La diversité, avant tout une question d’ouverture d’esprit
Depuis 2012, Fabienne Dasnoy est Head of Diversity & Inclusion chez BGL BNP Paribas, un poste atypique que la responsable dynamique nous décrit, retraçant les enjeux de la diversité et de l’inclusion en entreprise. La sensibilisation, des formations et des objectifs clairs comme outils; l’ouverture d’esprit et le dialogue comme valeurs; BGL BNP Paribas – récemment certifiée « Top Employer » au Luxembourg – a intégré cette stratégie dans sa culture d’entreprise et montre ainsi la voie à d’autres compagnies qui souhaiteraient également s’investir sur la thématique.
La visibilité pour l’apprivoiser
«J’ai toujours eu une petite pointe de diversité en moi car, à la base, je suis ingénieure agronome. De l’importance de la biodiversité dans la nature, je me retrouve – après avoir passé la majeure partie de ma carrière dans la finance – à faire de la diversité humaine en entreprise», décrit-t-elle, amusée. Cette diversité humaine a particulièrement été mise à l’honneur le 12 mai dernier, lors de la deuxième édition du Diversity Day Lëtzebuerg. «Pour notre deuxième participation à la journée nationale de la diversité, nous avons souhaité ouvrir la thématique à travers quatre grands sujets».
Les tout nouveaux locaux du Groupe BNP Paribas au Kirchberg avaient donc revêtu leurs habits de lumière pour faire la part belle d’abord à la diversité des genres: «Notre réseau interne de l’égalité des chances en milieu professionnel, MixCity Luxembourg, avait aménagé un espace de quiz pour mesurer par exemple ses biais inconscients par le test d’associations implicites de Harvard». Ensuite, le thème de l’inclusion des personnes LGTBI a été mis en avant via la projection d’un court métrage. Un autre thème abordé était celui de la diversité des âges qui a fait l’objet de tables rondes intergénérationnelles ainsi qu’un Digital Square où la génération Y transmettait sa passion des réseaux sociaux à la génération X. Le quatrième sujet de cette journée était la diversité des cultures et religions: «Nous avons eu la chance d’accueillir un excellent orateur, Patrick Banon, écrivain et essayiste spécialisé en sciences des religions qui a su donner de la hauteur au débat et des outils aux managers pour éclairer leurs pratiques», raconte-t-elle.
Travailler comme le fait Fabienne Dasnoy sur la diversité et l’inclusion en entreprise, c’est avant tout beaucoup de sensibilisation: «Rendre ces sujets visibles permet de les ancrer dans la conscience des gens. Nous organisons donc régulièrement des initiatives en proposant notamment des rencontres avec des « role model » féminins et des séances de networking. Nous organisons également des conférences, comme celle de janvier dernier nommée « Aborder la question LGBTI dans l’entreprise » qui a rassemblé plus de 160 personnes, ou encore un salon des parents pour la fête des pères».
L’efficacité par des objectifs définis
A côté de ces événements de sensibilisation, BGL BNP Paribas essaie d’intégrer ces valeurs dans sa culture d’entreprise par des formations et des leviers en ressources humaines. La banque a notamment instauré un programme de formation aux biais inconscients qui a remporté le Diversity Award 2015 de la Charte de la Diversité Lëtzebuerg. Il est obligatoire pour tous les cadres dirigeants du Groupe au Luxembourg. Au regard des processus RH, des indicateurs ont été instaurés et doivent être respectés. «Par exemple, le recrutement des Graduates doit fonctionner selon une parité claire, 50% de filles et 50% de garçons. En outre, des prescriptions dans les programmes de gestion des talents visent à améliorer la mixité dans les fonctions managériales». Selon la Head of Diversity & Inclusion, des objectifs clairs et chiffrés sont un appui efficace pour faire évoluer la situation: «Une partie de la rémunération des cadres dirigeants de notre entreprise est liée à des objectifs de responsabilité sociétale dont la diversité fait partie. Les managers doivent être responsabilisés pour qu’un changement s’opère».
BGL BNP Paribas serait une entreprise modèle en matière de diversité? Fabienne Dasnoy en est convaincue: «Au niveau des moyens, je crois qu’il y a peu de compagnies au Luxembourg qui peuvent se targuer d’avoir déployé un budget humain et financier aussi important que le nôtre. Au regard des résultats cependant, le poids de l’histoire ainsi que celui de notre secteur ne sont pas négligeables. Il nous a fallu près de 100 ans pour arriver, en 2012, à 17% de femmes parmi nos cadres supérieurs et seulement trois ans pour passer de 17 à 20% à fin 2015. C’est encore lent, mais le processus s’accélère. En effet, la culture d’inclusion s’imprime dans notre ADN comme le démontre l’évolution, sur trois ans, de la satisfaction de nos collaborateurs en termes de respect de toutes les différences. Dans notre enquête de satisfaction annuelle auprès de nos collaborateurs, notre politique de diversité et d’inclusion y fait un bond de 14 points sur cette période, soit la meilleure progression parmi tous les critères mesurés.»
Enjeux futurs et ouverture d’esprit
A la question: «Quels sont les défis majeurs qui se poseront dans le futur s’agissant de diversité?», elle répond sans hésitation que l’âge est une question à régler rapidement. «La gestion des fins de carrière est à repenser à court terme, dans l’intérêt des finances publiques et dans l’intérêt sociétal», explique-t-elle. «De plus, il faudra rester attentif au sujet religieux. L’entreprise n’étant pas imperméable aux faits de société, la religion doit être prise en compte de la façon la plus intelligente possible». Elle précise que l’entreprise n’a pas à revêtir le rôle de l’autorité publique mais doit plutôt veiller à ce que la religion ne soit pas un sujet qui divise les individus. Finalement, elle déclare en citant Patrick Banon: «Tant que l’on n’aura pas résolu la question des genres, travailler sur d’autres thèmes de la diversité revient à construire sur du sable. Je suis complètement en phase avec cette vision. Tant que l’on n’aura pas mis d’accord les deux moitiés de l’humanité, il est illusoire de penser réussir de manière durable l’inclusion des autres différences. Et concernant les genres, nous avons encore du chemin à parcourir».
«Cela fait cinq ans que j’exerce cette fonction atypique. La diversité n’est pas une science exacte et j’ai moi-même appris beaucoup sur le sujet tout au long de ces années». Selon elle, ce qui importe pour les entreprises n’est pas tant de reconnaître des appartenances à des minorités; mais plutôt de travailler à l’ouverture d’esprit des collaborateurs. «Lorsqu’on a la maturité pour écouter les avis de chacun, quelle que soit sa différence, on réalise la source de créativité et d’innovation que représente un tel dialogue. L’ouverture, l’écoute et l’aptitude à accepter la diversité doivent être intégrées dans les valeurs et la culture d’entreprise car elles apportent une réelle plus-value, également profitable au business».