Soins à domicile & politique du 3e âge au Luxembourg
Face au vieillissement progressif de la population, le Luxembourg se trouve à un tournant stratégique. Près de 15 % des résidents ont aujourd’hui plus de 65 ans, et cette proportion continuera d’augmenter dans les années à venir. Le ministère a pour mission d’accompagner les citoyens de la préparation à la retraite jusqu’à la fin de vie, avec humanité, cohérence et responsabilité.
Dans ce contexte, la question du maintien à domicile, de la qualité des soins et du rôle des communes devient centrale. Comment anticiper cette évolution démographique ? Comment préserver autonomie, dignité et inclusion sociale ? Lëtzebuerger Gemengen a rencontré le ministre de la Famille pour évoquer sa vision, ses priorités et les réformes engagées.
Max Hahn
Avant d’assumer ses fonctions au sein du ministère de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil, Max Hahn a acquis une longue expérience en politique communale. Cette implication au niveau local lui permet aujourd’hui de mieux comprendre les réalités du terrain, les attentes des citoyens et les défis auxquels les communes sont confrontées, notamment en matière de politique du troisième âge et de maintien à domicile.
Le vieillissement démographique est un défi structurel. Comment votre ministère anticipe-t-il cette évolution ?
Max Hahn : Le vieillissement est une réalité durable. Aujourd’hui, près de 15 % de la population luxembourgeoise a plus de 65 ans, soit environ 100 000 personnes, et cette proportion va continuer à croître.
Notre rôle est d’anticiper cette évolution et de continuer à adapter l’offre des structures existantes. Cela passe par le renforcement des soins à domicile, le développement de logements adaptés et une coordination étroite avec les communes. L’objectif est clair : garantir autonomie, dignité et inclusion sociale.
L’isolement social des seniors est une préoccupation croissante. Comment l’éviter ?
M.H : L’isolement est un risque majeur qu’il faut éviter à tout prix. Vieillir ne signifie pas se retirer de la société. Nous encourageons les initiatives communales, les foyers de jour, les activités intergénérationnelles et les espaces de rencontre, d’apprentissage, d’échange et de conseil, comme les Clubs Aktiv Plus.
La plateforme www.infosenior.lu ainsi que le service d’information et de médiation SIMPA (dont le « Seniorentelefon » fait désormais partie) facilitent concrètement cette dynamique en rendant visibles les activités proposées aux seniors et en encourageant leur participation active. Ils constituent un point d’entrée essentiel pour orienter seniors et leurs proches vers un dispositif d’accompagnement adapté à chaque situation
En matière de sécurité, le téléalarme est un dispositif qui permet aux personnes âgées de rester à domicile en toute sérénité, en garantissant une assistance rapide en cas d’urgence.
Maintenir le lien social est aussi important que les soins médicaux. Une politique du troisième âge réussie est une politique qui lutte activement contre la solitude.
Pourquoi le maintien à domicile est-il devenu une priorité ?
M.H : Parce que la grande majorité des personnes âgées souhaitent rester dans leur environnement familier. Le maintien à domicile préserve les repères, le voisinage, le tissu social et la qualité de vie.
Logement adapté, réseaux à domicile sont essentiels pour garantir autonomie et sécurité pour les seniors. Le maintien à domicile n’est pas seulement un choix politique, c’est un choix humain. C’est également une approche responsable sur le plan sociétal et économique.
Si l’image des structures d’hébergements pour personnes âgées a changé, leur mission reste essentielle : assurer un accompagnement attentif personnalisé et respectueux à chaque étape de la vie.
Le troisième âge peut-il aussi être une force pour la société ?
M.H : Absolument. Le troisième âge n’est pas seulement une catégorie à accompagner, c’est une richesse pour le pays.
Le service Super Senior, par exemple, met à l’honneur des seniors actifs et engagés, qui souhaitant dédier leur temps pour aider les enfants scolarisés dans les écoles fondamentales à réaliser leurs devoirs à domicile.
Un 2e exemple : IRIS est un dispositif qui vise à accompagner les personnes âgées se sentant isolées. Des bénévoles de tout âge offrent leur présence régulière pour passer des moments enrichissants et de retisser des liens sociaux avec les personnes touchées par l’isolement social, que ce soit lors d’une balade, d’un café ou simplement pour partager des souvenirs.
De nombreux seniors s’engagent dans le bénévolat, transmettent leurs compétences et mettent leur expérience au service des plus fragiles. Cette implication renforce la cohésion sociale et mérite d’être pleinement reconnue.
Quel rôle jouent les communes dans cette stratégie ?
M.H : Les communes sont des partenaires essentiels. Elles sont au plus proche des citoyens.
La politique du troisième âge se construit sur le terrain communal : informations, foyers de jour, repas sur roues, services de proximité, activités sociales. J’encourage également une approche participative, qui consiste à impliquer activement les seniors dans les décisions locales.
Une commune qui associe ses aînés construit une société plus équilibrée et plus inclusive.
Comment garantir la qualité des soins à domicile ?
M.H : Le Luxembourg dispose d’un cadre solide grâce à la loi sur la qualité des services pour personnes âgées, qui prévoit non seulement des critères précis et standards élevés, mais aussi des contrôles de qualité.
La dignité et la qualité de vie de la personne est au centre de nos préoccupations.
Les aidants informels sont souvent sous pression. Que prévoit votre ministère ?
M.H : Les proches jouent un rôle déterminant. À travers nos partenaires conventionnés, comme le « Gero – Kompetenzzenter fir den Alter » ou le « Info Zenter Demenz », pour ne citer seulement ceux-ci, ils peuvent trouver information, conseil et soutien, adapté à leurs besoins.
Accompagner l’entourage des personnes concernées, c’est renforcer la stabilité du maintien à domicile et reconnaître leur engagement essentiel.
Quelles réformes avez-vous engagées pendant votre mandat ?
M.H : Notre objectif est d’adapter le système aux réalités démographiques de demain tout en conservant une approche profondément humaine.
Tel que mentionné, nous travaillons sur plusieurs axes :
– Garantir une très bonne qualité des services pour personnes âgées ;
– Renforcer l’accès à l’information et la transparence des services pour personnes âgées à travers le registre public www.infosenior.lu et le SIMPA ;
– Offrir un soutien et conseil adapté aux proches ;
– Continuer à investir dans les infrastructures nécessaires pour une prise en charge optimale.
De plus nous travaillons actuellement sur la mise en place d’un projet « out of hospital ». Ce projet vise à prendre en charge les patients âgés à la fin de leur séjour hospitalier, en attendant qu’ils puissent retourner chez eux ou intégrer un établissement d’hébergement pour personnes âgées.
Finalement, il me tient à cœur que toute personne âgée puisse mener une vie digne et accéder aux services et aux soins dont elle a besoin.
C’est pourquoi au 1er janvier 2026 deux nouveaux dispositifs d’aide du FNS sont entrés en vigueur : le Complément pour personnes âgées (Compa), qui vise à garantir un lit dans une structure d’hébergement pour les personnes âgées à revenu modeste, ainsi qu’une nouvelle Aide financière pour personnes âgées (Afpa), pouvant aller jusqu’à 2.400€ pour une personne.
Quelle est votre vision à long terme ?
M.H : Nous devons anticiper dès aujourd’hui les besoins de demain. Cela signifie davantage de logements adaptés, développements de résidences mixtes favorisant la cohabitation entre jeunes et seniors, ainsi qu’un renforcement des services de soins à domicile.
Notre ambition est claire : rendre la vie aussi agréable que possible à chaque étape de la vie. Cela se passe par des solutions diversifiées – maintien à domicile, habitats intergénérationnels, structures d’hébergements spécialisées et centres d’accompagnement.
Vieillir ne doit jamais rimer avec isolement ou renoncement. Il s’agit au contraire de garantir qualité de vie, dignité et lien social à tous les niveaux.
L’homme reste au centre : accompagner, protéger et valoriser chaque personne tout au long de sa vie est une priorité absolue.