Digitalisation : le Luxembourg accélère
Intelligence artificielle, technologies quantiques, valorisation des données, portefeuille d’identité numérique européen… Le Luxembourg déploie une stratégie ambitieuse pour renforcer son autonomie numérique à l’horizon 2030. Gouvernance centralisée, simplification des démarches administratives et inclusion numérique figurent parmi les piliers de cette transformation. Stéphanie Obertin, ministre de la Digitalisation et ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, revient sur les objectifs majeurs pour bâtir une société plus innovante, plus efficace et plus inclusive.
Quels sont les principaux axes de la stratégie « Accélérer la souveraineté numérique 2030 » et comment le Luxembourg prévoit-il de renforcer son autonomie numérique à cette échéance ?
Le gouvernement luxembourgeois a pour objectif de valoriser les données et d’intégrer les nouvelles technologies comme l’IA et les technologies quantiques. Il s’agit de dynamiser l’économie, améliorer la qualité de vie des citoyens et renforcer la souveraineté numérique européenne. La vision commune, exposée dans ces trois stratégies, garantira une action cohérente et efficiente. L’innovation technologique doit être encouragée de manière responsable et transparente et l’intégration de l’IA dans le secteur public améliorera non seulement la performance et l’accessibilité des services publics, mais aussi la qualité de vie des citoyens. La stratégie en matière de données est quant à elle une base fondamentale pour positionner le Luxembourg en tant que centre d’excellence des données. Une des forces de cette stratégie est la gouvernance centralisée qu’elle propose. Cette approche est singulière et simplifie la coordination entre les entités pour ce qui est de l’accès et la réutilisation des données. Par cette gouvernance, le Luxembourg vise à garantir la valorisation des données, tout en assurant la protection des données, la vie privée et en préservant ainsi la confiance des citoyens.
Comment évaluez-vous votre bilan après un an et demi passé à la tête du ministère ?
Ces 18 mois furent passionnants ! Le Luxembourg vient d’être classé à la 2e place du eGov benchmark de la Commission. Ce résultat est historique. Les efforts consentis pour le développement de Guichet.lu et de MyGuichet.lu ont à nouveau porté leurs fruits. Nous avons aussi lancé les préparatifs pour le déploiement de la présence physique de MyGuichet.lu dans différentes régions du pays. J’espère pouvoir concrétiser ce projet dans les mois à venir.
Du côté législatif, la loi sur la signature électronique sur les actes administratifs est entrée en vigueur et j’ai déposé le projet de loi relatif à la valorisation des données dans un environnement de confiance. En rendant le principe du Once Only obligatoire entre les administrations étatiques centrales ainsi qu’auprès des communes, les barrières administratives vont être abolies pour le plus grand plaisir des citoyens !
Bien d’autres projets ont abouti : l’application Luxchat4Gov pour les communes, la signature d’un partenariat entre le gouvernement et Clarence SA pour l’exploitation d’une solution de cloud souverain déconnecté ou bien très récemment la signature du partenariat stratégique avec Mistral AI pour l’innovation technologique et le développement de l’IA au Luxembourg…
Quels sont les défis actuels en matière d’inclusion numérique au Luxembourg et quelles initiatives ont été mises en place pour y répondre ?
Nous devons accompagner de manière proactive les évolutions technologiques afin d’intégrer au mieux tous les citoyens dans la transformation numérique du pays. Cette priorité du gouvernement s’est traduite par le premier Plan d’action national pour l’inclusion numérique en 2021. Au total, 40 initiatives concrètes ont été mises en œuvre dans le cadre de ce plan. Riche des expériences passées, le ministère de la Digitalisation prépare actuellement un deuxième Plan d’action national qui sera présenté d’ici la fin de l’année.
Quels sont les projets en cours pour moderniser les services publics numériques, notamment dans les communes ? Quels sont également vos liens avec le SIGI pour déployer une infrastructure numérique efficace ?
Le CTIE, responsable de la mise en œuvre des plateformes Guichet.lu et MyGuichet.lu qui sont le point d’entrée pour les démarches administratives pour les citoyens et entreprises, continue à investir des grands efforts dans le développement continu de nouvelles fonctionnalités. Dans cet esprit d’idées, le CTIE et le SIGI se trouvent actuellement dans un processus commun pour explorer ensemble les synergies de leurs plateformes respectives afin de simplifier davantage l’accès des citoyens aux démarches administratives étatiques et communales.
Comment le Luxembourg envisage-t-il de valoriser les données publiques et privées dans le cadre de sa stratégie nationale des données ?
Grâce à cette stratégie, le Luxembourg se positionne pour devenir un pôle d’excellence en matière de données. Nous visons à garantir un environnement de données attractif, performant, souverain et sécurisé. Nous souhaitons également donner aux citoyens les moyens de créer de la valeur à partir de leurs propres données et d’intégrer ces informations dans la conception des politiques publiques. Cela permettra d’améliorer les services publics en les rendant plus simples, rapides, efficaces… Cette stratégie met en place une gouvernance des données claire, structurée et transversale, afin de créer une approche simple, standardisée et centralisée. Cela inclut la définition de sources authentiques, de standards interopérables et la promotion de l’innovation et de la compétitivité.
Nous développons également des infrastructures de pointe pour valoriser les données des secteurs public et privé dans un environnement de confiance, et pour assurer une offre adéquate en termes de stockage et de calcul.
Quels sont les défis et projets phares à venir ?
Les défis ne manquent pas ! Parmi les projets phares du ministère de la Digitalisation figure le portefeuille européen d’identité numérique eIDAS 2. Ce portefeuille numérique permettra aux citoyens de s’identifier et de s’authentifier en ligne ou en personne, de stocker et partager des attestations (certificat de résidence, permis de conduire) et de générer gratuitement des signatures électroniques qualifiées, le tout avec la même valeur juridique que les équivalents papiers à travers l’UE. Le wallet sera disponible à partir de la fin décembre 2026.
Un « mandat numérique » est également en préparation sur MyGuichet.lu. Ce mandat permettra à une personne de faire des démarches administratives pour le compte d’un proche. Cette nouveauté devrait arriver sur MyGuichet.lu d’ici la fin de l’année.
Bien évidemment, le sujet des données continuera à occuper toutes nos pensées. Qu’il s’agisse au niveau national avec l’implémentation du « Once only » ou européen (SDGR, DGA), il devient obligatoire d’échanger de plus en plus de données. Pour que cela fonctionne, elles doivent exister sous forme numérique, être trouvables, disponibles, correctement décrites et interopérables. Les travaux pour soutenir les entités étatiques à se préparer à tous ces bouleversements sont en cours au ministère de la Digitalisation.
Enfin, je me permets d’attirer votre attention sur l’appel à projets du ministère Tech-in-GOV. L’appel à projets 2025 se termine fin septembre. Les communes sont bien sûr invitées à soumettre des projets. Si vous désirez en apprendre davantage, n’hésitez pas à contacter le ministère ! En répondant à l’appel à projets Tech-in-GOV, les ministères, administrations et communes intéressés par le développement et l’implémentation de solutions technologiques innovantes dans leur entité, peuvent soumettre leurs projets de type IA, data ou bien touchant à l’interopérabilité. L’organisme du secteur public dont le projet est retenu bénéficiera d’un soutien financier du ministère de la Digitalisation et d’un encadrement assuré par un groupe d’experts multidisciplinaire.
Propos recueillis par P.Birck