Esch 2022, un bassin à réinventer
En novembre dernier, le Conseil européen a désigné Esch-sur-Alzette comme capitale européenne de la culture pour l’année 2022. Un projet aussi original qu’ambitieux, porté à bout de bras par deux figures emblématiques du paysage culturel luxembourgeois et européen que sont Andreas Wagner et Janina Strötgen.
Deux organisateurs d’univers bien différents
Après avoir travaillé au Parlement européen puis en tant que journaliste pour le Tageblatt, Janina Strötgen a voulu voir plus loin en déposant sa candidature pour le projet Esch 2022. C’était l’occasion pour elle de participer de manière directe au processus de création d’un projet d’une telle ampleur.
Habitué des productions européennes notamment lors de festivals partout en Europe en tant que dramaturge, c’est tout naturellement qu’Andreas Wagner a déposé sa candidature. Une manière pour lui de porter un regard sur la valeur ajoutée de ce que représente le fait d’être élue capitale européenne de la culture.
Un projet unique et fédérateur
Au premier abord, il peut sembler étonnant que ce ne soit pas la capitale du Luxembourg qui ait été présentée. Mais pour l’organisateur, et la directrice artistique, ce choix s’explique par la volonté d’une candidature régionale, multiculturelle, visant à fédérer toute une région, autrefois symbole de prospérité. C’est d’ailleurs bien là que repose toute la singularité du projet: il ne se déroulera pas uniquement dans la ville d’Esch-sur-Alzette, mais dans un ensemble de villes dépassant les frontières du territoire luxembourgeois pour s’étendre jusqu’au bassin lorrain.
Des villes qui s’investissent
Bien que la base fédératrice soit mise en lumière par des projets intercommunaux, les onze municipalités luxembourgeoises (Zone PRO-SUD: Pétange, Bascharage, Differdange, Sanem, Mondercange, Esch, Schifflange,Bettembourg, Kayl, Dudelange, Rumelange) et les huit communes françaises (communauté de communes du Pays Haut Val d’Alzette: Rédange, Russange, Thil, Villerupt, Audun-le-tiche, Ottange, Aumetz, Boulange) prenant part à Esch 2022 auront chacune leur singularité en harmonie avec leur histoire.
C’est le cas pour la commune de Pétange, berceau de la Fédération Européenne des Cités Carnavalesques depuis 1937 qui s’alliera à d’autres villes européennes afin de créer un concept de cavalcade multiculturelle et intergénérationnelle. Une impulsion nouvelle tendant à réinventer, revisiter une tradition, une histoire ou un patrimoine historique. A Bettembourg, après dix années de LiteraTour, c’est un «remix» de la littérature qui aura lieu afin de renforcer et d’intensifier les échanges avec l’Europe.
Derrière le CNA de Dudelange, le projet s’articulera autour des grands halls industriels à réinvestir et repenser afin que la culture ait sa place directement au cœur du développement urbain.
En collaboration avec le Centre d’Art 1535° innovateur et transversal de Differdange, des projets concernant l’industrie créative verront le jour et devraient mettre en lumière des lieux et phénomènes particuliers au cœur d’anciens passages souterrains.
Un travail de recherches est également entamé avec l’Université de Belval pour les communes de Kayl et Rumelange pour lesquelles le sujet du «remix» devrait s’axer autour du travail. Des projections numériques dans les quartiers des travailleurs et une alliance avec l’écomusée des mines d’Aumetz sont au programme.
De l’autre côté de la Frontière
C’est aussi un projet d’envergure qui liera villes et villages lorrains dont Thil et Villerupt. Il s’agira de dépoussiérer un pan de l’Histoire en installant des projecteurs lumières et sons au cœur d’anciens camps de concentration souterrains. L’idée sera donc de transformer l’histoire et l’énergie des lieux en une œuvre artistique pour à la fois mettre le doigt sur des lieux oubliés et en changer le regard.
Bien que certaines réalisations soient confiées à des artistes, Esch 2022 reste inclusive: chaque personne peut se sentir libre de participer au projet afin de se réapproprier l’espace commun, d’en faire un lieu, un refuge dans lequel chacun peut créer. Les candidatures restent ouvertes puisque toutes les villes sont encore en pleine ébullition créative.
Et Esch dans tout ça?
Enfin, le projet clé aura lieu à Esch, rebaptisée «Esch-sans-l’Alzette», puisque cette dernière est bien une ville fluviale dont on ne voit pourtant jamais la rivière. Par des projections et des effets de sons, l’eau coulant sous les pavés des rues sera rendue visible. Il sera aussi possible d’assister à des workshops au cours desquels les participants pourront construire leur propre petit bateau à déposer sur la rivière et qu’une application pour smartphone permettra de suivre en temps réel. Beaucoup de travaux digitaux et numériques viendront parsemer la ville et ainsi fédérer toutes les générations, y compris les plus jeunes.
Un but à long terme
Esch 2022 est définitivement tournée vers le futur puisque l’écologie et la réappropriation de lieux sont inscrits dans ses artères. Mais, c’est surtout une volonté de s’inscrire dans la durée qui préoccupe les deux organisateurs. Pour qu’en 2030 il reste encore un symbole de cet événement colossal et que le multiculturalisme de la région ne s’effondre pas, ils aimeraient pouvoir concrétiser une idée qui leur tient à cœur: la création d’un véritable espace public culturel sans distinction sociale ni catégorie. Il s’agirait de construire dans un lieu déjà existant, probablement dans des friches industrielles, une école d’arts appliqués qui serait à la fois un lieu de liberté et de partage car c’est en se cultivant, en créant et en se nourrissant d’autres cultures que l’on peut évoluer dans un monde paisible.
Infos:
www.esch2022.lu
www.prosud.lu
www.ccphva.com
www.cna.public.lu
www.1535.lu
Par Manon Garrido