Développement territorial

Premier rapport de suivi

à la lumière des objectifs de l'IVL

 

Le 29 mai dernier, le ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire,
Jean-Marie Halsdorf, a présenté, en partenariat avec le CEPS/INSTEAD, les conclusions du 1er rapport sur le suivi du développement territorial du Luxembourg.


Ce rapport évalue l’adéquation entre le développement territorial et les concepts de planification issus du programme directeur d’aménagement du territoire et de l’IVL. À partir de l’analyse de 29 indicateurs, il donne des conclusions sur le polycentrisme, la mixité fonctionnelle, la densification du tissu urbain, la mobilité et le milieu naturel. Il présente également des synthèses pour 6 espaces stratégiques: Luxembourg-Ville et sa périphérie, la région Sud, la Nordstad, la vallée de l’Alzette, les espaces à caractère rural et la zone verte interurbaine.


Constats

– La croissance du PIB est supérieure aux hypothèses retenues dans l’IVL
– La croissance de l’emploi est supérieure aux hypothèses retenues dans l’IVL   
– L’emballement de l’économie augmente la difficulté d’aboutir à un développement polycentrique et durable
– La croissance de la population se concentre dans les pôles urbains, excepté dans la Nordstad. Le développement est fort dans les petites communes rurales. Ainsi, l’urbanisation se diffuse à l’ensemble du pays. La ressource foncière disponible pour l’habitat est plutôt mal répartie, la construction résidentielle est dictée par les prix de l’immobilier, en forte hausse, aggravant le décalage entre lieux de travail et de résidence ce qui encourage la rurbanisation, du fait que le prix du sol est moins élevé en milieu rural.
– L’emploi reste concentré dans l’agglomération de Luxembourg-Ville: d’une part, 54% des emplois se trouvent dans l’agglomération et 43% dans la capitale même, d’autre part, 45% des entreprises se situent dans l’agglomération et 36% dans la capitale. Cette tendance engendre des problèmes de mobilité croissants.
– En matière de développement des structures d’accueil pour les entreprises, l’approche demeure trop communale.
– Les disponibilités foncières de la Nordstad sont trop réduites pour lui permettre de s’affirmer comme centre de développement et d’attraction d’ordre moyen.
– Le trafic sur les axes principaux a augmenté de 12% en moyenne, entre 2002 et 2007. Cette augmentation est due, entre autre, à l’évolution des flux de travailleurs frontaliers vers le Luxembourg dont la destination est, pour plus de 60%, le Centre-Sud, avec des dynamiques de plus en plus fortes vers le Nord et l’Est.

Le partage modal reste stable pour les frontaliers: 84,8% en 2003 et 83,5% en 2007 utilisent la voiture. Ce constat vaut également pour les résidents d’où l’urgence d’instaurer des mesures en faveur des transports en commun, par exemple des actions dissuasives à l’encontre de la voiture ou une gestion plus harmonisée des emplacements de stationnement.

Le rapport souligne que les transports en commun ne sont efficaces que sur un nombre limité de communes dont la plupart sont situées dans la partie méridionale du pays. Ainsi, les communes rurales disposent d’une couverture de transports publics faible et d’une accessibilité à l’ensemble du pays assez limitées.
Tendances

– Mise à mal de la “déconcentration concentrée” par les évolutions territoriales récentes: Ce modèle spatial théorique repose sur le développement d’Esch-sur-Alzette et de la Nordstad pour rééquilibrer la polarisation de l’espace par la capitale. Or, ces centres secondaires peinent à s’affirmer.
– Coagulation entre le Sud et l’agglomération de Luxembourg-Ville sous l’effet d’un processus de métropolisation: Ce constat est dû à l’étalement urbain et à l’importance grandissante des flux de travailleurs en direction de la capitale. Ainsi, la tendance va dans le sens de la création, à terme, d’une seule région urbaine métropolitaine, pouvant même dépasser les frontières du pays.
– Difficulté d’affirmation de la Nordstad: Ceci s’explique par le fait que les zones sont trop réduites et que les surfaces les plus importantes se concentrent dans le Sud et dans l’agglomération de la capitale.
– Forte pression du front urbain sur la zone verte interurbaine: La menace vient des zones d’activités révélant ainsi toute la difficulté de conjuguer croissance économique et préservation des ensembles paysagers.
– Développement économique important de la pointe nord du pays: Les auteurs conviennent de l’opportunité et de la nécessité de mieux organiser le récent développement du Nord du pays, tout en améliorant son intégration paysagère.

Conclusions et recommandations

Au vue de ces tendances, le rapport recommande:
– de gérer la ressource foncière avec une meilleure coordination entre communes et état
– de mettre en place des actions pour réduire la dépendance à la voiture
– de renforcer les actions en faveur de la Nordstad, en partenariat avec les acteurs locaux
– de renforcer l’intercommunalité pour un développement endogène du Sud, à l’échelle de la région et à l’échelle transfrontalière.

Le renversement de ces tendances nécessite, d’une part, la mise en place d’un cadre réglementaire à l’échelle nationale fourni par les 4 plans sectoriels primaires en cours de finalisation et, d’autre part, le développement de projets forts sur des territoires d’action identifiés.

Le rapport réitère la nécessité d’adopter une vision transfrontalière des dynamiques qui animent le territoire luxembourgeois. En effet, le processus de métropolisation en cours influence le développement spatial sur les trois pays frontaliers et impose de ce fait l’adoption de politiques de coopération en la matière au niveau de la Grande Région.

Jean-Marie Halsdorf a rappelé qu’il a inscrit les thématiques du développement territorial et de planification territoriale en tant que thème principal de la présidence luxembourgeoise du 11e sommet. Ainsi, des travaux ont été amorcés avec les partenaires de la Grande Région pour définir une méthode de travail visant la mise en place, à court terme, d’une démarche concertée, structurée et progressive en matière de développeme
nt et d’aménagement du territoire transfrontalier. De même, la présidence luxembourgeoise a lancé une réflexion sur le développement d’une région métropolitaine polycentrique, en introduisant le projet Metroborder Grande Région, auprès de l’Observatoire en réseau de l’aménagement du territoire européen.

Le ministre a rappelé qu’il avait présenté en décembre dernier, avec l’OCDE, l’examen territorial du Luxembourg, qui a soulevé des recommandations similaires en matière de logement et de foncier, de transports, de gouvernance, de réforme territoriale et administrative et de coopération transfrontalière.

Lire sur le même sujet: