SIGI : vers une digitalisation communale plus pragmatique

Interopérabilité, co-création, intelligence artificielle : le Syndicat intercommunal de gestion informatique amorce une nouvelle phase de son développement. En intensifiant ses collaborations nationales et en structurant de nouveaux espaces d’expérimentation et d’échange avec son écosystème, l’organisation affirme sa volonté d’accélérer la modernisation des services communaux, en la rendant plus concrète, participative et davantage ancrée dans les réalités du terrain. Décryptage avec Sylvain Momin, Directeur général et Johny Névoa, Directeur général adjoint.

Le SIGI travaille étroitement avec le CTIE et d’autres partenaires institutionnels. Comment s’organise concrètement cette collaboration et quels projets illustrent cette dynamique ?

SM : Notre collaboration avec le Centre des technologies de l’information de l’État (CTIE) est avant tout opérationnelle. Elle repose sur une idée simple : les services publics numériques doivent former un ensemble cohérent, depuis les plateformes nationales jusqu’aux applications utilisées au quotidien dans les communes. Pour y parvenir, nous échangeons régulièrement sur l’architecture des systèmes, l’interopérabilité, la sécurité ou encore la gouvernance des données.

Cette logique se traduit par des projets très concrets. L’un des axes majeurs concerne le portail citoyen MyGuichet.lu. L’objectif est de permettre aux communes d’y proposer davantage de démarches en ligne, tout en garantissant un parcours simple, sécurisé et fluide pour l’usager. Concrètement, le SIGI a travaillé à la mise à disposition des factures sur MyGuichet, en accompagnant les communes sur la préparation des flux, l’alignement sur les standards, l’assistance technique et organisationnelle, ainsi que la coordination avec les acteurs concernés. Pour les citoyens, cela signifie un accès centralisé, disponible 24/7, plus de traçabilité et moins de risques de perte d’information. Pour les communes, c’est une réduction progressive du papier, un allègement des tâches répétitives et une meilleure qualité de service.

Nous avançons également sur la signature électronique, avec une approche progressive : identification des cas d’usage prioritaires, sécurisation juridique des parcours et mise en place des prérequis techniques. L’enjeu dépasse la technologie et touche à l’organisation interne des communes et à la fiabilité des procédures. Par ailleurs, nous avons engagé des échanges autour de l’intelligence artificielle, en privilégiant des cas d’usage pragmatiques, tout en garantissant la souveraineté des solutions, notamment pour l’hébergement, la protection des données et la traçabilité.

Enfin, un chantier structurant concerne l’échange d’informations via des API. Ce travail de fond vise à éviter les doubles encodages et à fluidifier les processus entre solutions communales, services du SIGI et plateformes nationales. C’est une condition essentielle pour tenir la promesse d’une digitalisation qui simplifie réellement la vie des citoyens et des administrations.

L’ambition est de créer une communauté capable d’avancer collectivement dans un environnement qui évolue vite.

Vous vous apprêtez à lancer « The Lab ». En quoi consiste cette initiative et qu’est-ce qu’elle change concrètement dans votre manière de travailler avec les communes ?

JN : The Lab est né d’une remise en question. Nous avons pris conscience qu’en dépit de notre proximité avec les communes, une distance opérationnelle s’était installée. Les besoins évoluaient rapidement, tandis que les cycles de développement restaient plus lents, plus linéaires. Il fallait recréer un espace de contact direct. The Lab repose sur un principe simple : montrer plutôt que promettre. Chaque mois, les communes sont invitées à découvrir des prototypes concrets, à les tester et à en discuter. L’objectif n’est pas de présenter des solutions figées, mais d’exposer des pistes, des essais, parfois même des échecs. Cette transparence change la dynamique : les agents communaux ne sont plus de simples destinataires, ils deviennent co-acteurs.

Pendant longtemps, la relation fonctionnait selon un schéma classique : les besoins étaient exprimés, les outils développés, puis livrés. Aujourd’hui, ce cadre montre ses limites. Les meilleures solutions naissent du terrain, au contact des réalités humaines, réglementaires et organisationnelles propres aux communes. The Lab est donc un lieu d’expérimentation continue où l’on aborde aussi bien les nouvelles exigences budgétaires que la montée en puissance de la signature électronique, les enjeux de cybersécurité ou les transformations induites par la digitalisation. L’ambition est de créer une communauté capable d’avancer collectivement dans un environnement qui évolue vite.

Dans un secteur où certains outils fonctionnent depuis des années, la question du « pourquoi changer » revient régulièrement. La réponse tient à l’accélération du monde numérique et aux attentes croissantes des citoyens. Ces derniers mois, l’intelligence artificielle a d’ailleurs ouvert de nouvelles perspectives. Grâce à des méthodes de prototypage rapide, certaines applications peuvent être testées en quelques jours seulement, ce qui transforme la nature du dialogue avec les communes. On ne discute plus d’hypothèses, mais d’outils concrets. En parallèle, l’offre de formation évolue vers une logique de parcours structuré afin de renforcer durablement les compétences digitales des agents. Au final, les bénéfices sont tangibles : des solutions mieux alignées avec la réalité du terrain, un gain de temps pour les équipes et un service public plus fluide pour les citoyens.

L’objectif est clair : associer directement les communes et les partenaires à la conception des outils et des services qui façonneront l’administration locale de demain.

Quelle est l’ambition de votre rendez-vous annuel SIGI Xperience et qu’attendez-vous concrètement de la journée du 17 juin ?

SM : Plus qu’un événement, c’est un moment de convergence : réunir le SIGI, les communes, les partenaires institutionnels et les acteurs privés autour d’une même table pour partager un cap et travailler sur des solutions concrètes, ancrées dans les réalités quotidiennes du terrain.

Cette rencontre s’inscrit dans notre stratégie actuelle, qui privilégie des collaborations plus étroites et plus structurées, afin d’accélérer l’innovation sans perdre en cohérence ni en responsabilité. SIGI Xperience n’est donc pas une vitrine où l’on expose des projets aboutis ; c’est un espace de dialogue où les avancées sont discutées, les priorités débattues et les besoins exprimés sans filtre. L’objectif est clair : associer directement les communes et les partenaires à la conception des outils et des services qui façonneront l’administration locale de demain.

L’événement vise également à apporter de la clarté dans un environnement en constante évolution. Rendre visibles les choix structurants, expliquer les échéances, préciser les trajectoires engagées : cette transparence permet à chacun de comprendre le sens des orientations prises, de les questionner et d’y contribuer activement. Notre ambition est d’ouvrir la réflexion vers l’avenir, d’identifier les nouveaux besoins et de construire collectivement un numérique communal plus pertinent et plus utile pour les citoyens luxembourgeois.

JN : La journée du 17 juin a été conçue comme un moment à la fois structurant et très concret. Les échanges s’articuleront autour de trois grands axes. D’abord, la stratégie et le cap du SIGI : où nous voulons aller, pourquoi, et comment cette trajectoire répond à l’évolution des attentes des communes et des citoyens. L’objectif est d’apporter une vision claire et partagée, en montrant comment elle se décline dans des décisions opérationnelles. Ensuite, nous présenterons le programme SIGI Connect et sa feuille de route de transformation, avec ses priorités, ses jalons et ses implications très concrètes sur la manière de concevoir, développer et déployer nos solutions. Il est important que chacun comprenne le rythme, les dépendances et les étapes clés, sans jargon inutile. Enfin, une large place sera consacrée aux produits et services : l’évolution des portails clients, les premières briques du portail citoyen et l’approche par parcours usager, ce qui est déjà disponible, ce qui arrive et ce qui est en préparation. Nous aborderons également les sujets transverses qui conditionnent la réussite de ces projets, comme l’interopérabilité, les échanges d’information via API, la sécurité ou encore l’accompagnement et l’adoption sur le terrain. L’idée est de parler à la fois du présent et du futur : ce que nous livrons aujourd’hui et ce que nous devons imaginer ensemble pour demain.

Le public visé est volontairement large ; nous nous adressons en priorité aux décideurs politiques locaux ; bourgmestres, échevins, membres des collèges échevinaux, qui portent la vision et arbitrent les priorités. Les équipes communales, qu’elles soient administratives, métiers ou IT, sont également au cœur de l’événement, car leurs retours sont essentiels pour garantir des solutions réellement utiles et adoptées. Nous invitons aussi les partenaires publics, afin d’assurer la cohérence avec les démarches nationales et d’accélérer l’interopérabilité, ainsi que les partenaires privés et l’écosystème de l’innovation, dans une logique de collaboration exigeante en matière de qualité, de sécurité et de sens. L’ambition est de rassembler ces acteurs dans un même espace pour renforcer les liens, partager une vision commune et créer une dynamique collective au service de services digitaux plus pertinents et plus fluides pour les citoyens luxembourgeois.

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