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Le Conseil de sécurité de l’ONU s’était rassemblé le samedi 8 octobre à New York afin de statuer sur une résolution proposée par la France. Le texte devait instaurer un nouveau cessez-le-feu sur la ville d’Alep afin d’y permettre la livraison de l’aide humanitaire. Texte rebouté par le véto russe. Quelques jours auparavant, Handicap INternational Luxembourg avait invité la presse afin de lui présenter sa nouvelle campagne de mobilisation qui porte le slogan: «Bombarder les civils, ce n’est pas la guerre, c’est un crime».
Bombardements
Selon les mots du Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon lorsqu’il dénonce les bombardements des hôpitaux, des réserves d’eaux potables et des convois d’aide humanitaire, lorsque les civils sont pris pour cibles, ce sont «des crimes de guerre». Quand on sait que 92% des victimes d’armes explosives utilisées en zones peuplées sont des civils, on comprend alors que l’exil peut devenir un choix de vie ou de mort. Si la Seconde Guerre mondiale a jeté sur les routes 50 millions de personnes, elles sont aujourd’hui 65 millions de par le monde à être concernées.
Quinze conflits, dont la Syrie, le Yémen et Gaza sont actuellement le triste théâtre de zones peuplées systématiquement bombardées, provoquant la mort de 90 personnes, presque toujours des civils. En Syrie, 83% des personnes tuées ou bléssées le sont par des bombardements.
Sur le terrain
Philippe Houliat est un expert en déminage humanitaire qui travaille pour Handicap INternational. Il rappelle que peu de combats d’infanterie ont lieu à Alep mais que les bombes y sont utilisées afin de saturer les zones. Une explosion, c’est une augmentation de la température, un souffle et des éclats à fragmentation et Handicap INternational recense trois sortes de bombardements en Syrie. Les combattants utilisent tout d’abord des bombes artisanales fabriquées à partir de bombonnes de gaz bourrées d’explosifs. Larguées d’un hélicoptère ou bien lancées depuis un canon, elles sont de faible précision et donc utilisées en masse dans le but de saturer les zones. Le “21 – Grand“ est un camion doté de 40 roquettes capable de raser l’équivalent de 23 terrains de football à lui seul. Cela représente à peu près le quartier de la Gare à Luxembourg-Ville. On retrouve enfin, l’utilisation de la bombe aérienne russe OFAB 250-270 qui en explosant à l’impact, envoie des éclats sur 1.000 mètres qui déchiquettent tout sur leurs trajectoires. Bien évidemment, l’utilisation de ces bombes est moralement inacceptable mais également juridiquement condamnable.
«Un enfant syrien de cinq ans n’aura connu que la guerre»
La coordinatrice des programmes Nord-Syrie pour Handicap INternational, Maëlle Pelletier a rappelé la réalité du terrain. S’il existe un grand nombre de déplacés dont près de la moitié sont des enfants, c’est qu’«il n’existe pas de place sécurisée en Syrie». Ces masses migratoires portent en elles les stigmates de la guerre, les blessures complexes laissant des conséquences post-traumatiques lourdes, des handicaps permanents et des impacts sociaux et psychiques. Les infrastructures sont détruites et d’après les sources de Maëlle Pelletier à l’est d’Alep, il ne resterait actuellement que 6 lits d’hôpitaux pour 300.000 habitants, alors qu’il en faudrait 1.800 pour avoir une proportion par habitant égale au Luxembourg.
La Syrie est depuis cinq ans le théâtre des bombes qui laissent un décor comme frappé d’un tremblement de terre. En revenant sur les décombres des immeubles pour récupérer ce qui peut l’être, il n’est pas rare de voir les enfants jouer avec des débris d’explosifs. Avec 10 munitions au mètre carré dans la ville de Kobané, enfoui parfois jusqu’à quatre mètres de profondeur, on estime qu’il faudra 30 ans pour décontaminer la Syrie. Handicap INternational travaille sur l’utilisation de drones, de chiens et de robots télécommandés.
Mobilisation générale
Le droit INternational humanitaire impose de faire la distinction entre les civils et les combattants, à protéger les civils et à calibrer les attaques en proportion de l’objectif. Dans le cas de l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées, ces trois précautions sont bafouées. C’est sur cette base juridique que Handicap INternational compte pousser le combat politique.
Le directeur de Handicap INternational Luxembourg, Martin Lagneau en appelle à la mobilisation des politiques, des médias et des citoyens européens. Il a également souligné l’engagement du Luxembourg, comme tous les autres pays membres de l’Union européenne pour l’arrêt de cette pratique militaire. C’est d’ailleurs le ministère des Affaires étrangères luxembourgeois qui a financé le rapport de Handicap INternational “Qasef, Escaping the bombing“. Un rapport qui récolte cinq années de documents et qui établit que l’utilisation massive d’armes explosives en zones peuplées est une des causes premières du déplacement des Syriens. Les deux combats historiques que sont les mines antipersonnel (Traité d’Ottawa – 1997) et les bombes à sous munitions (Traité d’Oslo – 2008) sont la preuve que les victoires politiques peuvent mener à des victoires de terrain.
Handicap INternational réalisera plusieurs campagnes de sensibilisation dans les mois à venir comme celle du samedi premier octobre où les passants de la Place d’Armes ont été invités à s’immerger dans la ville bombardée de Jisr Al-Choghour via une vidéo à 360°.