Impliquer les citoyens dans la transformation urbaine : l’exemple de l’Assemblée citoyenne d’Esch-sur-Alzette

Dans une démarche soucieuse de l’opinion de ses citoyens, la commune d’Esch-sur-Alzette initie en 2026 un projet novateur d’Assemblée citoyenne, qui réunira un échantillon de personnes illustrant la diversité de la population eschoise. L’objectif : renforcer la démocratie locale en associant directement les citoyennes et citoyens aux réflexions stratégiques de la commune. Entretien avec son bourgmestre, Christian Weis.

Vous allez solliciter près de 10.000 personnes pour les inviter à participer à la vie politique communale. Quelles seront les principales interrogations et quelle sera la procédure ?

Avant toute chose, il convient de préciser que les termes de participation ou de rencontres citoyennes sont souvent employés de manière simpliste. Une simple réunion avec des citoyens n’est pas nécessairement une participation citoyenne, nous souhaitons installer une véritable assemblée et faire en sorte que celle-ci soit représentative de notre population. Notre objectif est de répondre à une question centrale : comment la ville d’Esch-sur-Alzette peut-elle repenser ses espaces publics et ses lieux de vie pour renforcer le vivre ensemble entre les habitants d’aujourd’hui et de demain ? La notion d’espace public englobe concrètement l’aménagement du territoire et de ses espaces, le développement à moyen et à long terme de la ville et des nouveaux quartiers, la cohésion sociale, les enjeux environnementaux et les changements démographiques.

Le but n’est pas de lancer un appel et de laisser ceux qui veulent participer à cette initiative le faire. 10.000 personnes y seront invitées, dès lors que ces personnes auront donné leur accord pour faire partie de l’Assemblée citoyenne en février, nous allons effectuer un tirage au sort pour en sélectionner une quarantaine. À l’aide d’un algorithme, nous allons obtenir une répartition dans cette assemblée : le choix de ces personnes répond principalement à quatre grands critères, incluant la répartition dans la ville, l’âge, la situation socioéconomique et l’emploi. Une fois tirées au sort, ces personnes seront invitées à participer à la première réunion, qui aura lieu mi-mars, puis nous lancerons un processus de plusieurs semaines, où cette assemblée citoyenne agira en plusieurs étapes pour répondre à la grande question citée précédemment. Notre ville devrait compter 50.000 habitants dans une quinzaine d’années, avec de nouveaux quartiers en création. L’objectif, à terme, est d’essayer de nouer des liens entre les différents quartiers et d’effectuer au mieux cette transition vers une municipalité qui comportera près de 10.000 résidents de plus.

Ce projet a été élaboré en partenariat avec l’association internationale Democracy Next. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Effectivement. Il s’agit d’une association internationale spécialisée dans les assemblées citoyennes et les innovations démocratiques. Celle-ci a, par exemple, participé à la mise en place de l’Assemblée citoyenne nationale en Irlande, ainsi qu’à celle dédiée au climat à Bruxelles et a également été récompensée par la Fondation Barack Obama. L’objectif principal de Democracy Next est de promouvoir des assemblées citoyennes, avec la spécificité d’intervenir à l’échelle internationale, en accompagnant des projets dans le monde entier. Cette collaboration a débuté il y a près d’un an et demi et a permis de concevoir un processus méthodologiquement rigoureux, respectant les standards internationaux et adapté au contexte local, ainsi qu’aux réalités eschoises. Il fallait trouver la stratégie qui correspondait à Esch-sur-Alzette, alors nous avons candidaté pour travailler avec cette association et attirer son attention. Democracy Next nous accompagne notamment dans la réflexion du tirage au sort, le cadre délibératif et les garanties d’indépendance du processus. C’est une chance de pouvoir travailler cette association, mais également d’avoir l’université à nos côtés, qui nous soutient dans l’évaluation de l’Assemblée citoyenne.

Notre souhait est de donner la parole à ceux qui, quelles que soient les raisons, ne s’impliquent pas dans le débat public

Pourquoi avoir choisi d’intégrer une démarche participative à la politique d’Esch-sur-Alzette ?

Notre souhait est de donner la parole dans un cadre institutionnalisé à des personnes qui ne feraient habituellement pas partie d’une discussion politique. Nous espérons pouvoir montrer qu’il ne faut pas nécessairement avoir des compétences universitaires ou avoir suivi un parcours politique pour devenir acteur de la vie locale. J’estime que tout le monde est en mesure de participer à la vie publique sans nécessairement être membre de partis ou candidater à des élections. L’objectif est également d’expérimenter ce dispositif afin d’illustrer concrètement auprès des habitants le fonctionnement du processus décisionnel et les différentes contraintes auxquelles il se heurte, qu’elles soient budgétaires, juridiques ou pratiques. Nous souhaitons, par ailleurs, sensibiliser chacun aux réalités du vivre ensemble en soulignant que la diversité des points de vue implique parfois des intérêts divergents et que l’intérêt de l’un n’est pas nécessairement celui de l’autre.

Dès le début, il nous a semblé essentiel d’associer, non seulement la majorité du conseil communal, mais également l’opposition. Le sujet et le projet ont ainsi été présentés à l’ensemble du conseil. Le secrétaire général, en tant que plus haut fonctionnaire, ainsi que le chef des communications sont pleinement impliqués dans cette démarche. L’ensemble des parties prenantes attend désormais avec impatience le lancement du projet. En milieu d’année, l’assemblée soumettra des revendications bien précises au Conseil Communal, traitant de sujets en lien avec le quotidien d’une ville, comme la cohésion sociale, l’accès au logement ou encore les espaces verts. D’autres communes ont déjà organisé des réunions citoyennes ou lancé des projets participatifs sur des sujets précis, mais l’idée d’Assemblée pensée sous cette forme constitue une démarche plutôt inédite. Si cela s’avère concluant, nous envisageons de poursuivre dans cette lancée sur plusieurs années.

La réussite de la ville d’Esch-sur-Alzette repose depuis toujours sur la capacité de personnes issues de divers horizons à dialoguer, à rechercher des consensus ou à élaborer des idées communes

Comment garantir que l’avis des citoyens soit réellement pris en considération et qu’il soit représentatif de la population ?

Le point fort de cette Assemblée citoyenne est que nous allons rechercher activement les participants afin d’obtenir un échantillon représentatif des citoyens. Nous ne voulons pas retrouver uniquement les mêmes personnes les plus impliquées dans la vie publique, qui font à nouveau entendre leur voix, alors qu’elles sont déjà actives en associations ou dans des partis politiques, par exemple. Nous voulons aussi laisser s’exprimer ceux qui, quelles que soient les raisons, ne s’impliquent pas dans le débat public. Il s’agit de notre plus grand défi. Le plus jeune des participants aura 16 ans, ce qui témoigne d’un premier effort de diversité.

Lorsque j’observe notre conseil communal, je constate une bonne mixité et une bonne représentativité, mais bien sûr, il ne reflète pas à 100% l’image de nos citoyens. Sans vouloir remettre en question le processus démocratique qui est celui des élections, je pense qu’une autre forme d’assemblée pourrait permettre d’avoir davantage de reflet des habitants. La réussite de la ville d’Esch-sur-Alzette repose depuis toujours sur la capacité de personnes issues de divers horizons à dialoguer, à rechercher des consensus ou à élaborer des idées communes. Il est compréhensible pour les passants d’imaginer les élus à l’intérieur de l’hôtel de ville débattre des affaires municipales à leurs niveaux. Pourtant, l’urbanisme, la mobilité, les crèches, les maisons-relais ou encore les écoles font partie intégrante du quotidien de chacun. Tous les citoyens possèdent les compétences nécessaires pour exprimer leur avis et partager leur opinion. Des experts seront présents tout au long du processus, non pas pour guider les participants, mais pour accompagner, soutenir et répondre aux éventuelles questions, sans imposer de solutions toutes faites.

Dans quelle mesure cette initiative permettra-t-elle de dresser une vision future de la commune d’Esch-sur-Alzette ?

Ce qui compte avant tout pour les Eschoises et Eschois est leur cadre de vie au quotidien : les lieux qu’ils fréquentent, les commerces, les institutions qui rythment leur journée. Il est essentiel de ne jamais perdre de vue cette échelle humaine. La qualité de vie dans chaque quartier, assurée par des services communaux accessibles et performants, doit permettre à chacun de se sentir véritablement chez soi. Nous pensons qu’il s’agit du pilier du vivre ensemble et d’une cohésion sociale qui fonctionne. Il faut également prendre conscience que l’augmentation de la population représente une opportunité formidable, notamment pour le développement des nouveaux quartiers. Nous n’avons pas l’intention de reproduire le modèle de la capitale, Luxembourg-Ville, mais souhaitons plutôt inventer notre propre approche. J’ai la chance d’être bourgmestre aux côtés d’une équipe prête à développer la commune et à y intégrer des projets novateurs, soucieux de ses résidents et de l’environnement.

L’urbanisme, la mobilité, les crèches, les maisons-relais ou encore les écoles font partie intégrante du quotidien de chacun. Tous les citoyens possèdent les compétences nécessaires pour exprimer leur avis et partager leur opinion

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