Le BIM pour nos bâtiments, tout le monde y gagne?

Le BIM est sur toutes les lèvres et l’ensemble du secteur de la construction s’y intéresse. Mais entre mythe et réalité qu’en est-il aujourd’hui au Luxembourg? David Determe (BETIC – Ingénieurs Conseils en Techniques Spéciales) s’est prêté au jeu des questions pour nous en dire plus à travers sa propre expérience.
 
Le BIM, c’est quoi selon vous?
«Building Information Modeling» Le BIM, c’est une maquette numérique, qui représente un bâtiment en 3D, dans laquelle viennent se greffer différentes informations, tant graphiques (plan, coupe, détail, esquisse…), informatives (note, facteur d’entretien, consommation…) et documentaires (fiche technique, guide de réparation, manuel de l’utilisateur…), le GID.
 
Ce n’est pas une utopie?
Non, plus aujourd’hui. Nos pays voisins construisent des bâtiments suivant un processus BIM depuis plusieurs années, avec des retours d’expérience très favorables.
D’ailleurs, notre expérience le démontre également. Dès 2004, le bureau Betic a entamé une première révolution, le passage du dessin 2D à la modélisation 3D. Les premiers gains ne se sont pas fait attendre, une meilleure coordination des installations techniques et donc des chantiers mieux préparés. Le maître d’ouvrage est impliqué lors de la présentation du projet en immersion, ce qui favorise l’appropriation du projet.
En 2012, le bureau s’est intéressé à la démarche BIM et c’est à partir de 2013 que la migration s’est opérée. Depuis, le bureau a intégré cette démarche sur des projets de plus en plus nombreux.
Aujourd’hui, la volonté n’est pas de rendre nos 40 collaborateurs “BIM Ready“. Pour moi, ce n’est pas demain que 100% des projets seront réalisés en BIM, mais l’objectif est de disposer de deux équipes aptes à réaliser un projet BIM collaboratif avec tous les autres intervenants d’un projet.
 
 
Est-ce vraiment utile pour l’exploitant?
Le principal bénéficiaire, est le maître d’ouvrage. Lors de la phase de conception, il peut avoir la certitude que le projet gagnera en qualité, sera livré plus rapidement, et réduira l’enveloppe financière globale du projet.
L’idéal étant de réaliser cette approche dès la phase de conception d’un nouveau bâtiment, mais la démarche est tout aussi intéressante pour l’exploitation de son patrimoine existant.
Imaginez-vous, une maquette 3D de votre bâtiment, dans laquelle vous retrouvez vos dossiers “As-built“, connaissez et comparez les consommations énergétiques réelles et théoriques, définissez les périodes d’entretien de vos équipements, connaissez la surface et la couleur des murs pour anticiper les travaux, disposez d’un budget prévisionnel pour votre maintenance…
Plus de crainte que vos équipes changent, prennent des congés, que les modes d’emplois disparaissent… tout est centralisé sur la maquette numérique, accessible partout et à tout moment.
 
Un mot sur le cycle de vie?
Il est envisageable d’intégrer dans le processus BIM, l’impact du choix des matériaux de construction et des équipements techniques, afin de réaliser l’exercice non plus pour la construction ou l’exploitation, mais bien sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment en envisageant sa déconstruction.
La gestion au quotidien du bâtiment et son entretien permettront de réduire les couts d’exploitation. Une étude anglaise (de Stéphane Mordue – Architecte BIM spécialiste au Royaume-Uni) annonce un gain d’environ 30% sur l’ensemble du cycle de vie.
 
Et avec qui?
Bien sûr tous ces avantages ne peuvent être obtenus que si un écosystème numérique de confiance est mis en place entre tous les intervenants.
Il n’y a pas une seule démarche possible, chacune d’entre elles doit être adaptée aux enjeux et besoins du projet. Pour ce faire il faut une équipe “BIM Ready“ et un chef d’orchestre qui définira en amont, les protocoles d’échanges et qui rendra cette collaboration numérique possible. Cette nouvelle compétence qui apparait et qui est nécessaire est celle du BIM Manager. Comme l’a expliqué Gilles Pignon de BIMconsult lors de sa présentation à l’OAI: «Un projet BIM nécessite, dès les premières réflexions, la présence d’un BIM Manager du projet pour assister la maitrise d’ouvrage et être garant de la qualité de la maquette numérique».
Ce nouveau métier pourra être réalisé tant par le maître d’ouvrage, l’architecte, l’ingénieur ou par un expert indépendant. L’élément essentiel étant de disposer de cette compétence au sein de l’équipe projet.
 
La clé est donc la collaboration ?
Le travail collaboratif autour d’un processus BIM profite à tout le monde. La maîtrise d’œuvre optimise le temps de la réalisation de ses livrables et se dégage donc du temps pour une conception optimisée et intégrée. Le maître d’ouvrage est rassuré en voyant son projet construit en 5D (le temps et les coûts sont les deux dimensions complémentaires), et l’entreprise qui réalise les travaux disposera d’un outil qui lui facilitera la mise en œuvre et lui permettra de gagner en temps de réalisation.
L’outil informatique est un élément important pour construire cette maquette numérique, mais l’élément essentiel est et restera la bonne définition des besoins et actions.
Que chaque acteur, dispose au bon moment, de la bonne information, au bon format numérique. Cette mise en place nécessite des prérequis de la part de tous les acteurs du bâtiment. Mais une fois ces règles acceptées, tout le monde y trouve son compte et le retour en arrière n’est plus souhaité.
 
C’est pour quand?
Dès à présent! Il est nécessaire que nos maîtres d’ouvrage osent franchir le cap, comme le dit Michaël Lefevre, Bim Coordinateur chez BETIC, «Il ne faut pas confondre crainte et danger pour le passage au BIM. Il est compréhensible de rencontrer des réticences pour appréhender cette nouvelle méthodologie de travail, il est pour moi nécessaire de sortir de sa zone de confort, au risque de rater cette évolution essentielle pour l’avenir». La révolution BIM est en marche.

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