Des hauts et débats

Comme tous les six ans, les résidents étaient invités à se présenter aux urnes le dimanche 9 octobre pour élire leurs représentants communaux. Le Luxembourg est l'un des rares pays européens à proposer un scrutin à la proportionnelle avec des panachages sur les différentes listes proposées. Par un système d’alliances, il est donc possible que ceux qui dirigent ne soient pas ceux qui ont obtenu le plus grand nombre de voix, ce qui n’est pas sans soulever la polémique.

Légende photo : Jean-Marie Halsdorf, ministre de l'Intérieur.

Un système remis en question par les citoyens

Les habitants se sentent parfois lésés quant aux accords de coalition qui ont été définis et qui ne pas respectent leurs choix.
À Bettembourg, le passage de flambeau prend un arrière-goût amer pour le bourgmestre sortant, Roby Biewer (LSAP), qui avait senti le vent tourner en sa défaveur. Il avait pourtant obtenu prés de 650 voix de plus que son outsider, Laurent Zeimet (CSV), et son parti était clairement sorti vainqueur de ces élections communales avec 42,38% des voix contre 29,79% pour le CSV, 18,8% pour Déi Gréng et 9% pour le DP qui se sont ligués pour le faire tomber.
Controverse également à Strassen où le bourgmestre socialiste, Gaston Greiveldinger, reste en place grâce à une association avec le CSV et les Verts en dépit du fait que le DP ait remporté le pourcentage le  plus élevé (33,4 %) et sa tête de liste, Marc Fischer, le plus de suffrages (1.527 voix).
Ils étaient plus d’une centaine à manifester leur mécontentement Place de la mairie à Contern le samedi 22 octobre, pour s’opposer à l’éviction du CSV de la coalition suite à une alliance entre les démocrates, les socialistes et les écologistes. C’est pourtant Jim Schmitz, l’ancien bourgmestre CSV, qui avait réuni le plus grand nombre de voix (1.405), loin devant le candidat LSAP (1.095), et son parti qui avait enregistré le meilleur résultat (32,48%).
Mouvement similaire quelques jours plus tôt à Bascharage, future Kaërjeng, où la tête de liste du LSAP, Yves Cruchten, avait invité la population à enterrer symboliquement la démocratie après que le CSV, conduit par l’ancien ministre Michel Wolter, se soit allié aux Verts et à la Biergerinitiativ de Clemency pour conserver le fauteuil de bourgmestre alors les socialistes atteignaient un score frôlant les 40%. Plus de 300 citoyens, venus de Bascharage et d’ailleurs, ont alors répondu à l’appel.
Le ministre de l’Intérieur et ancien bourgmestre CSV de Pétange, Jean-Marie Halsdorf, sollicité par le parti socialiste à ce propos, n’exclut pas totalement la possibilité d’un remaniement de la loi électorale qui permettrait éventuellement aux électeurs de choisir eux-mêmes directement leur bourgmestre comme c'est le cas en Allemagne ou en France, même s’il ne semble pas convaincu de la nécessité d’une telle démarche, la sanction venant, selon lui, de l’électeur aux prochaines élections si d’aventure une coalition s’avérait illégitime.
 

Beaucoup de status quo et quelques surprises

Pas de changement dans la plupart des grandes communes du Sud à l’instar de Differdange et de Sanem où les anciens bourgmestres, respectivement Claude Meisch (DP) Georges Engel (LSAP) restent en place, tout comme à Roeser où les discussions autour du stade national de Livange n’ont pas fondamentalement changé la donne, puisque le socialiste Tom Jungen continuera à diriger la commune, tâche dans laquelle il sera secondé par Suzette Dostert-Wagener (CSV) et Renée Quintus-Schanen (LSAP).  C’est cette coalition qui discutera avec le gouvernement avant de se prononcer sur le projet du stade, qui sera par ailleurs soumis à un referendum. Idem à Esch-sur-Alzette, où la coalition entre le duo gagnant LSAP – Déi Gréng menée par Lydia Mutsch a été reconduite.  
C’est la capitale qui a créé l’évènement en changeant de figure de proue. En passant la main à Xavier Bettel après dix ans de bons et loyaux services, Paul Helminger respecte le choix des électeurs: ces derniers lui ont en effet accordé 13.414 voix contre 13.928 voix pour Xavier Bettel, soit un écart de quelque 500 voix, et ont plébiscité les jeunes candidats ce qui, selon Paul Helminger, reflète leur besoin de changement.
 

Une déferlante verte sur le paysage politique luxembourgeois

Autre tendance qui ressort de ces élections communales: les Verts gagnent du terrain, ou plutôt ils gagnent des sièges (33 de plus qu’en 2005 dans les communes où l’on vote selon le système proportionnel) à défaut de gagner de nouvelles communes, ce qui en fait des interlocuteurs incontournables au sein des coalitions. Ils obtiennent 74 mandats au total et peuvent se targuer de dépasser les 20% des voix dans 9 communes, voire les 30% à Betzdorf et à Remich. À Betzdorf, avec 31,50% des suffrages et 5.353 voix, ils talonnent le CSV qui enregistre 31,54% et 5361 voix, tout comme à Remich où ils n’ont que 32 voix et 0,23% d’écart. Dans d’autres communes où ils étaient absents, ils atteignent des résultats inattendus. C’est le cas à Roeser, peut-être un effet secondaire du dossier stade de Livange, où ils remportent 22,79% des suffrages et à Echternach où ils gagnent 21,77% des voix.   MT

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