Le biogaz : pilier de la souveraineté

Le biogaz est parfois réduit à sa seule dimension énergétique, alors qu’il joue un rôle clé. dans la transition écologique, la souveraineté énergétique et la durabilité agricole. En valorisant les déchets organiques, il limite les émissions de gaz à effet de serre, produit une énergie locale et stockable et génère un fertilisant naturel bénéfique pour les sols. Sa disparition entraînerait des impacts environnementaux, économiques et sanitaires majeurs, tout en fragilisant l’autonomie alimentaire et énergétique des territoires. Éléments de réponse avec Dr. Khadidja Chaib Draa, conseillère référente à l’asbl Biogasvereenegung.

Et si le biogaz disparaissait ?

Imaginez un monde où chaque reste de repas, chaque effluent d’élevage, chaque biodéchet organique s’accumule dans les centres d’enfouissement ou est traité par des technologies fortement émettrices de gaz à effet de serre. Un monde où une technologie naturelle, éprouvée, discrète et profondément circulaire disparaît sans que l’on prenne réellement la mesure de ce qu’elle nous apportait.
« Le biogaz est souvent perçu comme une simple source d’énergie renouvelable parmi d’autres. En réalité, il est bien
davantage : un pilier de la transition écologique, un outil de résilience alimentaire et énergétique et un maillon important de l’économie circulaire », déclare Dr. Khadidja Chaib Draa, conseillère référente à l’association Biogasvereenegung. Sa disparition ne serait pas neutre puisqu’elle constituerait un recul écologique, économique et stratégique majeur.

Une barrière contre les gaz à effet de serre. La décomposition naturelle des déchets organiques, des effluents d’élevage et des boues issues des activités humaines libère dans l’atmosphère des gaz à fort impact climatique, tels que le méthane et le protoxyde d’azote, dont le pouvoir réchauffant dépasse largement celui du CO2.

La digestion anaérobie permet de capter ces émissions à la source. Elle transforme un processus naturel difficile de contrôle en un système maîtrisé, où « les gaz produits sont récupérés, valorisés énergétiquement et substituent directement des combustibles fossiles. Sans biogaz, ces émissions repartiraient massivement dans l’atmosphère via les décharges, le compostage non contrôlé ou l’épandage d’effluents bruts », explique Dr. Khadidja Chaib Draa. À l’échelle mondiale, la production alimentaire est responsable d’environ 26% des émissions de gaz à effet de serre. Le biogaz représente à lui seul un levier capable de réduire près de 10% de ces émissions, en agissant à la fois sur la gestion des déchets, la production d’énergie et la fertilisation des sols. Abandonner ce levier serait se priver d’un outil climatique déjà disponible, éprouvé et immédiatement mobilisable.

Une énergie renouvelable locale et stockable

Le biogaz est parfois réduit à sa seule dimension énergétique. Il se distingue pourtant par une caractéristique stratégique rare parmi les énergies renouvelables : il est pilotable et stockable. Appuyé sur les réseaux gaziers existants, il peut être injecté, stocké et mobilisé en fonction des besoins, sous forme de chaleur, d’électricité ou de biométhane. Disons que le réseau de gaz naturel constitue une infrastructure déjà
déployée à grande échelle sur le territoire européen. Alors que se pose la question de l’avenir de ces réseaux dans un contexte de sortie progressive des énergies fossiles,
le biométhane apporte une réponse concrète en réutilisant les réseaux existants pour transporter une énergie renouvelable locale.

« En 2023, la production européenne de biogaz a par exemple atteint environ 22 milliards de m3 de méthane, soit l’équivalent énergétique de plus de 10 centrales nucléaires de taille moyenne. Le potentiel est encore bien supérieur. La digestion optimale de l’ensemble des effluents animaux européens permettrait d’atteindre l’équivalent de la production d’une vingtaine de centrales nucléaires », projette Dr. Khadidja Chaib Draa.

C’est d’autant plus pertinent dans un contexte de tensions géopolitiques et de dépendance énergétique. Le biogaz renforce en effet la souveraineté énergétique des pays européens et notamment du Luxembourg. La disparition de cette énergie et de son utilisation accroîtrait inévitablement la dépendance aux importations de gaz fossile, au détriment de la sécurité énergétique européenne.

