Travailler ensemble pour le bien commun

En tant qu’association chargée de défendre les intérêts des hôpitaux luxembourgeois, l’EHL accompagne les différents acteurs médecins, soignants et administratifs dans les changements qui touchent ce secteur en pleine mutation et ce, avec pour leitmotiv, la concertation entre les différents acteurs et l’instauration d’un cadre législatif suffisamment clair pour préserver un niveau d’efficacité et de qualité optimal.
Interview de Marc Hastert, secrétaire général.

L’Entente des Hôpitaux Luxembourgeois (EHL) fait partie de groupes de travail consultés lors de l’élaboration de la stratégie politique en matière hospitalière. Quel est son rôle et quel est son poids au sein de ces groupes?

L’EHL a une mission de coordination et de prestation de services, mais aussi et avant tout, un rôle de facilitateur qui vise, en concertation avec les médecins, les soignants et les directions hospitalières, à proposer des solutions à ses membres ainsi qu’aux organes de tutelle politique et financière. Notre travail dans les domaines de la qualité, de l’approche normative et des investissements au sein des commissions paritaires aux côtés de la Caisse Nationale de Santé (CNS) en est une illustration. Plus généralement, en qualité de représentants d’un secteur réalisant un service public et employant plus de 8.000 actifs, nous sommes en contact permanent avec les organismes gouvernementaux et les différentes administrations et nous réalisons un important travail de lobbying en tant qu’acteur proactif incontournable pour toutes les décisions d’ordres stratégique et politique touchant de près ou de loin le secteur hospitalier.

Le paysage hospitalier luxembourgeois a récemment été bouleversé par une série de fusions et de synergies, accompagnées d’un programme de modernisation des infrastructures dans lequel l’Etat a investi près d’un milliard d’euros. Quelle est la prochaine étape?

Les technologies, les procédures et les équipements évoluent de plus en plus vite. Nous devons nous adapter continuellement à ces nouvelles donnes, ce qui a un coût important. Il nous faut donc faire des choix. Pour gérer au mieux l’évolution du paysage hospitalier, nous collaborons étroitement avec les ministères de la Santé et de la Sécurité sociale, mais aussi avec la CNS, qui nous financent.  
Le temps où chaque hôpital pouvait proposer tous les services sans autres considérations est révolu. Nous sommes plus que toujours au service des patients et, pour nous repositionner, nous devons partir des besoins des patients tels qu’ils sont perçus aujourd’hui. De quels services avons-nous besoin pour y répondre? Comment seront-ils structurés et gérés au niveau du paysage hospitalier national? Maintenant que toutes les fusions sont effectives, les mots d’ordre sont spécialisation et mutualisation des services par le biais de la création de centres de compétences. Reste à définir la façon dont cette mutation sera conduite pour proposer un service optimal.

La mobilité transfrontalière des patients est une donnée à prendre en considération dans le contexte européen. Quelles problématiques cela soulève-t-il?

Pour accueillir davantage de patients étrangers, nous devons être suffisamment attractifs, aussi bien au niveau pratique que qualitatif. Je pense que nous sommes actuellement très bien équipés et que nous disposons d’un nombre de lits et d’établissements suffisamment conséquent pour être en mesure de répondre à une demande accrue. Tout cela doit, bien sûr, se faire dans le cadre des nouvelles contraintes légales.
Une nouvelle loi sur les droits des patients et des prestataires de santé -un texte de la plus haute importance pour nous- est en cours de finalisation. Elle sera votée en concordance avec la directive européenne ‘santé transfrontalière et droit des patients’. Elle imposera certains critères et contraintes à respecter pour pouvoir comparer les services, non seulement entre hôpitaux luxembourgeois, mais aussi à un niveau européen.

Une nouvelle loi sur le système de santé et l’organisation hospitalière a été introduite le 17 décembre 2010. Qu’a-t-elle changé concrètement?

