«Cherche talents et esprit d’entrepreneur»

Comment devenir un centre d’excellence en Europe dans les nouveaux métiers des TIC? Yves Reding, CEO de la société ebrc, spécialisée dans les services de Managed Services, de Cloud Computing, de Data Centres et de Consultance, nous expose sa vision, pointant les atouts et faiblesses du Grand-Duché dans le secteur, et les efforts auxquels Luxembourg doit consentir s’il désire tirer son épingle du jeu dans un environnement mondial hautement concurrentiel. Interview.

 


Monsieur Reding, le Luxembourg a-t-il pour ambition de devenir un pôle de compétences de premier plan dans le domaine des TIC en Europe?

D’abord, soulignons que le gouvernement, ainsi que toute une série d’acteurs, s’emploient depuis plusieurs années à diversifier l’économie luxembourgeoise dans son ensemble, et misent dans ce cadre énormément sur les TIC.
Les TIC sont le monde de demain, un monde qui tend de plus en plus vers le virtuel et le numérique, et dont le nerf de la guerre est l’information.
Donc, oui, le Luxembourg a pour ambition avérée de devenir un pôle de compétences de premier plan dans ce domaine, mais il est bien évidement loin d’être le seul dans cette course. La question qui se pose dès lors consiste à savoir comment le Luxembourg se positionnera sur une base durable dans les métiers des TIC.

Si, au Luxembourg, les prix des Data Centres, par exemple, deviennent parmi les moins élevés en Europe, ce qui permet d’attirer une série d’acteurs de l’étranger, cela ne suffit pas à en faire une stratégie durable, car le Grand-Duché reste un pays fondamentalement cher. Ce n’est donc pas sur ce terrain qu’il faut chercher à se battre. Les guerres de prix menées par certains acteurs constituent une stratégie intenable et, à terme, risquée pour le pays. Nous préconisons donc une stratégie durable axée sur la valeur, la qualité, la sécurité et l’innovation.
Quels sont les autres prétendants?

Il y a toute une série de capitales en Europe qui désirent devenir le pendant de la «Silicon Valley» californienne pour satisfaire la demande américaine qui souhaite un challenger européen.
On cite Berlin pour ses idées, sa créativité, sa jeunesse ;  Londres, en tant qu’axe naturel anglo-saxon, pour la présence des capitaux et son dynamisme ; Paris pour ses ingénieurs et son savoir-faire. Ces capitales disposent de points forts durables. A l’opposé, Dublin, focalisée sur ses avantages fiscaux, a peu d’espoir dans cette course.
 

Qu’en est-il de Luxembourg?


Le Luxembourg manque encore de notoriété dans le domaine, malgré les efforts marketing consentis. Cela s’explique par le fait qu’une «Silicon Valley» requiert un vivier de talents, l’esprit d’entreprendre et du capital-risque, à mon sens les conditions sine qua non pour une telle ambition. Or, ce sont précisément jusqu’alors les points faibles du Luxembourg.

La « Silicon Valley » européenne est en train de voir le jour. Elle ne sera pas localisée à un endroit précis mais sera constituée d’un réseau de capitales européennes innovantes. Il existe une opportunité unique pour Luxembourg de devenir un maillon clé de ce réseau. Pour cela, le Grand-Duché doit à mon sens capitaliser sur ses points forts mais également renforcer ses points faibles.




Comment?


Le succès du métier ICT repose sur les talents. Les jeunes universitaires recherchent une ville dynamique, culturelle et un écosystème leur permettant d’évoluer à la pointe de la connaissance. Il est en outre tout naturel que, lorsque vous sortez d’une grande école dans une métropole, vous cherchiez un emploi dans la région en question.

En cela, le Luxembourg devra encore investir dans des formations universitaires qui constitueront des références en Europe, et il lui faudrait au moins proposer de nouveaux masters pointus dans des domaines très spécialisés, uniques en Europe, afin d’«injecter» les cerveaux directement dans l’économie luxembourgeoise. Le Grand-Duché, pour tirer son épingle du jeu, doit pouvoir se différencier sur des créneaux spécifiques et non pas essayer de reproduire ce que font les autres.

L’esprit d’entreprenariat ne se décrète pas. Pour innover, il faut un capital humain suffisant : combien de jeunes au Luxembourg pensent lancer leur société? La prise de risque et l’innovation sont une question d’état d’esprit. La grande majorité préfère un «job défensif».
Et, dans la mesure où l’on ne changera les mentalités que sur la durée, il faut aller chercher ces entrepreneurs ailleurs, les attirer par une politique incitative, accompagner les projets à risques, ce que le Luxembourg sait très bien faire.




Le Luxembourg doit donc capitaliser sur ses points forts…


Les atouts du Luxembourg sont à chercher dans son histoire.

Le Luxembourg, à la frontière de deux cultures, germanique et latine, a été un champ de bataille permanent. Connu de l’extérieur comme coffre-fort, je pense que ce « Gibraltar du Nord » du monde numérique est capable de «redevenir la forteresse Vauban» dans un monde de plus en plus virtuel et incertain.

Face aux géants de l’ICT déployant des offres standardisées, le Luxembourg peut offrir des services spécialisés à haute valeur ajoutée, focalisés sur la sécurité et la qualité, la proximité et le management complet du cycle de l’information sensible.

La notion de confidentialité n’est pas la même outre-Atlantique et en Europe. Luxembourg peut garantir un haut niveau de sécurité, de par sa politique de confidentialité des données et ses services de haute-disponibilité.

La stratégie d’ebrc repose d’ailleurs fortement sur ce principe, avec ses «Trusted Services» : ses «Trusted Data Centres» qui reposent sur une exclusivité mondiale (2 Data Centres certifiés Tier IV, bientôt 3), ses «Trusted Managed Services», son offre end-to-end «Trusted Cloud Europe», etc.

Sur le plan international, ebrc a ainsi su convaincre de grands clients e-business du top 5 dans le secteur à venir sur Luxembourg, au lieu de Londres pour l’un, et de Francfort pour l’autre. Ces clients ont été attirés par le Grand-Duché parce qu’ebrc proposait une prise en charge complète de la chaîne ICT.

Sur le plan national, ebrc propose également des prestations de bout-en-bout à des secteurs sensibles, comme la biobanque: ebrc a gagné l’award européen de l’Eurocloud à Paris pour son projet avec l’IBBL (Integrated BioBank of Luxembourg). Par ailleurs, ebrc soutient les start-up locales innovantes, comme la société Mobey et son projet sensible de paiement par mobile «Flashiz», qui tourne sur le «Trusted Cloud Europe».

Notre charte de qualité «Trusted Services», qui se fonde sur une gouvernance saine, du «risk management» solide, des certifications internationales, des awards prestigieux, des compétences certifiées, nous l’utilisons pour promouvoir Luxembourg comme centre de confiance. C’est donc cette réputation en termes d’image, de sécurité et de qualité de services qu’il faut mettre en avant, réputation qui constitue le seul moyen pour remporter des marchés de manière durable. Dans ce contexte, le prix seul n’est pas un élément déterminant.

Courir sur des marchés low-cost constitue un pari risqué, spéculatif et qui pourrait conduire certains acteurs à perdre gros, ternir leur image de marque et au final celle de toute la place luxembourgeoise. Je trouve dommageable que cette tendance facile axée sur le court-terme prévale aujourd’hui au Grand-Duché. Seule une stratégie ICT durable basée sur la valeur, la qualité et l’innovation est gagnante à terme pour le pays.

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