Quand l’information se heurte à la communication

A l’heure où la digitalisation et l’essor des réseaux sociaux permettent une diffusion de l’information de plus en plus rapide, les questions de l’éthique et de la déontologie sont sur toutes les bouches. Entre communiqués de presse, publireportages, information indépendante, relais sur les réseaux sociaux et presse en ligne, un lectorat non avisé pourrait se perdre dans les méandres d’interprétations naïves et erronées d’un support qu’il est parfois incapable d’identifier. Retour sur une problématique d’actualité avec Xavier Bettel, Premier ministre et ministre des Communications et des Médias.
  
A l’occasion du 200e numéro du LG Magazine, nous nous interrogeons sur l’avenir médiatique luxembourgeois. Selon vous, comment soutenir les médias dans un secteur en rapide mutation?
En comparaison à d’autres pays, et particulièrement en prenant en compte la taille de la population luxembourgeoise, un constat s’impose: l’offre médiatique nationale témoigne d’une réelle richesse et pluralité. Cette offre repose entre autres sur une politique gouvernementale favorable aux médias, notamment par le biais d’un soutien considérable des publications jugées pertinentes par celle-ci. A cette fin de soutien, une aide a été introduite en 1976 en faveur notamment des petits journaux, dont la survie serait menacée autrement.
Par ailleurs, les citoyens bénéficient d’un large choix de titres issus de la presse internationale ainsi que de programmes audiovisuels abondants.
Afin de maintenir cette richesse, également dans la transition numérique, il faut tenir compte de la mutation du secteur des médias. Ainsi, le gouvernement prend désormais en compte le phénomène que représente la presse en ligne et a instauré un mécanisme transitoire de soutien pour celle-ci, accessible à des acteurs nouveaux qui ne bénéficient pas encore d’un soutien de l’Etat. Une fois que la mutation actuelle se sera stabilisée et que l’on connaîtra tous les paramètres à prendre en considération, une réforme en profondeur de l’aide à la presse, voire aux médias audiovisuels, sera lancée.
La publication de votre 200e numéro confirme que des modèles indépendants de soutien public peuvent aussi mener à la réussite et je vous en félicite!
 
Quel rôle doivent assumer les institutions publiques vis-à-vis des médias?
Les principes cardinaux à respecter sont la garantie de l’indépendance de la presse et le maintien la liberté d’expression. Les institutions publiques ne peuvent donc en aucun cas jouer un rôle actif dans les processus liés au travail journalistique.
Ceci étant dit, les institutions publiques ont une responsabilité à l’égard de la population: il s’agit d’assurer, par le biais de fonds publics, l’exercice du libre accès des citoyens à une multitude de sources d’information et de divertissement, en garantissant la liberté d’expression et d’information tout en promouvant la diversité de l’information luxembourgeoise. Les institutions publiques permettent également d’instaurer un cadre règlementaire adéquat, qui contient, par exemple, des dispositions sur la protection des sources ou encore la protection du titre de journaliste.
 
Comment former les plus jeunes aux médias?
L’éducation aux médias est un nouveau défi pour les parents, le système scolaire et pour les médias eux-mêmes.
Il s’agit ainsi de promouvoir une éducation aux médias –qui doit englober tant l’analyse critique des contenus des médias que la sensibilisation des jeunes à la valeur ajoutée qu’elles apportent–, à tous les niveaux de l’enseignement fondamental et secondaire ainsi que dans la formation initiale et continue des professionnels du secteur éducatif et socio-éducatif, volets que le ministère de l’Education couvre.
Des initiatives du Conseil de presse comme le concours jeune journaliste ou la semaine de la presse sont également des initiatives importantes.
Notons également que le gouvernement vient de créer un centre pour l’éducation à la citoyenneté, un acteur complémentaire ayant comme vocation de promouvoir l’esprit critique des jeunes et de les inciter à participer à la vie politique. Les médias jouent évidemment un rôle crucial dans cette nouvelle forme de «laboratoire de la démocratie».
 
A l’ère de la digitalisation, les médias sont de plus en plus souvent financés par la publicité. Dans ce contexte, comment réussir à distinguer l’information de la communication?
Avec la multitude de diffuseurs en ligne d’informations qui ne se sont pas soumises à des règles de déontologie ou de vérification de faits, je constate en effet le risque que la frontière entre les termes «information» et «communication» ne s’estompe, bien qu’il ne s’agisse pas d’un nouveau phénomène. Or, il est important de les séparer et d’appliquer les mêmes exigences éthiques à tous les médias, peu importe leur moyen de diffusion.
Il faut rappeler que la vraie information, celle qui est exacte, vérifiée, mise en contexte, commentée, est un droit fondamental des citoyens. Les citoyens ont le droit d’exiger que l’information transmise par un journaliste soit véhiculée fidèlement et sans ingérences extérieures. Notre loi sur la liberté d’expression oblige d’ailleurs le journaliste à vérifier préalablement les faits communiqués eu égard à leur véracité, leur contenu et leur origine.
A mes yeux, il importe surtout que les journalistes ne se limitent pas à un rôle de communicants mais aillent plus loin dans le traitement de l’information afin de ne pas nuire à l’indépendance et à l’impartialité de la profession. Une formation déontologique adéquate des journalistes ainsi qu’une éducation aux médias des citoyens contribuera ainsi à la sensibilisation sur ce qu’est la vraie information et à lutter contre la défiance que rencontrent actuellement les journalistes.
 
A l’heure actuelle, quelle est selon vous la responsabilité que devraient assumer les réseaux sociaux dans le cadre de la diffusion d’une information, fausse ou avérée?
Le flux d’informations via des plateformes en ligne s’accélère de plus en plus. Le potentiel des nouvelles technologies est impressionnant, sachant que la diffusion globale d’une information est devenue très simple d’un point de vue technique et quasiment gratuit.
L’on dit toujours que, si Facebook était un pays, il serait plus grand que la Chine. Il est évident qu’une entreprise d’une telle envergure et avec un tel impact sur l’opinion publique doit assumer une responsabilité sociale et ne peut rester passive par rapport aux rumeurs, diffamations et informations erronées qui circulent par son biais.
Ces plateformes sont actives à travers toute l’Europe. Leur imposer des règles nationales ne serait donc guère efficace et une telle approche serait difficile à appliquer. Il serait donc important à mes yeux que les pays européens s’accordent à définir des standards communs et le Luxembourg soutiendra les initiatives en ce sens, afin de trouver ensemble le meilleur moyen d’encadrer ces plateformes sans entraver la liberté d’expression.
 
Réponses communiquées par le ministère d’Etat

Lire sur le même sujet: