Au service d’une amitié

Guy Yelda est l’ambassadeur de France au Luxembourg depuis 2013 et la fin de son mandat, est l’occasion de nous faire partager un regard sur ses missions, sur la diplomatie française mais aussi sur les actions réalisées au Luxembourg.
 
Le diplomate
C’est à la sortie de la prestigieuse Ecole Nationale d’Administration (ENA) et la promotion «Voltaire» – dans laquelle il côtoie entre autres Dominique de Villepin, Michel Sapin, Ségolène Royal et François Hollande – qu’il fait le choix de la diplomatie. Les langues, les questions internationales et peut-être aussi ses propres origines l’ayant ouvert sur un monde extérieur qu’il a préféré à la politique. Nommé et titularisé secrétaire des Affaires étrangères, il entre au 1er juin 1980 dans ce qui est le temple de la diplomatie française depuis le milieu du XIXe siècle: le Quai d’Orsay.
Après des postes à Bangkok puis Londres, il devient consul général à Los Angeles, ambassadeur extraordinaire à Vilnius (2004-2008), puis consul général à New-York. C’est en février 2013 qu’il prend ses fonctions d’ambassadeur au Luxembourg.
«La fonction est polymorphe», dit-il, et ses journées sont rythmées par de l’information, de la gestion mais aussi des rencontres. Déjeuners, rendez-vous et conférences sont ainsi des lieux d’échanges avec des personnalités politiques, culturelles, artistiques, économiques, scientifiques, dont «la diversité fait la richesse de la fonction».
Une diversité qui ne peut se substituer à la solitude presque intrinsèque à sa tâche, incompatible ou presque avec un ancrage constant en un lieu précis. «C’est une profession où il existe de nombreux divorces et où même les liens d’amitié ont tendance à se relâcher». Les efforts doivent naturellement être consentis par celui qui part, ce qui est d’autant plus difficile dès lors qu’il est pris par un nouvel environnement.
 
La Diplomatie
La diplomatie française est menée par le ministère des Affaires étrangères qui dispose du plus important nombre d’ambassades (163) et de consulats (92) après ceux des Etats-Unis et de la Chine. En cette fin de quinquennat présidentiel et tout en respectant son devoir de réserve, Guy Yelda retient les efforts de la France sur la scène internationale. La persévérance à relancer le processus de paix au Proche-Orient et les actions en matière de droits de l’homme comme la grande conférence de Paris du 21 février, organisée avec l’UNICEF «Protégeons les enfants de la guerre». Il salue aussi «la décision courageuse du Président de la République» d’intervenir militairement au Mali. Il reconnaît également les efforts en termes de diplomatie économique et la multiplication des contacts avec les entreprises mais aussi écologique avec la COP21 et les accords de Paris pour lesquels il a travaillé en collaboration avec la ministre luxembourgeoise de l’Environnement, Carole Dieschbourg.
Pour ce qui est du rayonnement culturel de la France, il pense qu’elle dispose d’outils adaptés aux nouveaux médias, aux réseaux sociaux et à l’instantanéité de l’information. Il est conscient que l’effervescence intellectuelle du début du 20e siècle où Paris jouait encore un rôle central s’est dorénavant internationalisée et qu’en conséquence, la France ne peut plus se reposer sur des lauriers passés. Même si l’Hexagone dispose d’atouts culturels, artistiques et intellectuels uniques, il faut pouvoir convaincre de l’importance de l’apprentissage de la langue française, de l’ingéniosité de ses universités et du poids de sa Culture. Un travail à très long terme qui est réalisé de par le monde et notamment à Luxembourg.
 
Réalisations
Intellectuels formés sur les bancs universitaires français, la langue de Molière, le droit, l’Histoire, les liens qui unissent la France au Luxembourg sont innombrables, anciens et profonds. L’Institut français, chargé de mettre en place la politique culturelle française à l’étranger, organise de nombreux évènements tels que la Nuit des idées qui aura rassemblée au 26 janvier 2017 quelques 180.000 participants de par le monde, dont des résidents luxembourgeois.
L’Institut français fait venir à Luxembourg des conférenciers de renoms tels que le Pr Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine qui a découvert le virus du Sida, le Pr Combes du Collège de France, spécialiste de la matière noire ou encore Cédric Villani, médaille Fields 2010 et «remarquable pédagogue» qui sait transmettre le goût des mathématiques.
La France apporte aussi un soutien pédagogique aux établissements homologués par l’agence pour l’enseignement du français tels que le Lycée de Gasperich ou via l’Académie de Lorraine pour ce qui est de la formation des instituteurs par exemple. Elle réalise des salons «études et carrières» où des représentants d’universités, de grandes écoles et d’entreprises conseillent les futurs étudiants luxembourgeois. Elle sensibilise également les autorités sur des questions telles que la protection des œuvres du patrimoine culturel des zones en guerre comme la Syrie et l’Irak; formant deux douaniers luxembourgeois aux premiers repérages et invitant le Luxembourg à la conférence mondiale des donateurs du premier fonds dédié à leur protection qui se tiendra le 20 mars prochain au Louvre.
Guy Yelda a organisé la visite du Président de la République en 2015, le Premier ministre et les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale en 2016. Il a entretenu des relations quotidiennes avec les autorités luxembourgeoises, et ce, de la présidence de l’Union européenne aux discussions sur des sujets divergents comme le nucléaire.
Ce Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur rentrera bientôt à Paris et laissera derrière lui, ses années au service de la diplomatie française mais aussi sa contribution au renforcement des liens d’amitié entre les deux pays.   JuB