Recycler les nutriments pour une agriculture plus saine

Au-delà de l’énergie, le biogaz est un outil environnemental et durable. « Le digestat, résidu de la digestion anaérobie, est un fertilisant organique riche en azote, phosphore, potassium et micro-éléments essentiels. Il est plus sûr sur le plan sanitaire que les fumiers ou lisiers bruts et mieux assimilable par les cultures », rappelle M. Pol Wagner, président de la Biogasvereenegung a.s.b.l.

En restituant à la terre les nutriments issus des déchets agroalimentaires, le digestat permet de fermer le cycle des éléments nutritifs, ce qui présente un avantage conséquent pour la planète et pour le portefeuille des agriculteurs.
« En se substituant partiellement aux engrais minéraux, le digestat réduit l’empreinte carbone de l’agriculture et renforce la sécurité alimentaire », poursuit-il. Toute rupture d’approvisionnement en gaz naturel se traduirait par une flambée des prix des engrais, puis des denrées alimentaires. Le biogaz et son digestat constituent donc une assurance pour une agriculture durable, résiliente et souveraine.

L’épandage de digestat favorise la formation d’humus stable, ce qui améliore la structure des sols, leur capacité de rétention en eau et en carbone

Protéger l’eau, les sols et la santé

La digestion anaérobie des effluents animaux permet de réduire fortement les odeurs lors de l’épandage et de limiter le risque de lixiviation des nitrates, l’un des principaux polluants des nappes phréatiques. En convertissant les composés organiques instables en énergie, elle diminue la charge polluante des fertilisants et améliore leur efficacité agronomique. Elle joue également un rôle hygiénisant en réduisant significativement les agents pathogènes (comme les salmonelles ou E. coli) ainsi que les graines de plantes adventices. Sans ce traitement, ces éléments se retrouvent dans les sols, les eaux et parfois la chaîne alimentaire, avec des risques sanitaires non négligeables.

« Par ailleurs, l’épandage de digestat améliore la structure des sols, favorise la formation d’humus stable, augmente la capacité de rétention en eau et limite les pertes d’azote. En soutenant l’utilisation de cultures intermédiaires, il contribue à la protection des nappes phréatiques et à la résilience des systèmes agricoles face aux sécheresses », explique-il.

Le biogaz est ainsi bien plus qu’une technologie : c’est une philosophie, où les déchets deviennent des ressources
et où les agriculteurs deviennent acteurs de la transition énergétique

L’asbl Biogasvereenegung pour promouvoir le biogaz à l’échelle nationale

Le biogaz constitue également un levier de développement local, étroitement ancré dans les réalités du territoire.Sa production est directement proportionnelle à la quantité de déchets organiques disponibles sur un territoire donné. Au Grand-Duché, le recours à cette énergie semble être une idée astucieuse pour répondre à tous les défis énergétiques et environnementaux qu’il s’est fixé. Ce modèle permet une synchronisation vertueuse entre production de déchets, valorisation énergétique et retour des fertilisants au sol selon le principe d’économie circulaire.

Le biogaz est ainsi bien plus qu’une technologie : c’est une philosophie, où les déchets deviennent des ressources et où les agriculteurs deviennent acteurs de la transition énergétique. « Nous souhaitons créer un environnement favorable au développement de cette énergie renouvelable au Luxembourg »,
déclare M. Pol Wagner. L’asbl Biogasvereenegung a notamment pour objectif de promouvoir le biogaz et d’œuvrer également en faveur du développement d’infrastructures adaptées et d’une meilleure reconnaissance du biogaz en tant que ressource énergétique majeure. Le biogaz constitue un outil de résilience à la croisée des enjeux climatiques, agricoles, énergétiques et territoriaux. À l’heure où sa rentabilité est parfois questionnée et où son cadre administratif se complexifie, il est crucial de comptabiliser ses co-bénéfices : protection du climat, des sols, de l’eau, renforcement de l’économie rurale et de la sécurité alimentaire. Il s’inscrit au cœur d’une vision durable où les déchets deviennent ressources et où l’agriculture devient moteur de la transition énergétique. « En conclusion, c’est en renforçant, en favorisant, en perfectionnant et en intégrant mieux le biogaz dans nos politiques agricoles, énergétiques et environnementales que nous construirons un avenir plus durable », conclut-il.

Nous maintenons un contact régulier avec les ministères et les différentes administrations pour identifier les pistes d’amélioration, contribuer à l’allégement des procédures et favoriser le développement du biogaz sur le territoire Grand-Ducal.

Lire sur le même sujet: