Un système en très bonne santé
Si le système de santé luxembourgeois apparaît comme un des systèmes les plus complets au monde, il est également parmi ceux qui coûtent le plus cher. Deloitte a réalisé une étude dans douze pays, dont le Luxembourg, dans le but d’évaluer la satisfaction des consommateurs de santé… et les nouvelles sont plutôt bonnes pour notre pays. Les éléments d’explication avec Gilbert Renel, Leader Health Care and Life Sciences chez Deloitte Luxembourg.
Selon l’enquête de Deloitte sur le système de santé luxembourgeois, la majorité des Luxembourgeois et résidents estiment que ce dernier est de grande qualité voire même de très grande qualité. Comment interprétez-vous ces très bons retours?
Interrogeons-nous sur ce qu’est une «grande qualité» de soins. La notion étant subjective, il s’agit de privilégier une approche comparative.
Deloitte a pour cela mené une étude à travers douze pays de l’OCDE afin de connaître les opinions et attentes des patients sur le système de santé en place dans leur pays respectif. Outre le rapport global, Deloitte a réalisé un autre rapport détaillé sur chacun des pays.
Six domaines ont été pris en considération, «Mieux être et hygiène de vie», «Sources d’information», «Services et offre de soins traditionnels», «Services et offre de soins alternatifs», l’«Assurance maladie» et «Politique de santé».
Au terme de cette étude, il apparaît que les consommateurs de soins luxembourgeois sont ceux qui affichent le taux de satisfaction le plus élevé.
Au Luxembourg, la couverture assurance maladie est exceptionnellement bonne, puisque 97% des habitants sont couverts par celle-ci. De plus beaucoup d’entre eux ont souscrit à une assurance maladie complémentaire et les prestataires proposent une gamme de produits très diversifiée dans ce secteur. Le contexte luxembourgeois se différentie ainsi de manière positive par rapport à d’autres pays couverts par l’étude, comme par exemple le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, qui n’offrent pas de couverture universelle de soins.
D’après notre étude, la satisfaction des «consommateurs de santé» luxembourgeois est principalement due à la qualité des soins prodigués dans les hôpitaux, ainsi que de la modernité des infrastructures et équipements, des technologies utilisées et des compétences de leur médecin traitant.
Le système de santé luxembourgeois présente-t-il néanmoins des lacunes ?
Malgré le niveau de satisfaction générale élevé des personnes questionnées, notre étude met en lumière certains axes d’amélioration. En effet, près de la moitié d’entre elles considèrent que les temps d’attente pourraient être améliorés. Les autres principales améliorations à apporter signalées sont une orientation davantage centrée sur les patients de même qu’un meilleur accès aux services.
Par «orientation davantage centrée sur les patients», on entend le souhait d’axer les soins plus sur le patient lui-même que sur la maladie, tout comme celui de pouvoir recourir davantage aux soins non-conventionnels tels que l’homéopathie, par exemple.
Finalement, certains identifient des inefficiences administratives et d’éventuelles économies qui pourraient être réalisées.
Vous abordez également le sujet de la réforme du système de santé luxembourgeois dans votre étude. Quelle est la perception des citoyens sur la question?
Les citoyens luxembourgeois sont de plus en plus nombreux à vouloir être traités comme des consommateurs de soins de santé, et non plus comme des patients. Ils saluent l’amélioration de la qualité et du service dans la santé, les programmes personnalisés et la multiplication des accès aux outils et aux informations en ligne, ce qui leur facilite le dialogue avec le personnel médical et leur permet de mieux gérer eux-mêmes leur santé.
Précisément, Mars di Bartolomeo, Ministre de la Santé et de la Sécurité Sociale, nous avait confié lui-même il y a quelque temps qu’une des grandes faiblesses réside dans l’échange de données entre les différents acteurs de la santé, ce qui amène à une redondance des actes. Le dossier avance-t-il?
Le dossier médical électronique est un élément clé dans ce contexte ; l’objectif étant de collecter et de consolider toutes les informations pertinentes dans un dossier unique (et par la même d’avoir un historique du patient) afin que tous les acteurs de la santé concernés puissent les consulter in fine ainsi améliorer la qualité du service et des soins au patient. Il est cependant vital que suffisamment de garde-fous soient mis en place afin de préserver la confidentialité des données contenus dans le dossier
Les Luxembourgeois ne craignent-ils pas d’éventuels soucis au niveau de la confidentialité de leurs données médicales, justement?
Pas vraiment, il résulte de notre enquête que peu de Luxembourgeois s’inquiètent d’éventuels abus quant à la protection de leurs données médicales n’étant que 20% à émettre des réserves, voire des craintes.
Il n’empêche qu’il suffirait d’une seule erreur, d’une unique fuite d’informations pour que le dossier médical électronique soit mis à défaut. C’est d’autant plus vrai pour un petit pays tel que le nôtre ; dès lors, la plus grande prudence s’impose.
Un des axes majeurs de la réforme du système de santé adoptée à la fin de l’année passée est celui de la réforme de l’organisation des services de soins de santé. Cela paraît très vague à première vue. Quelles ont été les principales pistes privilégiées?
La réalisation de centres de compétences, d’une part, la mutualisation de certains types de services comme les achats ou le partage des plateformes informatiques, d’autre part, sont à mon sens des éléments importants de cette réforme. Dans ce contexte un Centre Informatique Sectoriel a d’ailleurs déjà vu le jour au niveau de l’Entente des Hôpitaux Luxembourgeois (EHL) – dont Deloitte a participé à la conception – et aura à terme pour vocation de mutualiser les services informatiques au niveau national.
Selon vous, la réforme du système de santé, telle qu’elle a été réalisée l’an dernier, permettra-t-elle d’aboutir aux objectifs recherchés? Aurait-il fallu aller plus loin?
J’estime que le cadre de la réforme a été très bien posé, les grands défis bien identifiés, et qu’on peut maintenant aller de l’avant avec la modélisation des changements et leur mise en œuvre.
Le secteur de la santé est en constante évolution; la réforme devra ainsi être poursuivie au-delà de la loi de 2010 dans plusieurs domaines au cours des prochaines années.
C’est-à-dire concrètement?
Par exemple la directive européenne sur les droits des patients requerra certainement des adaptations additionnelles de notre législation. La directive en question a, entre autres, vocation à faciliter le flux des patients entre les différents pays membres de l’Union européenne, ouvrant ainsi la porte à plus de compétitivité dans le secteur de la santé.
Dans ce cadre, notons que les autorités ont déjà entrepris un projet pour la mise en place d’une comptabilité analytique au niveau des établissements hospitaliers au Luxembourg afin d’identifier les coûts par patient ; l’objectif étant bien évidemment de mieux suivre les coûts par patient et d’améliorer les prestations fournies.