Les défis des membres OAI

L’Ordre des Architectes et des Ingénieurs-Conseils (OAI) a un agenda chargé, en cette rentrée 2017. Entre programme de formations, simplification administrative et défis liés au logement, Pierre Hurt, son directeur, et l’architecte Max Von Roesgen, membre du Conseil, ne chôment pas.
 
En 27 ans, le nombre d’architectes a triplé au Luxembourg. Dans le même temps, celui d’ingénieurs-conseils quadruplait. Des chiffres qui suffisent à illustrer la croissance spectaculaire du secteur de la construction dans le pays. «Cette augmentation s’est accompagnée d’une prise de conscience d’une qualité de notre cadre de vie. C’est un thème beaucoup plus présent dans la société», analyse Pierre Hurt.
«Cette prise de conscience s’accompagne d’un besoin de formation dans tous les secteurs. La formation devrait notamment se faire pendant les deux années de pratique professionnelle obligatoire d’un jeune architecte. Mais elles ne suffisent pas toujours car de nouvelles normes apparaissent sans cesse. Rien ne vaut la réalité d’un chantier, et dans l’idéal un peu plus, pour bien saisir les difficultés du métier», complète Max Von Roesgen, en charge des formations.
Car les études théoriques oublient souvent de parler du facteur humain, ô combien important dans le domaine de la construction. Cette approche psychologique du bâtiment s’acquiert souvent sur le terrain, avec la pratique des différents corps de métiers. Pierre Hurt reconnaît que «la construction devient de plus en plus un problème de gestion de personnes qui doivent travailler ensemble, sans nécessairement venir du même secteur. C’est pourquoi nos formations sont ouvertes à tous, aux techniciens des communes comme aux responsables administratifs».
Les prérogatives des maîtres d’ouvrage se retrouvent souvent diluées dans un flot de responsabilités partagées qui peuvent nuire à un chantier, d’autant que les spécificités du Luxembourg ne sont pas toujours connues des experts formés à l’étranger. «Aujourd’hui, un projet architectural est si compliqué qu’il s’agit souvent d’un plan accompagné de centaines voire de milliers de pages d’annexes, une vraie bibliothèque. Une formation adaptée permet de s’y préparer», conclut Pierre Hurt.
Une course au progrès bien complexe qui ne va pas sans quelques aléas. Max Von Roesgen tempère: «Les nouvelles normes sont très nombreuses, mais ne découlent pas toujours du bon sens. Si elles sont bien réfléchies et ne font pas que suivre une mode, elles sont un progrès. Sinon, elles se retournent contre nous. Par exemple, quand le béton est apparu, il n’était pas maîtrisé. Et certaines constructions réalisées avec ce matériau ont mal vieilli, alors qu’il s’agit d’une technique fantastique».
«Un client ne voit que le résultat final, il ne s’intéresse pas aux heures passées à concevoir un projet. C’est tout le problème de la prestation intellectuelle face à la prestation matérielle. Nous voulons montrer la corrélation entre les deux», insiste Pierre Hurt. «Je suis toujours très fier d’une solution créative fondée surtout sur la fonctionnalité», ajoute Max Von Roesgen.
Face à la multiplication des textes, la simplification administrative s’impose. Elle est au cœur du projet de l’OAI, en collaboration avec le ministère de l’Intérieur. «Il faudrait permettre à tous les pays de trouver à chaque échelon la meilleure réponse possible à un problème donné. La commission européenne ne peut pas édicter de grands textes généraux qui ne s’adaptent pas aux spécificités des pays. Elle devrait au contraire donner les grandes lignes et c’est tout. A Bruxelles, dans un bureau, ils ne peuvent pas avoir toutes les solutions».
Sur un autre thème, la pénurie de logement, l’OAI n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. «Une certaine concentration serait positive, mais cela ne veut pas dire qu’il faut nécessairement construire des barres ou des tours. Il suffirait d’augmenter les niveaux des rues d’un étage pour offrir davantage de logements, sans transformer le paysage. Et les choses bougent, il suffit de regarder le nombre de logements que par exemple la Société Nationale des Habitations à bon marché et le Fond du Logement construisent pour voir que cela va dans le bon sens», expertise Max Von Roesgen.
«Il faut y aller de manière circonspecte mais aussi déterminée. Nous voudrions que l’existant soit densifié et génère également une qualité du vivre-ensemble et que les nouvelles formes d’habitat soient soutenues, ce serait un point de départ», continue Pierre Hurt.
Des professionnels formés, des idées claires et une expertise reconnue: l’OAI a un programme conséquent mais passionnant pour cette rentrée 2017.
 
Photo © Eric Chenal

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