3ème édition de la conférence Plants & Buildings : Le végétal dans le logement

Organisée par Neobuild, sur une initiative de Greenwal, la conférence Plants & Buildings s’est tenue le jeudi 25 février 2016. Pour la troisième édition de cet évènement, l’accent a été mis sur la thématique du végétal dans le logement. Francis Schwall, Directeur de Neobuild, a ouvert le débat en rappelant la raison d’être de l’événement, à savoir créer un lien et une dynamique entre le monde de la construction et celui du végétal qui souvent se côtoient sans se parler. Les présentations sur le thème du végétal dans le logement se sont naturellement succédées sous la houlette de Nicolas Zita, Ingénieur de développement au sein de Neobuild, et se sont déclinées autour de trois axes principaux.
L’influence des plantes sur la santé et le bien-être des occupants des bâtiments de vie et de travail
Le sujet a été développé par le Dr Jenny Jalali, experte pour la société Metaph et M. Nesh Simonovic de la société Aerophyl qui ont axé leurs présentations sur une dimension souvent négligée et pourtant essentielle dans notre sensation de confort : le taux d’humidité. Un paramètre qui peut être régulé par le système Aeon & Eden vertical gardens & vaporisers basé sur le principe physique de l’entropie de l’eau via les plantes, qui est développé et commercialisé par Aerophyl.
Il a également été abordé par M. Ralph Baden, vice-président de l’association AKUT, qui a présenté le résultat de ses études sur les effets de plusieurs types de plantes sur la présence de différents polluants, sur la qualité de vie et de sommeil des habitants et sur l’absentéisme au travail.
Les systèmes de production alimentaire adaptés à la ville
Le Pr Haïssam Jijakli du département Agro-Bio Tech de l’université de Gembloux, a rappelé qu’à l’horizon 2050, notre planète comptera 9,6 milliards d’habitants qui sont autant de bouches à nourrir et que 75% d’entre eux seront citadins. Or, un des corollaires de cette poussée démographique est la diminution des surfaces agricoles et des ressources naturelles. D’où la nécessité de trouver de nouveaux modes de production alimentaire et de nouvelles surfaces de culture.
Les bâtiments peuvent constituer une partie de la solution. On exploite déjà leurs toitures pour y implanter des serres et des jardins, comme c’est le cas sur le toit du Neobuild Innovation Center, dont la serre a été conçue avec l’aide de l’ULg Gembloux.
On utilise aussi leurs murs intérieurs et extérieurs pour y appuyer des colonnes de production, comme le système Zip Grow, qui a été conçu et développé aux Etats-Unis en 2010 et qui est commercialisé en Europe par la société REFARMERS, dont le fondateur Eric Dargent faisait partie des orateurs de la conférence.
Sur les toits comme sur les murs, les techniques de production employées sont l’hydroponie et l’aquaponie qui, parce qu’elles n’utilisent pas de terreau, ont l’avantage d’être légères et permettent ainsi de contourner les contraintes techniques des structures architecturales.
Le design végétal
La conférence s’est achevée sur la présentation originale du vegetal designer M. Patrick Nadeau, qui a permis d’ouvrir l’horizon du végétal en dépassant sa fonction utilitaire pour y voir également un vecteur de beauté et de poésie dans les villes.
Patrick Nadeau a travaillé sur de nombreux projets de façades et de toitures végétalisés, comme la maison vague, dont la toiture – en forme de vague comme son nom l’indique- est entièrement couverte de végétaux et qui se présente comme un objet hybride dont on ne sait plus s’il est une maison ou un jardin. Il a également mené des réflexions sur l’intégration de bassins de lagunage au sein des immeubles, sur la création de promenades végétalisées dans les bâtiments mixtes, sur le jeu des plantes et de la lumière, entre autres, et dessiné des objets surprenants cherchant à inclure les plantes comme un élément d’architecture intérieure à part entière. C’est le cas notamment d’une étagère renversée où les plantes se retrouvent « tête en bas » pour habiller le dessous de l’étagère.
RESUMÉS DES PRÉSENTATIONS
L’humidification ambiante dans les habitations
Dr Jenny Jalali (Metaph)
Le docteur Jenny Jalali, spécialisée en génétique humaine et active dans le domaine de la médecine du travail pour des entreprises et des institutions gouvernementales en Allemagne, a présenté le résultat de ses observations en matière de bien-être au bureau et dans les immeubles résidentiels
Selon le docteur Jalali, les réglementations actuelles en matière d’efficacité énergétique des bâtiments se focalisent sur l’isolation, en sous-estimant la question du taux d’humidité ambiant. Elle a également cité le standard européen EN 13779 sur la qualité de l’air intérieur qui vise à atteindre un air ne contenant pas de polluants dans des concentrations dangereuses, non vicié et exempt de moisissures, mais ne mentionne pas le taux d’humidité.
