Mertzig, pionnière de l’Economie pour le Bien commun

Christian Felber, philosophe, éditeur, économiste, sociologue et auteur d’une douzaine d’ouvrages, s’est rendu au Centre Turelbaach de Mertzig le 4 juin dernier pour présenter son concept d’Economie pour le Bien commun, que la commune intègrera progressivement dans sa politique au quotidien. Cette initiative, menée par le bourgmestre Mike Poiré et son conseil communal, confirme les ambitions et les idées novatrices des élus locaux. #Mertzig4all.

 

Le programme européen LEADER (Liaison Entre Action de Développement de l’Economie Rurale) a validé le projet #Mertzig4All qui intègre le concept d’Economie pour le Bien commun dans la commune de Mertzig. «Notre objectif est de devenir une commune pionnière en la matière au Grand-Duché. Nous croyons en l’alliance du bien-être et de l’économie, ce ne sont pas deux concepts antinomiques, il faut seulement y ajouter des valeurs éthiques et morales en revoyant les priorités. Celles-ci seront centrées sur l’humain, le bien-être de la communauté ou encore le respect de l’environnement», a indiqué Mike Poiré, bourgmestre, en guise de mot d’ouverture. Il a également souligné l’importance du rôle des citoyens qui ont participé au lancement de ce projet en soumettant de nombreuses idées et pistes de réflexions.

Qu’est-ce que l’Economie pour le Bien commun? Christian Felber, l’orateur, a imaginé le concept en 2010: «Le but principal de l’économie doit être de servir le bien commun. Toutes nos actions sont guidées par des valeurs. Celles qui sont véhiculées par le système actuel promeuvent l’efficacité, la profitabilité, la rentabilité… Or seulement 8% de la population mondiale profite des richesses et des ressources de notre planète. Un tel système malmène la cohésion sociale et provoque l’isolation, le mal-être chez l’individu ainsi qu’une croissance des angoisses, du stress et des inégalités. Le concept d’Economie pour le Bien commun inverse justement cette tendance puisqu’il se concentre sur la répartition équitable, la stabilité, la justice sociale, la solidarité, le partage, la coopération, la durabilité, l’écologie, la protection du climat, la dignité des êtres ou encore la démocratie et la transparence. Bref, toutes les valeurs qui favorisent le relationnel et l’humain au détriment de l’appât du gain, de la concurrence entre les individus ou les entreprises», a résumé l’écrivain.

Utiliser les valeurs positives du capitalisme et du socialisme

Sur l’échelle idéologique, l’Economie pour le Bien commun se situe à mi-chemin entre le capitalisme de Milton Friedman et le socialisme de Karl Marx. «Les deux idéologies ne sont pas incompatibles si nous respectons leurs valeurs positives. Dans son étymologie, l’économie signifie gestion de la maison. Aujourd’hui, sa définition est toute autre puisqu’elle relève davantage du profit et de l’art de s’enrichir. Au fil des siècles nous avons oublié que l’argent devait être un moyen d’échange pour se procurer des biens – matériels ou immatériels – et ne devait pas être un objectif en soi, comme l’expliquait Aristote. C’est là que se trouve la différence entre le capitalisme et l’économie, il existe bien d’autres alternatives beaucoup plus humaines. Le bilan financier n’est plus une finalité, mais bien le moyen d’un autre but final: celui du bien commun», résume Christian Felber.

L’Autrichien estime ainsi que les mesures de richesse d’un pays, comme le PIB, sont des erreurs méthodiques. «Et si nous la mesurions en fonction des objectifs réalisés ou des moyens mis en place plutôt que de juger le succès suivant des indicateurs purement économiques et basés sur le profit?», questionne-t-il. Selon lui, l’analyse doit être revue de façon plus holistique. «Les impacts écologiques, sociaux et démocratiques doivent être pris en compte avant l’aspect monétaire. Prenons par exemple le cas du Bhoutan qui évalue le Bonheur National Brut à travers une trentaine de questions posées à ses citoyens».

Pas question, pour autant, de créer un parti politique, car «le bien commun est universel. Il n’est pas relié à une couleur politique particulière. Au contraire, les communes et les gouvernements qui s’engagent et suivent notre concept à travers le monde couvrent un pluralisme politique», précise Christian Felber.

Une application concrète à Mertzig

Le dynamisme de Mertzig se caractérise par une forte croissance démographique, par les nombreuses idées novatrices à l’étude ou en projet, dont fait partie l’Economie pour le Bien commun. «Notre contribution au bien commun sera évaluée puis auditée. Un rapport sera ensuite écrit et publié, il définira les perspectives d’avenir et d’amélioration. A la suite de cet audit, prévu pour l’an prochain, notre commune pourra obtenir une certification», détaille le bourgmestre. En devenant la première commune de l’Economie pour le Bien commun au Grand-Duché, Mertzig pourrait se transformer en élément déclencheur pour tout un pays.

«Il s’agira avant tout de renforcer la cohésion de la communauté et cela passe par des processus participatifs auxquels tous nos citoyens sont et seront conviés», a conclu Mike Poiré, qui a également invité les entreprises à adopter ce concept.

Portrait : Le penseur de l’Economie du Bien commun

Né en Autriche, à Salzbourg, en 1972, Christian Felber, philosophe, éditeur, économiste, sociologue, écrivain mais également danseur contemporain, a notamment étudié les sciences politiques, la sociologie, les langues romanes et la psychologie, à Vienne et à Madrid.

En 2010, il a imaginé le concept de l’Economie pour le Bien commun, sur lequel il a déjà rédigé de nombreux ouvrages dont «L’économie citoyenne» qui a été le premier à être traduit en français. L’écrivain s’oppose notamment au néolibéralisme et a longuement étudié d’autres alternatives et modes démocratiques plus justes et centrés sur l’humain.

Aujourd’hui, Christian Felber donne des conférences à travers le monde au sujet de l’Economie pour le Bien commun. Disruptif, utopiste, mais aussi pragmatique, il essaie d’éveiller les consciences et casse les lignes d’un système et d’un échiquier politique qui lui semblent révolus.

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