La parole à l'opposition
Brexit – une chance pour Luxembourg?
Les propos de Sven Clément du Piratepartei Lëtzebuerg
La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ne se fera pas sans changements, et pour l’instant les effets finaux sur le Luxembourg sont difficiles à estimer. Bien que l’économie luxembourgeoise et surtout la place financière mais aussi notre hub technologique soient bien positionnés pour pouvoir attirer des sociétés britanniques demandant refuge au sein de l’Union européenne, il faut qu’on attende le lancement et le positionnement final du nouveau gouvernement anglais. Car tout dépendra de comment les anglais vont définir le «Brexit». S’ils optent pour un «exit» avec seulement des traités bi- et multilatéraux, alors le Luxembourg pourra bien en profiter, s’ils optent pour une coopération au sein de l’espace économique avec un droit d’accès au «Passporting» alors il sera plus difficile d’en profiter du côté luxembourgeois.
Mais au-delà de la place financière et du hub technologique, le Luxembourg saura profiter d’un Brexit de n’importe qu’elle forme en attirant les chercheurs qui ne peuvent plus participer aux programmes «Horizon 2020» aussi facilement et qui vont chercher de nouvelles universités au sein de l’UE. Nous pourrions aussi profiter de dynamiser encore d’avantage notre environnement de startup en devenant plus intéressant pour des sociétés innovantes si nous devenons plus flexibles en ce qui concerne les langues utilisées. Le Brexit devient donc aussi une chance de positionner le Luxembourg comme le seul pays en Europe où on peut avoir des échanges avec l’Etat en quatre langues, dont trois mondialement connues. Pour cela il faudra donner à l’anglais au moins le statut de langue administrative. Une vraie chance pour le Luxembourg.
Communiqué par déi Lénk
Il y a trois semaines les électeurs britanniques ont voté pour la sortie de l‘Union européenne. Nous sommes encore loin d’avoir vu toutes les conséquences de ce vote, pour le Royaume-Uni et pour l’Europe. Mais il est peut-être temps de voir ce que cela peut signifier pour le Grand-Duché.
Le 30 juillet, à la Chambre, Xavier Bettel a affirmé que face au Brexit «il n’y aucune raison de se réjouir». Mais il a aussi fait savoir que le Royaume-Uni se trouvait depuis longtemps «sur le radar du Luxembourg». Il semble que ces derniers temps, Luxembourg for Finance, dont le rôle est de promouvoir la place financière, ait effectué pas moins de 18 voyages à Londres.
Le Luxembourg participe donc à la chasse aux banques ou fonds susceptibles de déménager tout ou une partie de leurs opérations de Londres. Ce faisant, il ne fait pas pire que Paris, Francfort, Dublin, Amsterdam, mais pas mieux non plus. La cerise sur le gâteau étant l’ambition de dénicher le siège de l’Autorité bancaire européenne. Comme siège de l’ABE, on peut penser à des pays ayant des pattes plus blanches en matière de pratiques financières.
Tout cela relève donc de l’Europe de la finance. Mais il y a une autre façon d’aborder le Brexit, en partant des besoins des gens. Des citoyens britanniques qui vivent en Europe ou ceux d’autres pays qui vivent en Grande-Bretagne. Par exemple les 6.000 britanniques qui vivent ici. La nouvelle patronne à Londres, Theresa May, s’est distinguée en refusant de garantir la sécurité de résidence aux citoyens européens vivant outre-manche, les considérants comme des pions à échanger dans des négociations futures. C’est indigne.
Il faut donner à tous ceux, d’un côté ou de l’autre de la manche, qui se trouvent pris dans un engrenage qu’ils ne maîtrisent pas, la garantie de pouvoir continuer à résider dans le pays où ils se trouvent. Une déclaration de Xavier Bettel dans ce sens serait un plus pour les bonnes relations entre les peuples – et la réputation du Luxembourg – au lieu d’aller à la chasse de quelques banques supplémentaires.
Par Laurent Mosar, député CSV
La dynamique Brexit est un processus très incertain qui continue de nous offrir des surprises comme le montre la nomination anticipée de la nouvelle Première ministre britannique Theresa May. Et à en croire cette dernière, l’article 50 du traité ne risque pas d’être invoqué avant la fin de l’année. A l’origine de ce processus se trouve le tremblement de terre historique du 23 juin. Pour la première fois, un Etat membre quittera l’Union européenne dont l’irréversibilité est remise en question. Le Brexit, c’est d’abord une nouvelle inquiétante pour le projet européen et aussi pour le Luxembourg qui perd ainsi un de ses alliés traditionnels dans sa défense des places financières.
Économiquement, le Brexit se caractérise avant tout par la sortie de la place de Londres de l’UE. Cela est d’autant plus problématique que nos deux places constituent des ensembles économiques complémentaires. Cependant, le Luxembourg a aussi ses cartes à jouer. Dans ce contexte, il faut regretter que le gouvernement n’ait pas anticipé le danger avec un propre «plan B».
Mais regardons vers l’avenir. L’Europe doit éviter tout effet de contagion. La place de Luxembourg peut devenir une nouvelle patrie pour des quartiers généraux ainsi que pour des entreprises start-up désireux d’avoir un passeport européen. Le déménagement de l’Autorité bancaire européenne est une autre opportunité à saisir! Le Luxembourg a donc tout intérêt à bien se positionner vis-à-vis des autres places financières concurrentes. Néanmoins, il est important de souligner que notre pays doit continuer à entretenir d’excellentes relations avec le Royaume-Uni aussi bien sur le plan politique que commercial. L’Europe et le Luxembourg n’ont rien à gagner en offensant le peuple britannique. Bien au contraire…
Communiqué par l’ADR
Aux yeux de l’ADR, le Brexit ne conduira pas à une catastrophe économique et les négociations de sortie établiront probablement une sorte de statu quo qui pérennisera les liens existants. Les opportunités – surtout pour la place financière luxembourgeoise – ne sont cependant pas à minimiser. Au Luxembourg de les saisir.
La signification politique de la sortie britannique de l’Union européenne est par contre énorme. Et la liste des pays susceptibles d’imiter la Grande-Bretagne s’allonge dans les médias sinon dans des actes concrets. Cela prouve un réel malaise face à la stratégie d’intégration politique menée unilatéralement par Bruxelles et les gouvernements et faisant trop souvent fi de la souveraineté nationale des pays membres en trop de domaines de la vie courante. On oublie trop vite que le projet européen n’est pas le fait uniquement de fédéralistes même si ceux-ci usurpent aujourd’hui le monopole de l’Europe.
L’ADR espère que la Commission et le Parlement européens ainsi que le Conseil apprennent les leçons du référendum britannique, qu’ils fassent preuve de plus de transparence et qu’ils tiennent mieux compte de la volonté des pays membres. Vouloir sauver l’intégration européenne en imposant plus d’intégration semble être la mauvaise réaction. Assurément, le vote britannique n’est pas un encouragement à aller plus vite et plus loin, mais une invitation à réfléchir et à mieux intégrer les parlements nationaux dans la prise de décision européenne.
Le Brexit est une chance s’il contribue à créer une Europe plus respectueuse des pays et des citoyens nationaux qui la composent.