L’organisation mondiale de la santé a introduit une série de critères objectifs permettant de définir une qualité de l’air optimale pour le confort des occupants d’un bâtiment. Celle-ci se définirait par une température comprise entre 18 et 24 degrés, un taux d’humidité compris entre 40 et 60 %, un ratio oxygène / CO2 de 21 % / 0,03 % et un taux d’anions supérieur à 1000 cc. Le docteur Jalali a néanmoins insisté sur le fait que des paramètres subjectifs sont également à prendre en considération.
La qualité de l’air que nous respirons dans les bâtiments n’est donc aujourd’hui pas idéale, y compris dans ceux qui sont certifiés AAA ou Gold Standard. Ce qui peut se traduire par différents symptômes pour leurs occupants : sécheresse de la peau et des muqueuses, difficultés respiratoires, conjonctivites, irritation des fosses nasales, des sinus, sensibilité aux virus, problèmes de cordes vocales, accentuation des allergies, maux de dos, de tête et de nuque, malaises et nausées…
L’Organisation Mondiale de la Santé enregistre de plus en plus de plaintes concernant entre autres la qualité de l’air et utilise le terme de « Sick Building Symdrome ».
Penser différemment les lieux de vie et de travail devient donc un objectif incontournable pour l’équilibre physique et mental de la population.
L’humidification ambiante dans les habitations
Nesh Simonovic (Aerophyl)
Nesh Simonovic a présenté le système d’humidification de l’air ambiant biotechnique basé sur le principe physique de l’entropie de l’eau : Aeon & Eden vertical gardens & vaporisers. Ce système, qui reproduit ce que fait la nature, se pose comme une solution pour équilibrer le taux d’humidité dans les espaces de travail aussi bien que dans les maisons.
Dans ce système, l’évaporation s’effectue via la fonction purificatrice des plantes et/ou via des filtres antibactériens. Il n’y a donc pas, comme dans les systèmes d’humidification classiques, de vaporisation qui constitue un nid et un moyen de transport pour les germes, bactéries et virus.
Le système permet de filtrer les métaux lourds, ions, sels, pesticides, spores, virus et bactéries comme la légionnelle. L’apport en fertilisants, en eau et en oxygène actif (qui a des propriétés antioxydantes) est géré de manière très précise par ordinateur, grâce à des sondes, de manière à diffuser la juste dose de minéraux pour permettre le développement des bactéries et champignons nécessaires à la croissance des plantes sans qu’il y ait d’eau stagnante, source de germes. Des tests ont démontré que l’eau utilisée par le système reste potable même après plusieurs semaines et que son pH reste neutre grâce à une filtration utilisant des UV combinés à de l’argent et à des filtres carbone très fins.
Un autre avantage de ce système, conçu pour être durable dans le temps, est sa dimension décorative. Il peut ainsi servir à créer des séparations entre différents espaces dans une grande pièce, faire office de stores naturels en régulant l’apport en lumière et en chaleur du soleil et en préservant l’intimité des occupants (stores naturels), ou encore simplement servir de mur végétal.
Développement de systèmes de production alimentaire adaptés aux logements urbains
Pr Haïssam Jijakli (ULg Gembloux Agro-Bio Tech)
Le Professeur Haïssam Jijakli a introduit son exposé avec une définition de l’agriculture urbaine qu’il a décrite comme la culture des plantes, l’élevage des animaux, leur transformation et leur distribution dans et autour de la ville. Le fait de disposer d’espaces restreints à cet effet fait que ce type d’agriculture concerne principalement des plantes à haute valeur ajoutée : des fruits et légumes qui ne prennent pas trop de place, des plantes dont on extrait des molécules médicales et des animaux de petite taille. Ce mode de production offre de nombreux avantages écologiques (on travaille en circuits courts, on réutilise les déchets, on a une gestion plus durable de l’eau), sociaux (on perpétue le lien social et intergénérationnel, on crée des emplois au niveau local) et gustatifs (on cueille les fruits et légumes à maturité).
Il ensuite rappelé la nécessité de trouver de nouveaux modes et lieux de production puisque nous serons 9,6 milliards d’habitants en 2050, que 75% d’entre nous vivrons en ville et les terres agricoles et les ressources naturelles vont en diminuant. Les scandales alimentaires qui se succèdent nous poussent également vers un retour à des méthodes de culture raisonnée.
Le Professeur Haïssam Jijakli a énoncé deux facteurs essentiels à la réussite de projets d’agriculture urbaine : la nécessité de convaincre les acteurs clé des villes de leur bien-fondé (législateurs, utilisateurs, promoteurs immobiliers) et le fait qu’ils se basent sur les trois piliers du développement durable (économique, écologique et social).
Le rôle du département Agro-Bio Tech de l’ULg Gembloux est de sensibiliser et de conseiller les acteurs intéressés par cette thématique. Il a ainsi participé à de nombreux projets, dont la mise en place d’une serre et d’un jardin sur la toiture du Neobuild Innovation Center à Bettembourg, ainsi qu’à d’autres projets pilotes similaires en Belgique, aux Pays-Bas et aux Seychelles. Mais il a aussi contribué à la création d’une étagère design destinée aux particuliers, qui peut produire 4 laitues par semaine ou 2 laitues plus une dizaine de plantes aromatiques avec un coût énergétique de 1,5 euros par mois.
