Du pain sur la planche

Pour faire face à un excédent migratoire unique en Europe, le Gouvernement déploie une stratégie basée sur trois piliers: mobiliser des terrains pour construire de nouvelles habitations, soutenir les personnes qui ne parviennent pas à se loger de manière adaptée à leur situation et dynamiser la création de logements à prix abordables par les acteurs publics.
Interview de Maggy Nagel, ministre du Logement.
Madame la Ministre, pour commencer, quel bilan dressez-vous de l’édition 2014 de la Semaine Nationale du Logement?
À l’initiative du ministère du Logement et en partenariat avec Luxexpo, la Semaine Nationale du Logement est devenue un événement incontournable au Luxembourg. Du 11 au 19 octobre, la Semaine Nationale du Logement et la Foire d’Automne étaient réunies sous un même toit dans le cadre de Home and Living Expo. Avec plus de 300 exposants-partenaires sur 33.000 m2, le salon Home & Living Expo, associé à la Semaine Nationale du Logement, nouvelle formule, s’inscrit comme le plus important rendez-vous dédié au logement, à la construction, à la rénovation, à l’ameublement et à la décoration du Luxembourg. Ce nouvel évènement est promis à un bel avenir! Deux journées thématiques ont été organisées, qui ont toutes deux connu un franc succès: la Journée de la Jeunesse a réuni près de 300 jeunes qui ont eu l’occasion de s’informer sur les défis sociaux et énergétiques liés à la politique du logement, et la Journée des Communes a permis à 59 représentants des communes de découvrir des bonnes initiatives et des nouvelles perspectives dans le domaine du logement au niveau local et ont pu s’inspirer des autres communes. Lors des ateliers proposés par les différents acteurs et instruments étatiques pouvant soutenir les autorités communales dans leurs démarches étaient présentés et les participants ont pu échanger leurs points de vue.
 
Malgré les nombreuses mesures prises ces dernières années, l’offre de logements reste insuffisante pour accueillir les quelque 10.000 personnes qui viennent chaque année étoffer les rangs de la population résidente. En conséquence, les prix continuent à grimper alors que, dans l’ensemble de la zone euro, la tendance est à la baisse. Qu’est-ce qui explique cette “exception” luxembourgeoise?

Le Luxembourg affiche depuis plusieurs décennies un excédent migratoire unique en Europe. En moyenne, le pays comptabilise un peu plus de 10.000 nouveaux arrivants chaque année, ce qui correspond à un peu plus que la population de la commune de Bettembourg. Chaque année, il faut dès lors prévoir 4.000 logements supplémentaires pour loger les seuls nouveaux arrivants. Les raisons de cette attractivité sont évidemment l’essor économique dont bénéficie le pays depuis quelques décennies, mais également sa grande stabilité politique qui assure à ses résidents sécurité et paix sociale.
 
Ne doit-on pas craindre un exode vers les pays limitrophes, qui sont plus accessibles en termes de prix?
Le phénomène des résidents qui décident de quitter le pays pour aller habiter dans un pays limitrophe et, dès lors, de devenir frontaliers reste marginal d’un point de vue quantitatif. En effet, en 2007, date des données les plus récentes, on estimait à près de 1.700 le nombre de migrants ayant quitté le pays pour s’installer de l’autre côté de la frontière. Dès lors, si l’on compare ces 1.700 personnes avec l’excédent démographique de 10.348 personnes pour l’année 2013, on ne peut certainement pas parler d’exode!
S’il est vrai que le prix absolu dans l’immédiat d’une acquisition foncière ou immobilière est a priori moins élevée dans les pays limitrophes, force est de constater qu’à moyen et long termes toute une série d’éléments tendent à relativiser ce moindre prix. Je pense notamment aux taxes communales ou étatiques plus élevées qu’au Luxembourg, à un potentiel de plus-value moins important lors de la revente, à la problématique de la scolarisation des enfants, etc.
 
Quelle est votre stratégie, dans les grandes lignes, pour faire évoluer la situation?
Une politique du logement efficace doit être composée de différents dispositifs qui doivent être mis en place de façon parallèle afin de pouvoir interagir.
Concrètement, le Gouvernement entend mettre en place une politique du logement qui s’articulera autour de trois objectifs principaux: la mobilisation de terrains à bâtir et la construction de nouvelles habitations, notamment grâce au Plan Sectoriel Logement ou au Plan national “Baulücken” ; le soutien des personnes qui, pour des raisons financières ou pour toute raison indépendante de leur volonté, ne trouvent pas de logement approprié, d’où notre volonté d’analyser l’ensemble des aides au logement existantes et de les réformer afin de les rendre plus efficaces par exemple ; et la dynamisation de la création de logements à prix abordables par les acteurs publics.


Est-ce que vous observez déjà des résultats positifs après bientôt un an passé au gouvernement?
Il s’agit d’évaluer les mesures dans leur ensemble. Celles-ci sont en train d’être élaborées afin de renforcer l’offre des logements pour faire face à la croissance démographique du pays, ce qui aura forcément un impact positif sur l’économie. Nous n’en sommes qu’au début de la période législative et nous avons du pain sur la planche.  MT
Photo © Ministère du Logement
 

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