Un emploi pour une vie meilleure

Davantage perçu comme un organisme de santé que d’insertion ou de formation, Handicap International a pourtant, au sein de sa fédération, un département spécialement dédié à l’insertion socio-économique des personnes handicapées. Toujours complémentaire de toutes les activités en santé de l’ONG, ce département aide les personnes handicapées à se raccrocher au monde professionnel afin d’avoir un niveau de vie décent. Explications de ce concept qui a déjà fait ses preuves avec Gilles Ceralli, référent technique Education inclusive et chargé de suivi projets.

 

Pourquoi créer ce département et quel est son objectif?

Selon les derniers chiffres de l’OMS et de la Banque mondiale, on estime qu’il y a environ 15% de personnes handicapées dans le monde, ce qui représente près d’un milliard de personnes. Parmi elles, environ 470 millions sont en âge de travailler.
Par ailleurs, 20% des pauvres dans le monde sont handicapés et 82% des personnes handicapées vivent avec moins d’un dollar par jour.

L’objectif, pour nous, est non seulement de remettre debout la personne mais aussi de l’aider à s’intégrer dans la société selon une démarche inclusive. Nous ne créons pas de nouvelles structures pour elles. Si certaines politiques d’intégration obligent la personne handicapée à “rentrer dans le moule“ et à s’y adapter, nos actions visent au contraire à mieux adapter l’environnement aux difficultés de la personne.

Comment cette aide fonctionne-t-elle?

Handicap International reçoit des demandes de personnes handicapées elles-mêmes, ou bien de leur entourage, mais aussi des institutions, des ministères, des services sociaux, ou autres associations du pays d’intervention.

Notre approche consiste à étudier le contexte socio-économique global de la personne avant d’intervenir afin de voir comment elle peut développer des stratégies ou des activités qui lui permettront d’avoir un niveau de vie décent.

Nous analysons aussi les causes de l’exclusion qui ne relèvent pas toujours que du handicap. Il faut faire très attention, dans certains contextes, à ne pas privilégier les personnes handicapées par rapport à d’autres.

Par la suite, nous analysons avec elle l’activité qu’elle va proposer pour s’assurer que cela correspond à l’étude de marché qui a été faite. Evidemment, si quelqu’un veut développer une activité qui n’a aucune chance de réussir, on ne va pas l’y encourager.

Une fois cette activité identifiée, une formation technique est souvent nécessaire. Lorsqu’il s’agit de jeunes achevant un cycle scolaire, nous essayons d’identifier d’abord des structures formelles de formation professionnelle pouvant l’accueillir, mais d’autres formes sont possibles, comme l’apprentissage traditionnel chez un artisan du village qui lui apprend ainsi son métier. Il faut, cependant, faire attention aux problèmes de concurrence qui peuvent apparaître par la suite, si le jeune développe une activité similaire dans le même village.

En dehors de l’aspect pratique de la formation, nous devons aussi préparer les personnes concernées au “business plan“. C’est-à-dire les préparer, par exemple, à la gestion d’une boutique et d’une comptabilité, à l’organisation d’un atelier et faire aussi, parfois, un peu de gestion de ressources humaines si la personne, dans certains cas, a d’autres travailleurs sous sa direction.

De quels genres d’emplois parle-t-on?

Les emplois que l’on observe dans ces pays en développement sont très souvent liés à des ateliers d’artisanat, de couture ou de mécanique, voire même, de vente ambulante.

Les personnes handicapées ont souvent une ambition qui est assez limitée, non pas parce qu’elles sont handicapées, mais parce qu’elles reproduisent ce qu’elles voient autour d’elles. Elles ont tendance à se diriger vers les mêmes métiers que leur entourage.
Les femmes vont faire de la couture, tandis que les hommes vont davantage se diriger vers des professions de petite mécanique.
C’est donc aussi à nous, parfois, d’essayer de leur faire découvrir des créneaux d’avenir originaux, comme certains secteurs de l’artisanat dans des pays à vocation touristique, par exemple.

En outre, il faut préciser qu’il s’agit bien souvent d’auto-emploi. C’est-à-dire que la personne handicapée qui veut travailler doit créer son propre emploi car les entreprises ont beaucoup de  mal à employer des personnes handicapées.

Une fois l’activité trouvée, comment se déroule la suite des opérations?

Pour que ces personnes puissent démarrer quelque chose, nous travaillons souvent sur la base de subventions préalables. C’est-à-dire que l’on octroie un certain montant aux candidats pour aider à l’achat d’une machine à coudre ou d’un petit étal, par exemple.
Par la suite, si l’activité devient rentable, nous pouvons alors soutenir la personne auprès des instituts de micro-finance, qui ont été au préalable eux-mêmes sensibilisés à la problématique.

Bien sûr, pour que tout cela fonctionne, il faut assurer un coaching et un accompagnement personnalisé.

Et cela fonctionne-t-il?

Lorsqu’il y a cet appui social personnalisé et un coaching, il y a stabilité dans l’emploi de la personne et développement économique. Tout se fait de la même manière qu’une personne valide dans le même contexte et, oui, ça fonctionne. Ces actions sont positives. Nous en avons eu la preuve dans des projets développés au Cambodge et au Sénégal, pour ne citer qu’eux.

C’est d’ailleurs pourquoi nous essayons toujours de faire en sorte que le projet que l’on développe, lorsqu’il est positif, soit repris dans le cadre des dispositifs qui existent dans le pays pour assurer sa pérennisation.
Et puis, si cette activité débouche sur de bonnes pratiques et de bons résultats, pourquoi ne pas le reprendre et le développer ailleurs et à d’autres échelles?

 

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