Un pari osé

Pascal Lanser, directeur d’IBM Luxembourg, affirme haut et fort que le géant de l’informatique estime que les concepts sont plus importants que la technologie, cette dernière étant maîtrisée depuis bien des années. C’est ainsi que la multinationale américaine continue à mettre à profit les nouvelles demandes émergeantes pour se lancer dans un pari osé. Interview.

IBM travaille sur la mise au point de nouveaux modèles d’organisation pour les fonds d’investissement en observant ce qui se fait en Asie, aux Etats-Unis et dans les pays émergeants, notamment, avez-vous annoncé récemment. Quels sont ces nouveaux modèles ?
IBM travaille effectivement sur de nouveaux business modèles à destination de différentes industries, notamment l’industrie des fonds. Nous avons au fil du temps réussi à «commoditiser» à un tel point tout ce qui est informatique de base, que ce soit en matière de gestion des infrastructures, de service management, de virtualisation, que nous sommes aujourd’hui en mesure de nous orienter vers des modèles plus élaborés qui s’apparentent fortement à des plateformes de marché.
Si je me réfère à l’industrie des fonds d’investissement, il me revient de voir dans ce métier bien précis quelles pourraient être les activités dont cette industrie pourrait se décharger afin qu’elle puisse se concentrer davantage sur ses clients. Nombre de ces activités pourraient être simplifiées si elles étaient automatisées par le biais d’outils modernes que nous possédons aujourd’hui avec un concept de base qui resterait dès lors le même pour un bon nombre de branches d’activité.
Dans l’industrie des fonds d’investissement, ce que nous recherchons c’est créer une plateforme de marché par la mise en place d’un set d’outils intégralement automatisés qui délivre des services d’ordering, de reporting ou de tracking pour ne citer qu’eux.

Finnova et IBM ont récemment annoncé un accord de coopération. Quel est l’objectif de ce partenariat ?
Sachez que nous réalisons constamment de nouveaux partenariats et que l’accord de coopération que nous avons signé avec Finnova n’est pas un partenariat exclusif. Je dirais que c’est celui du moment au regard de notre cycle de maturité et notre progression. Ce qui nous intéresse est de trouver le package idéal qui perce dans un modèle déterminé au moment opportun et qui conviendra au plus grand dénominateur commun. C’est ainsi plus le modèle qui nous intéresse que le partenaire, l’objectif étant de monter un centre d’expertise.  
D’une façon générale, il s’agit aujourd’hui d’enficher dans le cloud computing un certain nombre de modèles applicatifs dont Finnova pourrait être un des éléments. Le système de Finnova est un système parmi tant d’autres destiné au monde financier, plus exactement à la banque privée ou à la banque de détail. Nous vendons ce produit dans un package à différentes banques comprenant les frais de licence et de maintenance, l’idée étant de proposer une solution partagée à un ensemble de banques. Cela permet bien évidement de réduire les coûts mais également d’augmenter le niveau d’expertise et la qualité du service avec des prestations de service qui se greffent autour, des services de maintenance, de mise à niveau, de paramétrisation ou encore de mise en application, le tout dans un concept de cloud computing donc.
Finnova propose un modèle attrayant qui rend la mutualisation des services possible et qui fait qu’un business modèle en réseau partagé  (‡ shared center ?) devient de plus en plus une réalité. Ce modèle répond à un besoin du marché où l’on peut observer certains acteurs discuter ensemble et poser les jalons d’une association sachant qu’ils réalisent les mêmes opérations. On est donc ici dans une logique de business modèle et non de plateforme de marché.

Quelle est véritablement la différence entre une plateforme de marché et un business modèle de partenariat ?
Un business modèle basé sur des packages bancaires va s’adresser à une communauté de banques pour lesquelles nous proposons des services en direct tandis qu’une plateforme de marché est destinée à un gros acteur du marché, comme la Bourse, par exemple, qui disperse ses services sur ce dernier.
L’objectif ultime ne consiste pas à faire du business process outsourcing à la place d’une banque, mais d’assister la banque jusqu’au niveau des processus. Il y a trois niveaux à franchir dans l’externalisation des processus d’affaire pour lesquels il faut une expertise de plus en plus grande. IBM se cantonne aux deux premières. A la banque de prendre en charge le troisième niveau, celui des processus.
Le premier niveau est celui de l’«Infrastructure as a Service» qui créé la plateforme et exécute les langages de programmation de bas niveau, en d’autres termes le niveau du système d’exploitation et de l’accès aux fichiers. Le deuxième niveau, le «Software as a Service», établit une interface avec l’utilisateur, et est un véritable modèle économique de consommation des applications consommées et payées à la demande. Pour intégrer ce deuxième niveau, nous avons ces dernières années effectué de nombreuses acquisitions de sociétés de développement de logiciels dont Finnova fait partie.

Business modèles, plateformes de marché communs : ces nouvelles tendances ne comportent-elles pas des risques d’un point de vue économique ?
Si bien sûr, il y a un risque de cannibalisme. Mutualiser et proposer un ensemble de services qui se vendent d’habitude à des centaines d’exemplaires sont forcément synonyme d’un manque à gagner important. Nous nous retrouvons face à un changement de paradigme. C’est un pari risqué sur l’avenir mais nous misons sur la masse, et pour cela visons clairement les pays émergeants, et cherchons à être à la pointe dans le domaine. Nous ne faisons là que poursuivre la stratégie globale d’IBM, à savoir celle de s’être lancé dans le cloud computing.

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