«Nous avons besoin de nos administrés»

«A mes yeux, la ville de demain doit être avant tout ouverte à la communication, condition sine qua non à une intégration réussie et à une population encline à la démocratie participative», explique Gaston Greiveldinger, bourgmestre de la commune de Strassen. Interview.
L’heure est à la conversion des villes vers de nouveaux modèles, «Smart City», «Living City» ou encore «Slow City». Qu’est-ce qui se cache derrière ces termes très «colorés» ?
L’on trouve derrière ces concepts une volonté de repenser la ville et plus généralement encore le mode de vie des citoyens des villes du monde occidental. La raison est très simple, l’on vit dans un monde en constante accélération, avec le stress grandissant que cela implique et les conséquences sur la santé. Il convient de ralentir la cadence afin d’améliorer la qualité de vie des citoyens et de rendre le culte moderne de la vitesse responsable de notre assujettissement physique et moral. On peut d’ailleurs constater le développement d’une forme de résistance intérieure dans les populations locales.
Une position très louable. Mais comment mettre cela en œuvre dans la pratique ?
La commune a un rôle déterminant à jouer dans ce contexte, et se doit de tout mettre en œuvre pour rendre le quotidien de tout un chacun plus agréable en son sein. Ceci exige premièrement une réflexion globale autour des traditions locales, de l’aménagement du territoire, de la mobilité, de l’hospitalité et du bien-être en général.
Pour ce faire, de nombreuses mesures concrètes peuvent être adoptées. Il convient par exemple de mettre en valeur le patrimoine bâti existant plutôt que la construction de nouveaux bâtiments, de réduire fortement les consommations énergétiques, de promouvoir les technologies dites «vertes», de développer des zones de repos, des espaces verts et de loisirs, des commerces de proximité, de donner la priorité aux infrastructures collectives avec des équipements adaptés aux divers âges de la vie tout comme aux transports en commun, et, last but not least, de mettre en place une véritable démocratie participative.
Comment, en tant que bourgmestre, avez-vous transposé cette philosophie à la commune de Strassen ?
Nous avons densifié notre réseau de bus et multiplié les pistes cyclables. Nous avons donné priorité aux infrastructures collectives avec des équipements adaptés aux handicapés et aux divers âges de la vie. En plus, nous avons adhéré au service de bus à la demande, qui est particulièrement prisé par nos citoyens. Parallèlement, nous avons transformé les abords de la maison communale en zone de rencontre. Toujours en matière cyclable, nous nous sommes inscrits dans la prolongation des travaux réalisés par la Ville de Luxembourg en adoptant à notre tour le concept de vélo-partage, baptisé Vélo’h.
Nous mettons tout en œuvre pour que notre parc d’activités revête un aspect multifonctions, c’est-à-dire qu’il abrite tant des bureaux que des habitations, et, de façon plus générale, cherchons à renforcer l’économie locale et à relancer le site économique de Strassen en abaissant l’impôt commercial.
Pour finir, nous mettons l’accent sur la communication et la sensibilisation des citoyens tant au niveau de la gestion des déchets qu’au niveau de la lutte contre le réchauffement climatique.
Ces mesures sont-elles suffisantes pour prétendre au «statut» de «Smart City» ?
Les problématiques sont nombreuses, s’entrecroisent et l’on doit faire face à des défis de taille.
Je pense là avant tout à la circulation extrêmement dense sur laquelle la commune n’a aucune emprise. Outre le fait que la route d’Arlon, qui traverse toute la commune, est saturée aux heures de pointe par les navetteurs qui rejoignent pour la plupart la capitale, il s’avère que la plupart des personnes employées dans les sociétés sises à Strassen n’habitent pas dans la commune et vice-versa donc, ce qui complique la donne.
Sur le territoire de notre commune – très exigu, d’ailleurs – la cohabitation de 102 nationalités confère un rôle charnière à notre politique culturelle dans une où ne vivent que 60% de Luxembourgeois. La politique culturelle devient ainsi politique d’intégration.
A mes yeux, la ville de demain doit être avant tout ouverte à la communication, condition sine qua non à une intégration réussie et à une population encline à la démocratie participative. Pour réussir, mener à bien nos missions, nous avons besoin de nos administrés.
Pour revenir à la question clé de la mobilité, pourquoi la commune de Strassen, qui forme une conurbation avec la Ville de Luxembourg, ne verra-t-elle pas passer le tram sur son territoire ? Les autorités ont-elles selon vous commis une erreur dans la définition du tracé ?
Nous regrettons que le tracé du tram n’inclue pas l’axe principal que forme la route d’Arlon tangeantant de nombreux quartiers. Il s’avère que le gouvernement n’a pas jugé l’axe Place de l’Étoile-Tossenberg prioritaire dans la définition du tracé du tram, même si rien n’est exclu dans le futur. Quoi qu’il en soit, il n’y aura pas de tram à Strassen avant 2030.

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