L’imprévisible réveil iranien

«C’est une page dorée dans l’histoire du pays», a déclaré le président Hassan Rohani. Samedi 16 janvier, l’accord sur le nucléaire passé six mois plus tôt entre l’Iran et six grandes puissances mondiales est appliqué, entrainant la levée de l’embargo international. La plupart des sanctions économiques qui touchent la République islamiste depuis une dizaine d’année sont résiliées. Ce pays de 80 millions d’habitants dont le taux de chômage tourne autour des 30% accueille la nouvelle avec optimisme. Abandonné le statut de paria de la communauté internationale, l’Iran redevient fréquentable et entame sa course à la relance économique.
Il commence à pomper, autant que possible, aussi vite que possible. Le pays dispose de la 4e réserve de pétrole au monde, c’est quasiment son unique source d’argent. Cependant, cette reprise intervient alors que les prix sont au plus bas. On paie moins de 30 dollars pour un baril aujourd’hui. Dérisoire. Alors que les exportations iraniennes devraient rapporter 10 à 13 milliards de dollars par an, la surenchère de l’offre risque de plomber davantage le marché (qui a déjà chuté de 30% ces derniers mois) et d’attiser les tensions avec les autres producteurs de la région, notamment l’Arabie Saoudite.
Riche en hydrocarbure, l’Iran a tout de même besoin d’investissements étrangers, notamment pour moderniser ses champs d’exploitations. Mais c’est loin d’être le seul secteur en mal de capitaux: santé, transport, automobile, banque, télécommunications,… Tout reste à faire et ce ne sont pas les grandes entreprises occidentales qui passeront à côté de ces opportunités. La lutte va être rude entre les multinationales pour saisir ces marchés prometteurs. D’ailleurs, le Luxembourg n’a pas tardé à montrer son intérêt. «Nous devons veiller à ce que ces nouveaux liens soient établis dans une perspective de long terme et de manière durable», a déclaré Mars Di Bartolomeo, président de la Chambre, en visite à Téhéran fin janvier. Hassan Rohani a lui commenté que le Luxembourg, avec sa place financière, pouvait être un partenaire intéressant.
L’ouverture économique remplit d’espoir la population qui a soif d’une meilleure qualité de vie. Cependant, il faudra des mois pour que le quidam en sente les effets sur son quotidien. Sans parler de l’impact politique de ce retour sur l’échiquier mondial, aucunement prévisible. Rien ne garantit au président Rohani de remporter les élections du 26 février, un scrutin crucial où il espère obtenir une majorité d’élus réformateurs face aux conservateurs qui contrôlent le Parlement. La récupération des 32 milliards de dollars d’avoirs gelés dans les banques internationales jouera cependant probablement en sa faveur.    SoM