Des bâtiments presque autonomes

Le 28 septembre dernier, tous les acteurs clés du monde de la construction se sont réunis dans les locaux de Neobuild afin d’aborder le sujet des nouvelles réglementations entrant en vigueur dès janvier 2017 concernant la performance énergétique des nouvelles constructions. À l’aube de ce grand changement, nous avons voulu en savoir plus sur ces bâtiments à consommation d’énergie quasi-nulle, dits «NZEB», soit Nearly Zero Energy Building.
 
 
Une question de réglementation
Tom Eischen, commissaire du gouvernement à l’énergie, chargé de la direction générale de l’énergie au ministère de l’Economie et Daniel Flies, directeur des énergies durables au ministère de l’Economie, sont revenus sur la réglementation concernant les nouvelles constructions.
Au niveau européen, des objectifs ont été fixés à 20% respectivement dans les domaines de l’efficacité énergétique, du développement des énergies renouvelables et de la diminution des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 alors que pour 2030 une hausse des objectifs de 7% est visée dans les deux premiers domaines et un objectif double est à atteindre en terme de réduction des émissions nocives pour l’environnement.
Pour y parvenir, le Luxembourg a d’abord dû définir clairement des concepts comme «consommation d’énergie quasi-nulle» avant d’enfin élaborer de nouvelles réglementations au sujet de la construction des habitations d’une part et des bâtiments fonctionnels d’autre part. Cette nouvelle réglementation est basée sur un alignement entre les besoins de consommation identifiés de façon théorique et la consommation réelle constatée; cela permet de tenir compte de facteurs supplémentaires influant sur la consommation d’énergie comme l’environnement dans lequel le bâtiment est construit. De plus, l’énergie produite par les installations photovoltaïques pourra désormais être utilisée pour alimenter les installations techniques du bâtiment et cela entrera en compte lors de l’établissement du certificat de performance énergétique. En revanche, le reste de l’énergie produite par ces installations devra être réinjecté dans le réseau pour que les nouvelles constructions puissent être comparées au niveau de l’efficacité énergétique de manière équitable, c’est-à-dire sans prendre en compte l’utilisation d’énergie personnelle au sein du bâtiment.
Pour le futur, l’Etat tente d’une part de concrétiser sa stratégie nationale en matière de rénovation énergétique et d’autre part d’établir une méthode standardisée pour intégrer l’énergie produite par de nouvelles technologies comme les réseaux de chaleur ou l’éolien dans le bilan énergétique du bâtiment.
Par ailleurs, en matière d’efficacité énergétique, la loi oblige déjà les grandes entreprises à procéder à un audit énergétique, mais de nouveaux projets sont encore en cours comme le déploiement des bornes de recharge pour la mobilité électrique ou encore la mise en place de compteurs intelligents pour l’électricité et le gaz naturel qui devrait être effective dans tous les bâtiments d’ici à 2020.
 
La concrétisation d’un projet
Gilles Weimerskirch, président de la Fédération des Conseillers et Certificateurs Energétiques (FCCE) a défini les objectifs de celle-ci dont le rôle est notamment de fournir un avis sur les avant-projets de lois. À l’occasion de la conférence, Gilles Weimerskirch est revenu sur le concept de «bâtiment de référence» qui intervient dans le cadre de l’alignement des besoins énergétiques sur la consommation réelle. En effet, lors de la création d’une nouvelle construction, des plans sont établis afin d’imaginer le bâtiment idéal, tel qu’il devrait être au niveau de ses installations techniques et de sa consommation d’énergie. Ce bâtiment de référence correspond parfaitement au bâtiment à certifier et possède le même environnement de construction. Mais les valeurs qu’il indique ne sont pas minimales. En effet, il est possible que le bâtiment à certifier n’atteigne pas les valeurs énergétiques nécessaires dans un des domaines, par exemple la ventilation, et qu’il compense cette lacune grâce à une autre installation, par exemple le système de récupération de chaleur.
 
Un secteur en recherche de formations
Alexis Sikora, directeur du département construction durable de l’Institut de Formation Sectoriel du Bâtiment (IFSB) et Pascal Worré, directeur d’EnergieAgence, ont quant à eux abordé la question de la formation des constructeurs associée à l’efficacité énergétique des bâtiments. En effet, pour que des bâtiments à consommation énergétique quasi-nulle puissent voir le jour, il est indispensable que les constructeurs et ouvriers au Luxembourg aient reçu une formation solide et complète sur les nouvelles  techniques à utiliser.
Afin de proposer un cursus complet et efficace, l’IFSB, EnergieAgence et l’Oekozenter ont décidé de se réunir pour mettre leurs compétences au service du secteur de la construction. Toutes les formations proposées conjointement par ces organismes sont basées sur les critères de certification LENOZ (Lëtzebuerger Nohaltegkeets-Zertifizéierung fir Wunngebaier) car ils répondent aux besoins spécifiques du secteur résidentiel au Luxembourg. Ces cursus ont pour mission d’encadrer les ouvriers et de leur transmettre un enseignement théorique mais surtout de leur faire mettre en pratique ce qu’ils ont appris. A l’issue de chaque formation, des épreuves théoriques et pratiques sont imposées à tous les apprentis. Et comme plus aucun bâtiment ne pourra être construit sans avoir reçu au préalable un Certificat de Performance Energétique (CPE) à partir de janvier 2017, certaines entreprises de construction ont déjà commencé à suivre ce mouvement formateur et se sont vus remettre un diplôme lors de la conférence.   MC

Lire sur le même sujet: