Pactiser pour l’Artisanat
L’artisanat contemporain combine la tradition du geste avec les outils de la modernité. C’est un jeu d’équilibriste que le secteur se doit de gagner s’il veut réussir le pari de la digitalisation. Le directeur de la Chambre des Métiers, Tom Wirion nous présente les grandes lignes du «Pakt Pro Artisanat», récemment cosigné avec la Fédération des Artisans et le ministère de l’Economie.
Quel est l’utilité de ce Pacte?
Le gouvernement réaffirme par la signature du ministère de l’Economie, l’importance de l’artisanat pour l’économie et l’emploi du pays et par là même, son soutien financier face aux défis à venir. Le Pacte pose quatre thématiques majeures, que sont la promotion et l’image de marque, la transmission d’entreprise, la culture et la qualité du service et enfin la digitalisation.
Changer l’image de l’artisanat passe par sa promotion mais peut-être aussi par la modernisation de ses structures?
Si nous constatons ces dernières années une amélioration de l’image, il reste néanmoins encore du travail pour changer les mentalités et sortir de l’orientation par défaut. Nous entendons encore trop de parents dire à leurs enfants: «Si tu rates au classique, tu iras en technique».
C’est pourquoi nous devons continuer nos campagnes de promotion et d’information et aller à la rencontre des jeunes et de leurs parents de manière plus systématique. Notre action «Hands Up» ou notre concours du meilleur artisan, qui sera cette année sous le thème de l’innovation, en sont quelques exemples.
Ensuite, de plus en plus de candidats nous demandent s’il est possible après le DAP et le brevet de maîtrise, de faire des études supérieures. C’est pourquoi, nous collaborons avec l’ISEC (l’Institut Supérieur de l’Economie) mais aussi avec l’Allemagne et la France pour offrir des bachelors professionnels. Il sera essentiel pour des domaines comme la construction qui ont besoin d’ingénieurs mais aussi pour la digitalisation du secteur tout entier. Gagner le pari de l’orientation professionnelle, c’est aussi miser sur la formation de pointe. Aussi, nous allons restructurer nos 35 brevets de maîtrises de façon à mieux répondre aux besoins de demain.
Aux cours des dix prochaines années, 3.000 entreprises seront reprises; ce qui correspond à 47.000 employés…
Ces chiffres ont été dégagés de la pyramide des âges du patronat. La Chambre des Métiers met en relation les intéressés et offre une bourse pour faciliter les reprises. Cependant sur les 150 mises en relation annuelles, seules 25 transmissions aboutissent; le manque de garanties et de fonds propres constituant l’obstacle majeur. C’est pourquoi il nous faut revoir les aides et les garanties existantes afin de les adapter aux situations actuelles.
Comment se porte la culture de l’artisanat chez les résidents et les Luxembourgeois?
Trop peu des candidats réussissant leurs brevets de maîtrise attribués chaque année, se lancent dans l’aventure entrepreneuriale, une majorité faisant le choix d’une carrière dans la fonction publique. Les Luxembourgeois représentent 20% des artisans du pays (employeurs et employés compris) et même la part des résidents étrangers diminue. L’année prochaine, l’artisanat du pays sera composé à 50% de frontaliers.
Si l’«artisanat 4.0» est considéré comme intrinsèquement lié à la survie du secteur, d’autres pensent que la digitalisation entraînera inévitablement dans son sillage une importante perte d’emplois…
Suite à la signature du Pacte, nous avons visité une entreprise artisanale qui a digitalisé sa production de fenêtres. L’entreprise emploie 53 personnes et s’est dotée d’un robot qui applique la peinture sur les cadres. À la question légitime de savoir si ce robot avait remplacé un employé, le directeur a répondu que non. Et d’ajouter que la machine aurait toujours besoin de quelqu’un qui connaît le métier pour la programmer. Ainsi, c’est un menuisier doté de compétences informatiques qui programme la machine qui ne peut se substituer au savoir-faire, à l’analyse d’une courbe ou à une main passée sur la matière.
Tout le défi est donc de former les artisans du pays à utiliser les outils informatiques, et ce, via des formations tout le long de la vie mais aussi en les préparant dès le lycée. Penser que la digitalisation est forcément un synonyme de perte d’emplois est un raccourci trop simpliste. La digitalisation offre des opportunités et ouvre des marchés qui étaient encore inaccessibles il y a dix ans.
Bon nombre d’entreprises artisanales ne voient pas encore l’intérêt de se munir de services et d’outils digitaux…
Cela fait trois ans que nous faisons la promotion de la digitalisation. Si dès le début, il existait un intérêt certain, force est de constater qu’il n’est toujours pas général. À la même époque, nos voisins allemands ont créé quatre centres de digitalisation à travers leur territoire afin de toucher le plus d’entreprises possible.
C’est pourquoi nous allons créer une cellule équivalente, composée d’experts informatiques dont la mission sera d’aller dans les entreprises pour leur présenter les avantages que représente la digitalisation.
Si dans les années soixante, nous avons réussi à introduire la technologie au sein des entreprises, il n’y a aucune raison à ce que nous n’y arrivions pas avec le digital. JuB