Google et Luxembourg: des noces médiatiques

Le feuilleton qui a tenu tout le pays en haleine pendant plusieurs mois prend finalement une tournure positive, malgré les problématiques liées aux terrains disponibles. Il faut dire que le gouvernement n’avait pas ménagé ses efforts et le Premier ministre avait même rencontré le directeur du groupe Google lors de son voyage aux Etats-Unis le 18 septembre dernier.
 
Le feuilleton a commencé en décembre 2016, lors d’une rencontre à San Francisco entre Etienne Schneider, ministre de l’Economie et le cofondateur de Google, Larry Page. Depuis lors, l’idée d’une «implémentation d’un projet d’investissement majeur au Luxembourg» concernant le géant américain a commencé à faire son chemin dans la presse et sur les réseaux sociaux.
 
Le décor est planté…
Le Grand-Duché a des atouts non négligeables. Il a su attirer auparavant des compagnies d’envergure internationale telles qu’Amazon et Cisco. Situé au cœur de l’Europe, le Luxembourg a initié en 2014 une stratégie en matière de technologies de l’information et des communications (ICT), il a également développé des infrastructures numériques et compte aujourd’hui 19 centres de données, dont sept sont dotés de la norme Tier IV, ce qui signifie concrètement qu’en cas de coupures ou d’incidents sur les installations, la disponibilité des serveurs est garantie à 99,99%. De plus, selon des données d’Eurostat publiées fin 2016, le coût de l’électricité au Luxembourg est inférieur de 4% par rapport à la moyenne européenne.
Si le projet se concrétise, Google inaugurera son sixième centre de données en Europe. Le groupe compte deux unités en Irlande, mais aussi trois centres aux Pays-Bas, en Finlande et en Belgique. L’enjeu était alors de proposer au géant américain un terrain susceptible d’accueillir son centre de données. Une incertitude planait en effet sur la capacité du Luxembourg à accueillir cet investissement évalué à un milliard de dollars, soit un des plus importants jamais réalisé par un acteur étranger sur le sol luxembourgeois.
L’une des difficultés, et non des moindres, était de trouver le terrain adéquat car libérer 30 ha n’était pas une mince affaire. Après l’ultimatum lancé par Google aux autorités luxembourgeoises, un terrain est finalement trouvé dans la commune de Roost au nord du pays. Le casse-tête foncier a trouvé son épilogue notamment grâce à l’intervention de l’office du remembrement qui a incité les derniers propriétaires récalcitrants à accepter l’offre d’achat. Le terrain profite d’une situation stratégique puisqu’il est situé à proximité du centre d’exploitation électrique Creos; une manière d’assurer un bon approvisionnement énergétique pour le géant californien.
 
La bague au doigt ?
En attendant la décision finale de Google, les observateurs se posent la question de l’impact économique d’une installation d’un centre de données sur les terres grand-ducales. Pour Etienne Schneider, à l’initiative du projet, une issue favorable à ce dossier renforcerait l’image de marque du Luxembourg et son attractivité dans le cadre de son initiative  «Digital Lëtzebuerg», en plus de créer de l’emploi. Néanmoins, il n’est pas aisé d’avancer des données chiffrables tant que Google n’a pas donné son aval au lancement du projet. Les plus sceptiques diront que le feuilleton de l’été, même s’il aboutissait, n’est qu’un grand coup médiatique sans réelle retombée économique, qui engloutirait 30 ha des vertes prairies de Roost et mettrait à rude épreuve ses ressources. Mais peut-on résister à l’attractivité d’un si bon parti?
 
 

Lire sur le même sujet: