Quelques précautions peuvent changer une vie

Améliorer la santé maternelle et réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans, deux éléments étroitement liés, figurent au rang des priorités internationales. En effet, parmi les huit objectifs du Millénaire pour le développement fixés par l’ONU, deux sont dédiés à cette problématique. Aucune mention n’y est cependant faite au risque de handicap. Pourtant, handicap et mortalité ont les mêmes causes et en s’attaquant à l’un, on combat également l’autre. Handicap International, fidèle à sa vocation, a décidé de se focaliser sur les déficiences infantiles qui peuvent résulter d’une grossesse ou d’un accouchement difficile.
Interview de Patrick Le Folcalvez, référent technique réadaptation.

Quelles sont les principales causes de mortalité ou de handicap chez le nourrisson?

Beaucoup de risques sont liés à de mauvaises conditions de grossesse. Malnutrition, mauvaise hygiène de vie, surmenage, travail pénible, grossesses multiples, précoces ou tardives, favorisent la prématurité qui est un des facteurs majeurs de mortalité ou de déficience. Ils sont aussi inhérents à l’accouchement ou à l’isolement des femmes qui vivent loin des structures de santé. Il existe une ‘règle des trois retards’: retard à la décision (reconnaître les signes annonciateurs de la naissance), retard dû au transport et retard à l’accès aux soins (césarienne ou réanimation du bébé). Le fait de s’attaquer à l’un ou l’autre de ces trois facteurs permet de sécuriser l’accouchement.
 

Comment améliorer la situation?

Contrairement aux idées reçues, on peut agir avec peu de moyens, mais avec du bon sens et du savoir-faire. Avec quelques gestes qui sont appliqués au bon moment au bon endroit, on peut changer complètement l’existence d’un enfant et, par là même, d’une famille. Le premier aspect est la prévention: informer les communautés des facteurs de risques permet déjà d’en éliminer un certain nombre. Le second aspect est la détection. Plus tôt une déficience est dépistée et prise en charge, moins le traitement est long et cher, et meilleurs sont les résultats obtenus.
 

Quels sont plus précisément les projets sur lesquels travaille Handicap International?

Nous mettons en œuvre des projets axés sur la santé maternelle et infantile au Nicaragua, au Mali, au Congo, au Vietnam, au Laos, au Cambodge et au Burundi. Près de la moitié de ces projets est soutenue par le ministère des Affaires étrangères luxembourgeois.

Au Mali, nous travaillons sur la détection précoce du handicap dans deux régions, l’une rurale, l’autre urbaine. Grâce au succès que nous avons rencontré dans cette mission, nous avons pu faire du lobbying par l’exemple auprès du gouvernement, qui a aujourd’hui intégré cette donnée dans son programme sanitaire national. Le dépistage post-natal que nous avons mis en place a lieu au premier jour de vie puis à 45 jours et, ensuite, pendant les séances de vaccination. Nous nous sommes greffés sur ce qui existait déjà: aux tests habituellement pratiqués par les sages-femmes, nous avons ajouté quelques composantes pour repérer un éventuel pied bot, une luxation de hanche ou des réflexes inadéquats.

Au Vietnam, nous menons deux projets. L’un vise à réduire les déficiences neurologiques typiquement liées à la prématurité, à de mauvaises conditions de grossesse ou d’accouchement. Nous avons adopté une approche globale et avons porté nos efforts sur la formation des accoucheurs, l’équipement des structures, mais également sur la création d’un système de micro-assurance qui permet à chaque femme enceinte d’être en mesure, en cas de besoin, de soutenir les frais liés à des actes très coûteux comme une césarienne ou une réanimation néonatale, dans un pays où la sécurité sociale n’existe pas.
L’autre projet a été mené à la demande de notre partenaire dans une région qui a été particulièrement défoliée par ‘l’agent orange’ durant la guerre. Ce produit chimique s’est révélé être extrêmement toxique, non pas directement pour les gens qui l’avaient absorbé, mais pour leurs enfants et petits-enfants qui sont souvent victimes de malformations congénitales sévères. Nous avons organisé une distribution systématique d’acide folique aux femmes en âge de procréer à titre préventif, ainsi qu’une détection et une prise en charge précoces de ces malformations.
 

Comment peut-on soutenir vos actions?

Tout d’abord en prenant conscience du fait que nous avons la chance de donner vie à nos enfants dans un environnement très protégé, alors que cela peut être dangereux et difficile en Afrique subsaharienne ou dans certaines régions isolées d’Asie ou d’Amérique latine. Ensuite, bien évidemment par des dons et par la manifestation de son soutien à Handicap International, sans lesquels nous ne pourrions mettre en œuvre nos actions.
Les institutions publiques comme privées peuvent également nous aider. Certaines procédures qui sont développées en Europe peuvent, par exemple, être reproduites dans les pays en voie de développement. Et il ne s’agit pas forcément de problèmes d’équipement, mais plutôt de problèmes d’organisation de services ou d’orientation des mamans.
À noter également que Handicap International éditera en novembre une brochure thématique sur la santé maternelle et infantile et organisera une exposition géante intitulée ‘Welcome to Life’ qui aura lieu du 5 novembre au 8 décembre, place Clairefontaine à Luxembourg-ville. Trois photographes sont allés sur le terrain se rendre compte de nos projets au Mali, au Cambodge et au Vietnam et exposent leurs photos sur cette thématique.