En route pour l’innovation dans le système de santé

En tant qu’élément clé de l’initiative gouvernementale qui vise à promouvoir la recherche et l’innovation, IBBL (Integrated BioBank of Luxembourg) contribue à développer la médecine personnalisée – c’est-à-dire des traitements adaptés pour répondre aux besoins individuels des patients.
Dr Robert A. Phillips, directeur général d’IBBL, nous en dit plus sur le rôle de cette institution dans la promotion de la recherche et de l'innovation au Luxembourg.

 

Dr. Phillips, vous êtes arrivé du Canada en 2010 pour reprendre la direction d’IBBL. Quelles sont les opportunités que vous voyez pour la recherche biomédicale et pour l'innovation dans le secteur des soins de santé au Luxembourg?

Ce qui me passionne dans la recherche biomédicale, ce sont les progrès énormes qui ont été réalisés au niveau de notre compréhension de certaines maladies, du développement de nouvelles technologies et de la disponibilité de nouveaux traitements.

Cependant, si l'on voulait transposer toutes les avancées en matière de recherche, le système de santé s'effondrerait. Les systèmes de santé sont conçus pour être stables et ne supportent pas très bien les changements radicaux. Pourtant, je suis convaincu -et bien d'autres partagent mon avis– que, pour que les citoyens Luxembourgeois tirent profit de l'innovation, il doit y avoir un changement radical.

Dans les systèmes de santé importants tels que ceux des grands pays, les ministères se concentrent en première ligne sur le maintien de la qualité des soins prodigués.
Le Luxembourg est bien positionné pour introduire des changements en raison de sa petite taille et d’un processus décisionnel relativement simple au niveau gouvernemental.
Au Canada, on doit passer à travers deux, trois ou même quatre étapes administratives, ce qui rend l’introduction de changements extrêmement difficile.

L’autre atout du Grand-Duché est la position du ministre de la Santé, Mars Di Bartolomeo, qui est très en faveur de la recherche.
Mon expérience dans le passé était qu’en règle générale, les ministres de la Santé ne sympathisent pas souvent avec la recherche parce qu'ils pensent que cela augmenterait les coûts et n’améliorerait pas pour autant la santé de la population.

 

Alors comment est-ce qu’IBBL contribue à l’innovation?

IBBL fait partie du “Personalized Medicine Consortium“ (PMC), un groupement qui relie le programme de médecine personnalisée du CRP-Santé, du Luxembourg Centre for Systems Biomedicine et d’IBBL et qui a pour mission de créer des programmes de recherche et d'évaluation dans le domaine de la médecine personnalisée permettant l'adoption de nouvelles avancées dans le système de soins de santé au Luxembourg.

Lors de discussions au sein du PMC, il est apparu que, très souvent, nous sommes capables de faire des découvertes qui ont le potentiel de conduire à un changement et à l'innovation, et nous sommes en mesure d’effectuer des études cliniques pour valider ces avancées. Mais ces études ne touchent qu’une minorité de personnes et il est difficile de mettre en application les innovations de sorte que tout le monde en bénéficie.

D'autres pays ont commencé à s'inquiéter de ce problème, et il semble qu'il y ait une étape qui manque dans le processus d'innovation. Mieux vaut d'abord mener une étude pilote, en tirer les conclusions qui s’imposent et corriger les erreurs éventuelles avant de passer à un niveau supérieur. Cette stratégie est déjà utilisée dans d'autres pays dans le monde.
IBBL, en collaboration avec le PMC, fournit l'infrastructure et le soutien pour mettre en cours de telles expériences.

 

Le PMC a co-organisé le Sommet Luxembourgeois de la Santé qui s’est tenu en mai 2012. Quel était le but de cet évènement?

Le PMC a organisé le Sommet de la Santé avec le soutien du ministère de la Santé afin de lancer la discussion sur la façon dont le Luxembourg peut commencer à introduire des changements dans son système de santé. Nous voulions surtout éviter de mettre sur pied une réunion de plus sans lendemain. L'objectif était non seulement de trouver des bonnes idées, mais aussi des gens passionnés qui voulaient arriver à changer quelque chose.

Plusieurs projets pilote ont été retenus et IBBL et le PMC vont travailler avec ces personnes pour développer ces projets et les mettre en œuvre. Mais ils ne sont que le début d'un processus.
Nous voulions également créer un mécanisme pour évaluer les changements et les introduire dans le système afin d'atteindre l'objectif du sommet: faire du Luxembourg le pays le plus sain au monde, une personne à la fois.

 

Est-ce que IBBL fait également de la recherche?

En premier lieu, IBBL fournit un appui pour la recherche en collaboration avec le PMC. IBBL prélève les échantillons humains nécessaires pour des études scientifiques et offre un soutien technologique sous forme d’analyses sophistiquées telle que le séquençage génétique.

On apporte également un soutien informatique en collaboration avec l'Université du Luxembourg. Les nouvelles approches produisent un volume énorme de données. Nous avons besoin de solutions sophistiquées pour traiter des questions relatives au stockage d’échantillons et de données associées à ceux-ci.

Nous faisons aussi de la recherche sur le stockage et le traitement d’échantillons biologiques, afin de pouvoir fournir aux scientifiques des échantillons de la plus haute qualité de manière la plus rentable.

Enfin, nous fournissons également des kits de Tests d’Aptitude à d’autres biobanques pour qu’elles puissent assurer les mêmes normes de qualité que nous.

 

Que pourrait faire le gouvernement pour promouvoir davantage la recherche et l'innovation?

Le Luxembourg a un potentiel énorme pour introduire de l'innovation dans son système de santé, mais pour cela, il nous faut des médecins qui sont impliqués dans la recherche.

À l'heure actuelle, le Luxembourg ne dispose pas d’un programme visant à soutenir les cliniciens-chercheurs qui désirent traiter les patients, mais qui en même temps veulent faire de la recherche dans un laboratoire, conduire des essais avec des nouvelles thérapies, ou encore tester des innovations.

En outre, un mécanisme formel doit être établi pour soutenir des projets tels que ceux proposés lors du Sommet Luxembourgeois de la Santé.
L'Espagne a mis en place tout un institut rien que pour tester des innovations, un modèle que le Luxembourg pourrait envisager.

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