Emile Weber, partenaire mobilité des communes

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Bus à la demande, lignes communales, navettes événementielles ou courses nocturnes : au-delà des lignes régulières, les communes luxembourgeoises composent désormais leur propre offre de mobilité. Simplicité, fiabilité et digitalisation conditionnent l’adhésion des citoyens à ces nouveaux services. Interview avec Monsieur Philippe Heinisch de Voyages Emile Weber

 

Face à l’évolution des modes de vie et des attentes des citoyens, comment les communes luxembourgeoises doivent-elles repenser leur approche de la mobilité ?

Les gens sont devenus de plus en plus mobiles et leurs attentes en matière de mobilité ont augmenté. Pour une commune, proposer de bonnes solutions de mobilité est aussi un argument d’attractivité pour attirer de nouveaux habitants. C’est pourquoi il est important aujourd’hui de ne pas se limiter au transport public classique, c’est-à-dire aux lignes régulières RGTR. 

Les communes doivent proposer en complément des solutions plus flexibles et plus locales, pensées à partir des besoins concrets des citoyens : publics, horaires et motifs de déplacement différents. 

Il faut un mix entre les lignes régulières et les solutions qui émanent réellement des communes, afin de proposer la bonne solution au bon moment. La mobilité devient ainsi un vrai facteur de qualité de vie et d’accessibilité.

 

D’une commune rurale à une ville dense, les besoins varient fortement. Comment adaptez-vous vos solutions aux réalités de chaque territoire ?

Il n’existe pas de solution « one size fits all » : une commune rurale n’a pas les besoins d’une commune dense ou proche de la capitale. Le point de départ est toujours l’analyse des réalités locales, puis l’adaptation des horaires, des itinéraires et des capacités des véhicules, avant de faire évoluer l’offre selon son utilisation. Pour les communes plus denses, un Citybus fait sens : une ou plusieurs lignes avec un horaire fixe qui dessert le territoire communal. Niederanven dispose par exemple de sa propre ligne, qui dessert les villages de la commune et rejoint l’aéroport, où elle offre une correspondance avec le réseau Luxtram.  

Pour les petits villages, cette solution serait exagérée ; nous proposons alors un Ruffbus, un minibus stationné sur le territoire communal, avec un chauffeur qui attend les réservations par téléphone ou par application. Les trajets sont pris en charge par la commune ou facturés à un prix symbolique. 

Certaines communes mutualisent d’ailleurs leurs moyens : Grevenmacher, Biwer et Manternach se sont réunies pour offrir un service Ruffbus plus performant, tandis que des villes comme Dudelange exploitent leur propre petit réseau de lignes fixes.

 

Cette diversification traduit-elle un changement durable dans la manière dont les citoyens se déplacent ?

Oui. D’un côté, les citoyens veulent se déplacer toujours davantage ; de l’autre, de plus en plus de personnes n’ont plus de voiture, ou une voiture en moins, et se reportent sur les transports publics et les services communaux. La mobilité devient liée aux situations concrètes du quotidien : pour aller au travail, le transport classique reste pertinent puisque la plupart des emplois se concentrent dans le centre du pays, bien connecté. 

Pour les trajets de proximité, les communes veulent une solution locale, aussi pour soutenir leurs commerces. Lors d’événements, les lignes classiques ne suffisent pas : avec l’Eventbus, nous dimensionnons des navettes selon la fréquentation attendue et nous occupons de tout, de la planification à la coordination sur place. 

Cette dimension de conseil vaut pour tous nos services : nous connaissons désormais bien les besoins des communes.

 

Qu’est-ce qui fait réellement basculer les habitudes de déplacement ?

Si les communes offrent des solutions simples, fiables et qui constituent une réelle alternative à la voiture, les citoyens sont prêts à changer leurs habitudes. Mais ces solutions doivent être performantes : les gens doivent avoir la certitude d’arriver à destination aussi vite qu’en voiture, voire plus rapidement.  Une offre mise en place pour la forme, sans adéquation avec les besoins, ne modifiera rien. 

La communication compte tout autant : la commune doit rendre l’offre visible pour que les citoyens comprennent ce qui leur est proposé.

 

Quel rôle joue la digitalisation dans cette évolution ?

Nous voulons offrir l’accès le plus simple et le plus rapide possible. Pour le Ruffbus, la réservation se fait aujourd’hui par téléphone, un canal direct apprécié de nombreux usagers. Une application, actuellement en phase de planification, devrait venir le compléter à partir de 2027, afin que chacun puisse choisir le mode de réservation qui lui convient le mieux. 

Pour les excursions et transferts en autocar, nous sommes les premiers à proposer un outil de réservation en ligne : la commune indique son trajet, reçoit immédiatement le prix avec les différents choix de véhicules et peut confirmer. Les tarifs négociés avec chaque commune sont intégrés au système, et des identifiants permettent de consulter, modifier ou annuler l’ensemble des réservations effectuées par les écoles ou les services communaux. Pour les écoles justement, qui devaient jusqu’à l’année dernière passer par des demandes écrites, c’est un gain d’organisation et de temps considérable. Ce service mérite encore d’être mieux connu des communes.

 

Comment intégrez-vous la diversité des publics dans la conception de ces services ?

Chaque public a des besoins spécifiques, et il ne faut pas chercher à y répondre avec un seul service, mais avec plusieurs solutions complémentaires. 

Pour ceux qui rentrent tard, nous exploitons avec les communes le Nightlifebus : les mêmes lignes que le transport public de jour, prolongées après 23 heures ou minuit à une cadence horaire, à l’initiative des communes qui veulent éviter que leurs citoyens reprennent le volant le soir. Ces véhicules sont entièrement électriques, comme d’ailleurs tous nos Ruffbus et Citybus. 

Pour les seniors et les personnes à mobilité réduite, l’accessibilité est intégrée dès la conception, avec des rampes et des places pour chaises roulantes. 

Pour les besoins très spécifiques, des services performants de l’État existent déjà, comme l’Adapto, un service à la demande dédié.

 

À quoi pourrait ressembler la mobilité communale de demain ?

Elle sera plus flexible et davantage orientée vers la demande de chaque citoyen, en complément des lignes classiques. Elle sera aussi plus digitale, avec des outils toujours plus simples pour consulter les offres et réserver. L’électrification jouera également un rôle majeur : pour les offres communales, nous sommes déjà à cent pour cent, et le passage de l’ensemble du transport public à l’électrique est planifié pour 2030. 

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