SIGI AI : une intelligence artificielle maîtrisée au service des communes

Lors de la première édition de son rendez-vous annuel, SIGI Xperience 2026, le Syndicat Intercommunal de Gestion Informatique a dévoilé une feuille de route en cinq piliers. L’un d’eux, SIGI AI, prépare l’arrivée de l’intelligence artificielle au sein des administrations communales. Cette orientation s’inscrit dans la continuité de la réorganisation stratégique engagée depuis janvier 2024 sous l’impulsion de Sylvain Momin, directeur général du SIGI. Celui-ci prendra la fonction de Chief AI & Innovation Officer, afin de piloter au niveau stratégique les enjeux liés à l’intelligence artificielle, à l’innovation responsable et à la souveraineté technologique. Entre cas d’usage, sécurité des données et formation, entretien.

Pourquoi le SIGI a-t-il choisi d’intégrer l’intelligence artificielle à sa stratégie et selon quelle démarche souhaitez-vous la déployer ? 

Le SIGI a choisi d’intégrer l’intelligence artificielle à sa stratégie parce qu’elle est un levier majeur de transformation pour les administrations communales. L’enjeu n’est pas de suivre une tendance technologique, mais d’identifier comment l’IA peut aider concrètement les communes à gagner du temps, à simplifier certains processus, à mieux exploiter l’information disponible et à améliorer la qualité des services rendus aux citoyens.

Cette démarche s’inscrit dans la transformation engagée par le SIGI depuis janvier 2024. Nous avons fait évoluer notre manière de concevoir les solutions : il ne s’agit plus de développer un outil en interne avant de le proposer aux communes, mais de partir des réalités du terrain. Les besoins, les contraintes et les usages des administrations communales doivent guider nos priorités.

Nous voulons appliquer exactement cette méthode à l’intelligence artificielle. Avant de choisir une technologie, un modèle ou une solution, nous devons d’abord identifier les cas d’usage réellement utiles pour les communes. Cela suppose un travail d’écoute, d’analyse, d’expérimentation et de co-construction avec les administrations communales.

Notre approche sera donc progressive, responsable et orientée vers l’usage. L’IA devra être testée sur des besoins concrets, encadrée par des règles claires, notamment en matière de données, de sécurité et de souveraineté, puis déployée uniquement lorsqu’elle apporte une valeur réelle aux communes et aux citoyens. La technologie ne doit pas dicter la stratégie. Ce sont les besoins du service public local qui doivent orienter le développement de l’IA au SIGI.

Quels usages concrets envisagez-vous au service des communes et des citoyens ?

Là encore, la réflexion se mène directement avec les communes L’IA peut contribuer à l’automatisation de processus administratifs, faciliter la recherche documentaire ou prendre la forme d’un agent conversationnel destiné aussi bien aux fonctionnaires qu’aux citoyens. Elle peut aussi, par exemple, aider un agent à retrouver plus rapidement une information parmi un grand nombre de documents, l’accompagner dans la rédaction de contenus ou orienter un citoyen dans ses démarches.

C’est aussi un outil d’aide à la décision, notamment en permettant de mieux exploiter les données collectées par les communes et d’anticiper certaines évolutions d’un point de vue budgétaire. Dans chacun de ces cas, l’enjeu reste le même : faire gagner du temps aux agents, améliorer la qualité de leur travail et simplifier les services proposés à la population.

SIGI AI promet un déploiement, selon vos propres termes, « dans un cadre maîtrisé, sécurisé et responsable ». Où placez-vous les limites à ne pas franchir ?

Quel que soit le cas d’usage, l’exigence reste la même : garantir le plus haut niveau possible de sécurité pour les données utilisées. Celles-ci ne peuvent pas être exploitées sans précaution ; il faudra pouvoir les anonymiser, les pseudonymiser, et il y aura beaucoup à faire à ce niveau. Nous nous attacherons surtout à mettre en place une véritable gouvernance des données, qui garantisse la sécurité de celles utilisées dans les modèles d’IA. Cette rigueur rejoint d’ailleurs le travail que nous menons déjà en matière de cybersécurité. Le SIGI doit en effet protéger l’ensemble des données communales hébergées dans les centres de données qu’il utilise. Nous avons donc mis en place différents contrôles afin d’avancer progressivement vers la conformité à la directive NIS2. Cette gouvernance devra également s’inscrire dans le respect du RGPD, du cadre européen de l’AI Act, ainsi que des principes de transparence, de traçabilité et de supervision humaine.

