La parole à l'opposition
Que penser du TTIP?
Sven Clement, du Parti Pirate
Le TTIP est un traité qui est né d’une vision ultralibérale du monde, ne tenant pas compte des particularités européennes. Ses créateurs se voient comme des pures techno- et bureaucrates qui ont comme seule ambition l’amélioration de leur mode de vie, ils ne tiennent pas compte de la réalité quotidienne de larges parties de la population. Si le Parti Pirate n’est pas opposé à l’idée de réduire des barrières de commerce globalisé, nous devons quand même nous opposer aux négociations du TTIP, aux statistiques douteuses utilisées pour éviter les critiques justifiées et finalement aux négociateurs qui n’ont jamais entamé de processus incluant la société civile de la même manière que les conglomérats internationaux.
Le Parti Pirate exige que les négociations du TTIP soient abandonnées avant d’entamer un débat paneuropéen avec tous les acteurs, les entreprises, les syndicats et la société civile, afin de définir comment nous envisageons notre commerce et notre rôle dans un monde globalisé. C’est ainsi qu’on pourra créer un consensus avant de cimenter des idéologies dans des traités.
Au bout du compte, l’unité européenne ne dépend pas de la consommation mais de la citoyenneté et même si le TTIP échoue – et il doit échouer – il aura le mérite de participer à la création d’une citoyenneté européenne.
Communiqué par déi Lénk
Jean-Claude Juncker et Jean Asselborn ne se lassent pas de répéter que CETA est le meilleur traité de libre-échange jamais négocié. Mais ils ne nous disent pas pour qui.
L’Etat et les communes ont un devoir de prévoyance envers la population, et les richesses doivent être redistribuées en fonction des droits et des besoins de la population. Depuis l’avènement du néolibéralisme, père de ces traités, des entreprises privées tentent d’accaparer des services publics à des prix ridicules. Par la suite, elles augmentent les prix pour les consommateurs, baissent les salaires et les conditions de travail se détériorent. En même temps, les investissements nécessaires ne sont plus effectués.
Le service universel dans l’intérêt des consommateurs prévoyant le meilleur prix et la meilleure qualité possible n’étant plus garanti, plusieurs villes allemandes ont annulé la privatisation des services techniques, de l’approvisionnement en énergie et en eau, et Paris a même re-communalisé son réseau d’eau.
La re-communalisation des services publics peut donc être un remède contre les traités de libre-échange. Par contre, une clause de statu quo ainsi que la «clause à effet de cliquet» ancrées dans CETA figeraient les niveaux actuels de libéralisation et empêcherait toute future création de services publics.
Pour la première fois, un traité prévoit des listes négatives, ce qui signifie que tous les secteurs sont par défaut libéralisés sauf ceux qui sont mentionnés dans la liste. La liste luxembourgeoise est quasiment vierge.
Déi Lénk s’est clairement positionné contre TTIP et CETA dès le début des négociations, et continuera à s’engager pour une amélioration des normes sociales, sanitaires et environnementales.
Laurent Mosar, député CSV
En tant que parti préconisant une économie sociale de marché, le CSV favorise en principe le commerce mondial à la fois libre et équitable. Il en va de même pour les accords de libre-échange en général et pour le «Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement» (TTIP) en particulier. Le libre-échange n’est donc, pour nous, pas une fin en soi. Cela est surtout vrai pour le TTIP. C’est la raison pour laquelle nous restons vigilants en ce qui concerne le processus de négociation en cours. Nous saluons le principe d’un partenariat de commerce transatlantique. Mais nous voulons arriver à un véritable partenariat d’égal à égal où chacun des partenaires respecte les normes de l’autre. En ce qui concerne le TTIP, nous en sommes encore très loin! Nous regrettons par ailleurs aussi l’absence de transparence dans les discussions notamment par rapport aux parlements nationaux et aux sociétés civiles. Cette absence de transparence a contribué au scepticisme de nos concitoyens par rapport à tous les accords de libre-échange.
Le CSV, de son côté, attendra le projet de texte définitif et saura prendre, le moment venu, sa décision en parfaite connaissance de cause. Les éléments déterminants seront pour nous d’un côté le respect des normes européennes en matière de protection du consommateur et de l’environnement ainsi qu’en droit du travail et, de l’autre côté, l’exclusion des services publics du champ d’application de ce traité. Nous regrettons par ailleurs fortement que les Etats-Unis n’aient pratiquement pas encore bougé sur un des dossiers sensibles pour l’UE. Nous restons donc sceptiques par rapport à un aboutissement prochain des négociations. En tout état de cause, nous ne donnerons notre feu vert qu’à un traité qui respecte toutes les conditions que nous avons fixées et qui sera dans le meilleur intérêt des citoyens et des consommateurs européens et luxembourgeois.
Communiqué par ADR
Il est difficile de parler d’un traité qui n’existe pas. Les positions européenne et américaine, les chapitres à traiter sont connus, mais le TTIP aura pris sa forme définitive lorsque l’encre des signatures des négociateurs aura séché.
Au-delà des inquiétudes et de la méfiance que l’accord commercial suscite, plus que ses prédécesseurs, l’ADR s’oppose à la procédure éclipsant les parlements nationaux. Ce n’est qu’après de nombreuses protestations que les parlementaires européens ont eu accès aux documents confidentiels – non sans devoir satisfaire à un protocole de sécurité aberrant. La Commission européenne, mandatée par les chefs d’Etat européens en Conseil, négocie seule. La ratification au niveau national – si la Commission daigne la juger nécessaire – est réduite à une pure formalité sans moyen de changer un iota au texte.
L’ADR est logiquement à l’origine d’une motion par laquelle la Chambre des députés contraint le gouvernement luxembourgeois à œuvrer pour la classification du TTIP en «accord mixte», exigeant la ratification par les parlements nationaux européens.
L’ADR est consciente de l’importance particulière que revêtent les traités commerciaux pour le Luxembourg et son économie et ses entreprises tournées vers l’exportation. Il va sans dire que la législation européenne et luxembourgeoise, concernant la santé, la protection de l’environnement, la sécurité sociale et la protection des salariés et des consommateurs doit être respectée. Trop cavalièrement le TTIP fait fi des spécificités économiques nationales, notamment de la taille réduite des entreprises luxembourgeoises. Le consommateur qui subira en premier ses incidences, n’a pas moyen d’influer sur le contenu des négociations.