité de nos clients sont déjà chez Luxembourg Online, qui est arrivé premier dans les mesures de qualité réseaux. Nous nous félicitons donc du résultat de ce sondage qui confirme que nous avons fait le bon choix en optant pour Luxembourg Online.
Quelle est l’étape suivante dans le monde des télécommunications?
TI: Avec l’arrivée de la 4G, nous sommes entrés dans le “Long Term Evolution”. On est passé de l’analogique au numérique. La suite, nous la considérerons comme évolution progressive. Il n’y aura plus ce gap que nous avons connu entre la 3G et la 4G.
Cela dit, le fait qu’il n’y ait plus de limites dans la bande passante va encourager la vidéo, les sessions simultanées, la visiophonie, le partage de gros fichiers, ou encore par exemple la digitalisation complète des services administratifs (ce qui est déjà le cas dans certains pays baltes ou nordiques). Ceci pourrait être implémenté très rapidement au Luxembourg, du fait, encore une fois, de sa taille humaine. Les entreprises ne se sont pas encore complètement adaptées d’une part pour les motifs de sécurité déjà évoqués et d’autre part, parce qu’elles n’ont pas encore modifié leurs processus internes pour exploiter pleinement ces nouvelles technologies liées au très haut débits. Pour l’instant, nous observons encore ce temps de retard à l’allumage, mais nous ne sommes qu’au début de ce qu’on appelle “le digital”. MT