La loi du 17 décembre 2010 est une nouvelle étape dans la définition d’un cadre de fonctionnement de l’hôpital, mais ce cadre devra encore être affiné. De nombreux règlements grand-ducaux d’exécution viendront transposer les détails de cette loi et ce, dans un laps de temps assez court. Dans ce contexte, une excellente collaboration multidisciplinaire au sein des hôpitaux et entre les hôpitaux est plus que jamais nécessaire. C’est la raison pour laquelle nous avons pris la décision de restructurer l’EHL et de nous orienter vers une nouvelle gouvernance, notre objectif étant d’offrir un meilleur répondant et de permettre la mise en place d’actions adéquates dans l’intérêt de nos membres. Nous accompagnerons toutes ces mutations par des formations aux acteurs cadres.

Pouvez-vous nous donner plus de détails concernant votre offre de formation?

Comme je vous l’ai dit, tout bouge rapidement dans notre secteur. Notre rôle est d’aider les cadres hospitaliers à s’adapter à l’évolution de la législation, des contraintes et des procédures. Nous proposons donc, depuis plusieurs années déjà, un programme de formation continue en management hospitalier, en collaboration avec l’Institut Universitaire International du Luxembourg (IUIL) qui se trouve à Munsbach. Nous avons récemment étendu notre offre aux médecins en vue de la mise en place de médecins coordinateurs dans les hôpitaux. Nous souhaitons vivement une meilleure collaboration entre tous les acteurs concernés afin que chacun puisse être efficacement impliqué et responsabilisé dans les prises de décisions et dans la transposition de ces décisions.

L’introduction du médecin référent aura-t-elle une incidence sur le secteur hospitalier?

Les médecins référents canaliseront le flux des patients vers les médecins spécialistes qui, eux, ont des contrats avec les hôpitaux. Quant à savoir si la création d’un tel statut aura une incidence directe sur le service hospitalier, la pratique nous le dira.
Notre souci est avant tout la médecine à l’hôpital. L’implication des médecins, qui ne font pas vraiment partie de la hiérarchie hospitalière, est indispensable pour une bonne gestion de l’hôpital. L’EHL a d’ailleurs déjà conclu des accords cadre pour l’exercice de la médecine à l’hôpital avec les représentants du corps médical.

La réforme du système des soins de santé déployée par le ministère de la Santé depuis 2010 prévoit diverses mesures visant à maîtriser les coûts, comme, par exemple, le fait de privilégier une prise en charge ambulatoire des patients lorsque cela est possible. Cette réduction des budgets ne risque-t-elle pas de contrevenir à la qualité des soins?

Notre approche n’en est pas fondamentalement bouleversée, mais nous savons qu’à l’avenir, les hôpitaux devront se partager un budget global sur deux années. Il faudra faire des choix et nous espérons pouvoir les faire dans le cadre de décisions concrètes préalables. Certes, des réserves sont planifiées, qui seront, en principe, dédiées aux imprévus. Ce qui est prévisible devra donc être bien analysé, discuté en commun entre les hôpitaux avant de passer à l’étape de la négociation individuelle.

Qu’en est-il de la prochaine introduction d’un système de gestion des données qui permettrait plus de transparence et une plus grande facilité d’échange? Comment ce système fonctionnera-t-il? La confidentialité des données sera-t-elle garantie? Quelle sera la plus-value de ce système?

Nous avons beaucoup misé sur les actions à entreprendre en ce sens. La mise en place d’un tel système est une priorité absolue pour une gestion efficace de l’activité hospitalière au Grand-Duché de Luxembourg. Nous devrons, d’une part, nous mettre d’accord pour un système uniforme de codification des procédures médicales et, d’autre part, construire ensemble l’environnement de gestion de ces données dans le cadre des systèmes informatiques des hôpitaux. Pour ce qui est de la codification des procédures médicales, la phase de concertation touche au but et le ministre prendra une décision imminente. Concernant plus généralement l’évolution des systèmes d’information et de l’informatique dans les hôpitaux, l’EHL a décidé de créer un centre informatique sectoriel qui permettra, en phase avec les ministères concernés et la CNS ainsi qu’avec les autres acteurs du secteur de la santé, de mutualiser ce domaine d’activité pour une qualité optimale des services, y compris bien entendu le volet lié à la confidentialité des données sensibles figurant au dossier du patient.   MT

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