Il est primordial que cette expérience bénéficie directement aux communes : nous ne pouvons pas nous substituer à leur propre responsabilité en matière de sécurité informatique, mais nous pouvons les conseiller et leur expliquer comment nous avons conduit notre analyse des risques et défini les mesures nécessaires.

La souveraineté numérique est l’autre pilier de cette exigence. Quelle que soit la technologie retenue, nous devons garder la main sur son utilisation et, surtout, sur la sécurité des données. C’est pourquoi nous nous tournerons vers des solutions ancrées au Luxembourg, développées avec des partenaires et des experts locaux.

Le recours au cloud devra être examiné au cas par cas, sur la base d’une analyse d’impact, d’une analyse des risques et d’exigences strictes en matière de sécurité, de confidentialité, de localisation et de maîtrise des données. Aucun usage ne pourra être envisagé si ces conditions ne sont pas réunies. Nous n’utiliserons pas de modèles hébergés dans un cloud public qui ne présenterait pas un niveau de sécurité suffisant au regard des exigences luxembourgeoises.

Les technologies d’intelligence artificielle peuvent être coûteuses et nécessitent des compétences très spécialisées. Comment éviter qu’un fossé ne se creuse entre les grandes et les petites communes ?

C’est précisément dans ce contexte que la logique intercommunale prend tout son sens. Une commune qui souhaiterait développer et exploiter seule son propre modèle devrait en supporter la charge financière et disposer de compétences techniques importantes. Or, toutes les administrations ne disposent évidemment pas des mêmes moyens humains ou financiers.

Le SIGI entend apporter une réponse collective à cette difficulté. Notre objectif est de construire progressivement un environnement d’intelligence artificielle commun, auquel les communes pourraient accéder indépendamment de leur taille et de leurs ressources. Les investissements, les compétences et les infrastructures pourraient ainsi être mutualisés.

C’est déjà un principe qui guide les autres outils du SIGI : la mise en commun des ressources permet de rendre les technologies accessibles au plus grand nombre. Concernant l’intelligence artificielle, cette mutualisation sera particulièrement importante. Elle doit permettre aux petites communes de bénéficier des mêmes possibilités que les plus grandes, dans un cadre technique, juridique et sécuritaire commun, assorti d’un accompagnement partagé.

Cet accompagnement humain passe notamment par SIGI Academy. Quel rôle la formation joue-t-elle dans cette transition ?

La formation est le complément indispensable de cette démarche. Sans montée en compétences des agents, aucun outil ne pourra produire ses effets. Le premier frein à l’adoption de l’IA reste aujourd’hui la méconnaissance de la technologie, de ses possibilités, mais aussi de ses limites et des précautions nécessaires à son utilisation.

Avec SIGI Academy, nous proposons un catalogue couvrant nos solutions numériques. Chacun de nos 45 produits dispose d’au moins une formation dédiée. Cette offre s’adresse à tous les employés et fonctionnaires qui utilisent nos outils, dans les communes, mais également dans les syndicats intercommunaux et les offices sociaux.

Notre ambition est désormais de développer nos moyens et de gagner en souplesse. Aux formations en présentiel s’ajouteront des formations en ligne et des formules mixtes, en lien avec nos collaborations avec l’INAP et le DLH, afin que chaque agent puisse choisir les contenus dont il a besoin en fonction de ses disponibilités. C’est ainsi que nous préparerons les agents aux usages futurs de
l’intelligence artificielle.

À plus long terme, quel rôle l’IA jouera-t-elle dans la construction de la commune intelligente ?

Cette nouvelle technologie doit être un facilitateur et un accélérateur. Aujourd’hui, les communes disposent d’une quantité considérable de données, mais elles les exploitent encore trop peu, faute d’outils adaptés. C’est précisément ce que l’IA peut débloquer : en valorisant cette ressource, elle aiderait les responsables communaux à mieux décider et permettrait de développer des solutions
de type Smart Cities.

L’intelligence artificielle ne remplacera pas les employés communaux : elle leur donnera les moyens  de mieux servir les citoyens. En les assistant dans leur travail quotidien, elle leur fera gagner en efficacité et les libérera pour les missions qui exigent une expertise humaine, une connaissance du terrain ou une relation directe avec la population.

L’objectif reste très concret : proposer davantage de services, plus simplement et plus rapidement. C’est là que l’intelligence artificielle prendra tout son sens pour les communes. 

Lire sur le même sujet: