Lorsque l’auteur est un salaud

Si à en croire Emmanuel Kant «le beau est le symbole du bien moral», alors l’art – de par sa dimension esthétique – ne devrait jamais être considéré selon des critères d’immoralité. Comme l’écrivait Oscar Wilde, «un livre est bien ou mal écrit, c’est tout» et par le même raisonnement, un créateur devrait être jugé indépendamment de sa réputation, de sa personne et de son comportement. Il semblerait pourtant que les remparts du genre artistique n’aient pas fini d’être gravis par les petits soldats de la censure morale.
Notre civilisation est arrivée à un moment de son histoire où l’ordre moral s’entremêle à la création artistique. On se souvient de Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture, retirer Louis-Ferdinand Céline des Célébrations nationales pour l’année 2011; le «salaud» antisémite ayant eu raison du génie littéraire. Cette censure a fait taire les voix associatives détonées entre autre par Serge Klarsfeld mais avec elles, la vérité complexe qu’un merveilleux écrivain peut aussi être la pire des crapules.
Plus récemment, les associations féministes se sont levées contre la nomination de Roman Polanski, nommé par l’Académie des Césars à présider la prochaine cérémonie du cinéma français. Là aussi, l’accusé de viol sur mineur de treize ans aura eu raison – ou devrait-on dire sentiment – du cinéaste. Le réalisateur du «Pianiste», doublement primé aux Oscars et aux Césars a renoncé à la présidence qui aurait pourtant pu permettre de redire à quel point ce génie cinématographique est aussi une écœurante ordure.
L’art est par essence une rebelle des conventions, une critique libertaire des contraintes, et après avoir amalgamé l’œuvre à son auteur, voici que la conscience morale (Kant), le surmoi (Freud) et la morale sociale (Durkheim) ne nous permettent plus de faire la différence entre l’auteur et l’homme.