Mon coach sportif
Le Laboratoire de Recherche en Médecine du Sport (LRMS) du Centre de Recherche Public – Santé vient d’optimiser la plateforme Internet TIPPS. TIPPS, pour Training and Injury Prevention Platform for Sports, était au départ un outil de recherche développé pour les besoins du laboratoire. Ce programme informatique est aujourd’hui accessible à tout sportif, quels que soient son niveau et son objectif. Le succès est au rendez-vous puisque, un peu plus d’un mois après son lancement, il enregistre déjà quelque 800 inscriptions.
Interview de Pr. Daniel Theisen, responsable du LRMS.
Comment est né le site www.tipps.lu?
Tout a commencé en 2007 avec la création, au sein du CRP-Santé, d’un groupe de recherche sur la médecine du sport devenu, deux ans plus tard, un laboratoire de recherche. Le ministre des Sports (ndlr: qui était alors Jeannot Krecké) a mandaté notre équipe pour mettre en place un projet de recherche appliquée sur la prévention des blessures sportives. 2007 étant également l’année du lancement du Sportlycée sur le site de l’INS, nous nous sommes joints à cette initiative et le Sportlycée est le premier contexte dans lequel nous avons déployé ce type de recherche. Notre objectif était de tenir une comptabilité des entraînements et des blessures sportives des élèves, en collaboration avec les élèves eux-mêmes, bien sûr, mais aussi avec les entraîneurs, l’équipe médicale présente sur place et les professeurs. Cette observation a été reconduite à deux reprises et le troisième bilan complet réalisé pour l’accord 2010-2011 a révélé une diminution globale des blessures récurrentes, tendance à laquelle nous ne pensons pas être étrangers.
De 70 athlètes la première année, nous sommes aujourd’hui passés à 250 et nous nous dirigeons vers les 350 et au-delà, avec l’intérêt croissant des fédérations sportives au Luxembourg. Autrement dit, nous ne pouvons plus récolter nous-mêmes les informations et les encoder dans un logiciel informatique. Nous avons donc décidé, d’abord pour nos propres besoins, de développer une interface Web où plusieurs chercheurs pourraient se connecter en même temps pour entrer ces milliers de données. Puis, nous nous sommes dit: pourquoi ne pas renverser la vapeur et demander aux athlètes d’enregistrer eux-mêmes les informations les concernant sur cette base de données? Notre rôle est de vérifier la qualité et la complétude des données. L’étape suivante était logiquement de mettre cet outil à disposition du sportif lambda qui souhaite garder une trace de ses activités et de ses blessures. Nous avons alors engagé un informaticien développeur analyste qui a adapté cette application au grand public.
Concrètement, en quoi consiste ce site? Et comment se présente-t-il?
Il s’agit d’un agenda sportif électronique, qui s’adresse aussi bien au coureur marathonien qu’à la personne qui fait du fitness, du vélo le week-end avec ses enfants ou qui promène son chien. Chacun peut s’y inscrire et encoder, au jour le jour, les données relatives à sa pratique physique, aux douleurs qu’il a ressenties ou aux blessures qu’il a subies.
Dans mon profil, je définis, parmi plus de 200 activités, le ou les type(s) de sport pratiqués. J’enregistre la date et l’heure de mon dernier entraînement. Je répertorie sur une échelle l’intensité subjective de cet entraînement. Je note mes fréquences cardiaques moyenne et maximale si je les connais. J’indique si j’ai ressenti une douleur et si celle-ci m’a contraint à réduire la durée ou l’intensité de mon exercice. Une douleur qui m’empêche de poursuivre au même rythme est considérée comme une blessure. Dans ce cas, un nouveau questionnaire apparaît qui vise à définir la zone anatomique touchée, le type de blessure, si elle est intervenue de manière progressive ou non, si elle a des précédents ou pas…
À partir de ces informations, le programme engendre des graphiques et des statistiques qui offrent à l’utilisateur la possibilité de suivre, en un coup d’œil, l’évolution de ses entraînements, les moments auxquels des blessures sont intervenues, les caractéristiques de ces blessures, les périodes de compétition ou encore ses courbes de taille et de poids.
Tipps.lu peut être utilisé par une école, un club ou une fédération. Dans ce cas, il permet aux entraîneurs et à l’équipe médicale de prendre en charge efficacement l’athlète en vue d’optimiser et de sécuriser la pratique sportive.
Quel est le lien entre la façon de s’entraîner et le risque de blessures?
Le principe de l’entraînement est de respecter une périodicité. L’idéal est d’alterner les périodes où l’on augmente le volume ou l’intensité d’une activité et celles où on lève le pied. Cette phase de récupération active permet à l’organisme de s’adapter.
Il faut distinguer les blessures aiguës qui interviennent de manière accidentelle -par exemple, une entorse de la cheville qui serait la conséquence d’un trébuchement sur une racine ou une fracture qui ferait suite à une chute- des blessures de surcharge. C’est principalement sur ces dernières que nous pouvons influer. Elles résultent d’une sollicitation répétée d’une partie anatomique qui va devenir malade, développer une inflammation. Elles arrivent souvent quand on augmente de manière trop rapide le volume ou l’intensité de sa pratique sportive. Les bilans que le site propose aux utilisateurs les aident à prendre conscience de cette surcharge.
Parallèlement au projet de recherche que vous menez avec les fédérations sportives, vous venez de lancer la troisième édition d’une étude sur les blessures chez les coureurs de longue distance, intitulée RRI (Running Related Injury). Comment peut-on y participer?
Pour participer à l’étude, il suffit de cocher une option sur le site Tipps.lu. La manière d’encoder ses données est la même que lors d’une inscription libre, si ce n’est que les participants s’engagent à être réguliers dans la mise à jour de leurs informations, tout en restant libres de quitter l’étude quand ils le souhaitent, et qu’ils bénéficient d’un suivi personnalisé. La phase de recrutement dure jusqu’en décembre. Commencera alors la phase d’observation qui se terminera en juin.
Cette étude s’adresse aux coureurs de tous les niveaux. La précédente édition a rassemblé près de 500 volontaires qui ont été suivis pendant six mois. Cette étude a révélé que 30% des participants avaient été victimes d’une blessure au moins, que les novices avaient 2,5 fois plus de risques de subir une blessure que les coureurs expérimentés, le risque est également majoré par le fait d’avoir subi une blessure avant l’étude et par une distance de course élevée. L’objectif est de définir des stratégies de prévention efficaces.