Le pied à l’étrier

A l’instar de nombreux autres intégrateurs, Telecom Luxembourg a su développer ses activités grâce à l’initiative gouvernementale visant à mettre sur pied un data centre neutre offrant des prix intéressants sur lesquels greffer ses propres services. Interview de Jérôme Grandidier, PDG de Telecom Luxembourg. Interview.
Telecom Luxembourg est passé du statut d’intégrateur au statut d’opérateur à part entière, en se dotant de la fibre optique et en ayant recours à un data centre externe. Aujourd’hui, vous opérez des «parcelles» de data centres…
Intégrateur IT, nous sommes devenus opérateurs grâce à la création de LuxConnect par l’Etat luxembourgeois. Auparavant, il nous aurait été impossible de proposer une offre concurrentielle puisqu’il nous fallait d’une part toutes les autorisations nécessaires pour nous doter de la fibre optique, ce qui impliquait des délais bien trop longs par rapport aux attentes des clients, et des investissements massifs pour construire notre propre data centre, que nous n’aurions pas pu nous permettre.
Autrement dit, l’arrivée de LuxConnect nous a permis de mettre le pied à l’étrier ; nous avons été immédiatement opérationnels avec un réseau à la fois national et international.
Pour autant, LuxConnect n’a pas le monopole sur cette niche de marché. Pourquoi ne pas avoir opté pour la concurrence?
Le principal concurrent de LuxConnect ne propose pas d’«offres de gros», c’est-à-dire une offre à un prix inférieur sur laquelle greffer ses services pour les vendre au client à un prix compétitif.
LuxConnect peut, en outre, se prévaloir d’être neutre, conçu pour travailler tant avec les intégrateurs que les opérateurs ; l’offre est ainsi «non discriminatoire» car au même prix pour tout le monde.
Selon moi, la mission de l’Etat a été de créer une offre concurrente de manière à avoir un réseau et une offre de data centres redondants destinés à attirer des clients internationaux qui ne pouvaient pas se contenter de la présence d’un seul réseau pour des raisons de sécurité.
Tout un écosystème a su se mettre en place dans une période charnière pour le Luxembourg, avec une législation largement inspirée du secteur bancaire où prédomine la notion de confidentialité.
Venons-y à cette notion de confidentialité : les révélations chocs sur les pratiques de la NSA n’ont-elles pas été une aubaine pour des sociétés telles que la vôtre, actives dans le secteur IT?
Si, bien sûr. Nous avons un bureau aux Etats-Unis, et je peux vous dire que personne ne prenait réellement au sérieux cette notion de confidentialité. En un an et demi, les mentalités ont changé du tout au tout. Il est donc beaucoup plus facile de convaincre des clients étrangers à héberger ses données au Luxembourg.
S’ajoute à cela qu’en cas de faillite d’une société abritant les données de clients au Luxembourg, l’Etat prendra à sa charge les frais liés à la récupération des données par les clients.

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