Nouvelle arme dans la guerre contre le cancer
Spécialiste en oncologie médicale au CHL Luxembourg, président de la Société Luxembourgeoise d’Oncologie (SLO) et de l’Institut National du Cancer (INC), le docteur Guy Berchem nous fait le topo de la situation du cancer dans notre pays. Il nous explique la grande révolution que représente l’immunothérapie dans le traitement, et en particulier la nouvelle classe de médicaments découverte dans ce domaine. Une rencontre teintée d’espoirs, mais aussi de réalisme.
Le cancer est malheureusement un problème croissant. Entre 2.000 et 2.500 nouveaux cas sont répertoriés par an dans notre pays. «Cette maladie s’attaque surtout aux personnes âgées et notre population est vieillissante», commente-il. «Bien que, par exemple, le cancer du poumon soit une incidence qui est en diminution, nous prévoyons une augmentation constante du nombre de cancers durant les 20 à 30 prochaines années».
Face à ce mal, Guy Berchem déclare que la médecine dispose de plus en plus de médicaments efficaces. «Résultat: nous sommes davantage capables de soigner les patients». Ses mots sont bien choisis: il utilise le terme soigner et non guérir car, en règle générale, le cancer est une situation incurable. «Même s’il existe des exceptions, nous parlons de rémission et non de guérison», dit-il. Ces meilleurs traitements ont pour effet notamment qu’au cours des 15 dernières années, l’espérance de vie de personnes atteintes de cancer métastatique du colon est passée de 8 à presque
25 mois. «On avance, clairement», conclut-il, «mais il nous reste encore un long chemin».
Innovation en immunothérapie
«Habituellement nos défenses sont capables de s’attaquer et de détruire les cellules
anormales ou cancéreuses quand elles se forment. Cela se passe chaque minute, chez vous et moi. Pour des raisons inconnues, certaines de ces tumeurs réussissent à se rendre invisibles pour le système immunitaire… et continuent de croitre jusqu’à, parfois, causer le décès du patient», raconte-il. Aujourd’hui, explique le spécialiste, une nouvelle classe de médicaments qui soutient directement le système immunitaire dans son action contre les cellules tumorales, a été développée. Son effet: elle réactive le système immunitaire afin qu’il reconnaisse à nouveau ces cellules cancéreuses et les élimine. Les deux médicaments de cette classe dont la médecine dispose aujourd’hui se nomment Nivolumab et Pembrolizumab.
«Le mélanome (cancer de la peau ou des muqueuse) est la première indication reconnue pour lequel cette récente sorte de soin peut être utilisée. Il peut toucher tout le monde, à tout âge. Cette maladie est déclenchée par de trop fortes expositions aux UV. «Le plus dangereux, ce sont les brûlures durant l’enfance. Vous développez un mélanome, non pas car vous avez fait la crêpe au soleil en août dernier, mais parce que vous ne vous êtes pas assez tartinés de crème étant petit», vulgarise-t-il. Il ajoute: «C’est une maladie qui est clairement en augmentation, simplement car on s’expose de plus en plus».
Par ailleurs, le cancer du poumon a, lui aussi, été reconnu depuis comme une indication à soigner de cette façon; d’ici quelques mois, le traitement en sera remboursé également». A côté de ces deux cas, une immense liste d’autres affections est étudiée pour le moment. «En effet», complète-t-il, «nous savons déjà que cette classe de médicaments est efficace pour le cancer du rein, le cancer de la vessie, le lymphome de hodgkin, et bien d’autres. Ils ne vont pas rester l’apanage du mélanome».
Effets secondaires plus légers
L’immunothérapie est un type de traitement qui se prend en intraveineuse, «via un Baxter, comme pour une chimiothérapie.
Le médicament coule en environ une heure, puis le patient rentre chez lui», raconte-t-il. Mais, à la différence d’une chimio classique, le grand avantage de l’immunothérapie est qu’elle ne comporte pas du tout la même lourdeur d’effets secondaires: «On ne vomit pas, on ne perd pas ses cheveux, on n’a pas de diminution du nombre de globules blancs entrainant de la fièvre». En revanche, d’autres apparaissent, mais bien moins graves et beaucoup plus rares. «Comme on « booste » le système immunitaire, on se trouve parfois en présence de petites réactions auto-immunes, dont la plus fréquente est la diarrhée», explique le médecin.
«Au niveau des effets secondaires, ce type de traitement est donc incomparablement plus léger qu’une chimio; et toutes les études faites jusqu’à présent ont montré qu’il est également plus efficace! C’est un changement complet dans la façon de traiter les cancers». Il illustre ses propos par quelques chiffres: concernant les mélanomes, environ 30% des patients répondent vraiment bien au traitement. «Parmi ces 30%, de nombreuses personnes seront – je ne vais pas dire guérie, ce n’est pas le terme adéquat – en rémission prolongée. La maladie ne se représentera pas pendant très longtemps», développe-t-il.
A la question, «pensez-vous que dans le futur, ces traitements remplaceront les chimiothérapies?», Guy Berchem répond qu’il l’espère. Bien qu’ici, ils soient remboursés à 100% par la Caisse Nationale de Santé, actuellement malheureusement ces médicaments sont très chers. On peut compter 8.000 euros par mois pour un traitement qui peut durer jusqu’à deux ans. Alors qu’une chimio coûte environ 2.000 à 3.000 euros par mois. Il commente: «Mais aujourd’hui, ces traitements par immunothérapie n’ont qu’une unique indication: celle du mélanome, et bientôt les possibilités de cas à traiter vont s’élargir. On peut espérer que les industries pharmaceutiques vont alors diminuer leurs prix».
Le meilleur outil de lutte contre le cancer
«Face au cancer, quel est votre plus grand conseil?», lui a-t-on finalement demandé. «Arrêter de fumer», a-t-il rétorqué comme réponse nette et cinglante. «Le tabac n’affecte malheureusement pas que les poumons: la vessie, l’estomac,… Beaucoup d’autres affections y sont liées. Arrêter ne peut faire que du bien». SoM