Manger au moins cinq fruits et légumes par jour, est-ce bon pour la santé?
Le 27 novembre dernier, la décision de la Commission européenne a retenti comme un coup de tonnerre pour les consommateurs européens: le glyphosate sera autorisé pendant encore cinq ans en Europe avec, à terme, possibilité de renouvellement. 18 Etats membres représentant 65,71% de la population européenne ont voté pour le maintien du glyphosate; parmi eux l’Allemagne, mère patrie de l’entreprise pharmaceutique Bayer, a fait pencher la balance en faveur de ce pesticide hautement controversé, privilégiant à la santé de ses consommateurs celle de son économie.
Pourtant, le glyphosate a été classé parmi les substances «cancérogènes probables» par le Centre International de la Recherche sur le Cancer (CIRC) et ce produit se retrouve notamment dans les fruits et légumes et les céréales du petit-déjeuner. Mais les études scientifiques semblant causer du tort aux grands lobbies peinent à se faire entendre par les décisionnaires européens face aux contre-expertises sponsorisées par ces acteurs de poids fleurissant pour justifier les composantes des pesticides et minimiser leur impact sur l’organisme.
Au niveau politique, les dirigeants n’assument que très mal la victoire des lobbies sur leurs idéaux éthiques et justifient la prolongation de l’utilisation du glyphosate par le manque de temps nécessaire à la recherche d’une nouvelle solution pour les agriculteurs. Pourtant, l’échéance concernant cette prise de position à échelle européenne était connue depuis bien longtemps, il semblerait donc que les lobbies aient réussi à mener la danse dans leur jeu de séduction des décisionnaires politiques.
Contrairement aux Etats-Unis où les défenseurs de la santé publique doivent apporter la preuve de la toxicité d’un composant, le principe de précaution est censé être appliqué en Europe et au moindre doute, c’est aux sociétés pharmaceutiques d’apporter la preuve de l’inoffensivité de leurs produits. Le glyphosate échappe pourtant à cette règle puisque malgré les preuves apportées par le CIRC pour prouver son caractère nocif pour la santé, l’Union européenne a tout de même voté la prolongation de son autorisation en se basant sur des études produites par l’Autorité européenne de sécurité des aliments et l’Agence européenne des produits chimiques dont l’indépendance des experts a fortement été remise en question.
Ce débat d’actualité s’inscrit dans une longue lignée de combats opposant la santé publique au lobby de l’agrochimie. A titre de comparaison, l’atrazine, substance en vogue dans les années 60, n’a été retirée du marché européen qu’en 2003 alors que de nombreuses études le classaient cancérogène probable et dénonçaient son caractère nocif pour le développement du fœtus. Aujourd’hui, on en retrouve encore la trace dans l’eau du robinet. Combien de temps nous faudra-t-il encore manger des céréales aux arrière-goûts de glyphosate avant que les politiques ne prennent conscience de son effet sur notre organisme?
Martina Cappuccio