ZipGrow – Vertical farming
Eric Dargent (REFARMER)
ZipGrow est une technologie américaine, inventée en 2010. L’idée de ses concepteurs était de proposer un système permettant à tout un chacun de créer sa ferme productive. Il s’agit de colonnes de 1,50 mètre de haut qui sont des supports de culture où l’on peut repiquer de jeunes plants. Le substrat est composé de mousse en PET recyclé et de silicone. Cette mousse permettent un enracinement, une filtration mécanique (eau) et biologique (nutriments) optimaux. Elle garantit, en outre, la légèreté de l’ensemble qui ne pèse que 4,3 kilogrammes par colonne. Les colonnes sont irriguées au moyen d’une réserve d’eau et de nutriments et d’une pompe. Elles ne nécessitent pas d’apport de lumière artificielle (jusqu’à 1,50 mètre). Ce système concerne en particulier les petites plantes : aromatiques, fraises, salades, jeunes pousses. Son principal avantage est de permettre un rendement au m2 quatre fois supérieur à celui d’un mode de production horizontal.
Eric Dargent a présenté différents projets qui utilisent cette technologie. Citons l’exemple de supermarchés ou de restaurants d’entreprises qui présentent ces colonnes où les consommateurs peuvent directement se servir, d’un tunnel maraîcher pilote de 300m2 à Lyon qui combine aquaponie et hydroponie, de containers de production ou encore de micro-jardins aquariums destinés aux particuliers.
Eric Dargent a également cité son partenaire EBF qui développe et commercialise des petites serres hydroponiques solaires de 50 m2 pouvant être installées dans les écoles, les maisons de retraite ou chez les particuliers.
Influence des plantes sur la qualité de l’air intérieur
Ralph Baden (AKUT)
Ralph Baden est biologiste, employé au ministère de la Santé dans la division Santé au travail et environnement. Il est également vice-président de l’association AKUT qui sensibilise et informe le public sur les questions de santé publique liées à la pollution environnementale.
Il a présenté, lors de cette conférence, les résultats d’études qui ont été menées par lui-même et par d’autres, sur les qualités dépolluantes des plantes.
Il a commencé par les travaux de B.C. Wolverton, Ph.D., qui a réalisé des tests de dépollution de concentrations élevées dans des espaces clos comme les fusées spatiales. Il a utilisé pour cela des systèmes de plantes enracinées dans un substrat contenant du charbon actif. L’analyse de l’air après 6 et 24 heures a démontré la capacité d’une quarantaine de plantes à absorber les solvants et le formaldéhyde. Il s’agissait de systèmes de piégeage actif ce qui signifie qu’en introduisant ce système de plantes dans la VMC, on peut réduire l’apport d’air frais.
Raph Baden a lui-même expérimenté les effets de trois spécimens (un dragonnier, un sagoutier et un ananas) sur les taux de CO2, d’humidité et d’ions positifs (défavorables à la santé) et négatifs (favorables). Il en est ressorti qu’elles permettent de réduire le taux de CO2, mais augmentent le taux d’humidité.
Il a souligné le fait que les substrats organiques comme la terre posent un problème évident de contamination de l’air par des micro-organismes, bactéries et moisissures.
Ralph Baden a également mis en avant la relation qui existe entre l’absentéisme et la présence de plantes dans le bureau. Il s’avère que plus le nombre de plantes est élevé et moins les employés sont absents.
Design et végétal, une approche sensible
Patrick Nadeau, vegetal designer
A travers la présentation des oeuvres de différents artistes et de ses propres créations,Patrick Nadeau a expliqué sa vision du rôle du designer qui est de mettre en avant de la beauté du végétal, à travers le mélange entre naturel et artificiel. Et ce, en construisant des scénarios et en racontant des histoires qui permettent de se représenter les évolutions techniques et la mutation que nous vivons actuellement. Patrick Nadeau a insisté sur le fait que les plantes ne sont pas seulement un objet sanitaire, mais qu’elles ont des qualités tactiles, visuelles, sensibles et qu’elles ont vivantes. Elles sont également un objet à part entière d’architecture et d’architecture intérieure.
Parmi les projets qu’il a présenté figure une maison vague entièrement végétalisée à Reims. La terre est décollée du sol et vient recouvrir le toit arrondi si bien qu’on ne sait plus si on a affaire à une maison ou à un jardin. La maison et le jardin sont constitués par le même objet. En plus du travail sur la forme, ce projet présente des enjeux techniques puisque le végétal joue sur la qualité thermique.
Il a également évoqué un bâtiment à usage mixte (logements, hôtel, restaurants, galerie d’art, crèche) qui mêle bâti à un jardin public, la galerie commerçante étant conçue comme une promenade végétalisée, un jardin éphémère renouvelé quatre fois par an à rennes, l’insertion de bassins de lagunage dans un immeuble ou encore une salle de bain éco-conçue fictionnelle colonisée par les plantes.

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